monsieur et madame adelman


réal. & scénario nicolas bedos et doria tillier, int. nicolas bedos, doria tillier, pierre arditi, christiane millet, denis podalydès, antoine gouy, zabou breitman, julien boisselier. 2017, 120′. 4 pouces

le synopsis
l’histoire d’un couple, lui écrivain moyen devenant prix goncourt, elle étudiante et restant dans l’ombre, qui se rencontre, s’aime, se déchire, …

… se quitte, se retrouve, 45 ans durant, de leur rencontre en 1971 à sa mort à lui en 2016.

l’avis
s’attaquer à 45 ans d’histoire d’une vie, en les parsemant de flashbacks et de flashforwards, pour un premier film, faut admettre, c’est couillu. ça tombe bien, nicolas bedos, qui se prétend surdoué sans fausse modestie, ne manque ni de talent ni d’ambition. scénariste et dramaturge prolifique, l’homme est également comédien, chroniqueur, maître de cérémonie (sa prestation aux molières 2015 est dans toutes les mémoires, cf. ma chronique sur le blogapiero) et à présent metteur en scène (son deuxième film, la belle époque, est sorti en mai 2019). quand on se prétend surdoué, on a intérêt à l’être.

or donc, là où son père donnait dans l’humour potache il y a quarante ans, le fils se la joue brillant en donnant dans le romanesque à deux niveaux de lecture. vous connaissez l’adage: derrière un grand homme se cache toujours une femme. en voilà une illustration plutôt bien maîtrisée.

car au fond, qui est sarah (tillier), qui tombe amoureuse de victor (bedos) avant même qu’il ne s’en aperçoive, qui va mettre des mois à le séduire, qui va le pousser à écrire, lui donner des idées, prendre sur son temps d’études (bien plus brillante que lui, ayant lu tous les maîtres de la littérature mondiale, elle est étudiante en lettres classiques) pour corriger ses manuscrits, qui va le porter jusqu’au prix goncourt et à l’académie française, qui va l’épouser, puis le quitter pour le retrouver, que cache-t-elle derrière cet effacement, cette non-ambition de l' »épouse de »?

malin, le twist de la fin confirme l’adage, à l’heure où l’épouse enterre le grand homme et raconte sa vie à un journaliste (gouy) venu l’interviewer pour une biographie. d’où l’arc narratif s’articulant entre passé et présent.

passons rapidement sur le questionnement stérile de la similitude avec la vie du couple à la ville, qui n’apporte rien et qui fut démentie par les intéressés. premier film de bedos, qui s’en tire très bien en tant que réalisateur (mise en scène soignée, photo léchée, reconstitutions d’époque réussies), mais qui cabotine un rien en tant qu’acteur, premier grand rôle pour tillier, coscénariste du film, qui explose littéralement à l’écran en montrant toute la palette d’un talent naissant. une révélation.

intelligent et bien fait, on est à deux secondes et demie du petit bijou…