us


réal. & scénario jordan peele, int. lupita nyong’o, winston duke, shahadi wright joseph, evan alex, elizabeth moss, tim heidecker. 2018, 116′. 3,5 pouces

le synopsis
adelaïde wilson (nyong’o) revient passer des vacances avec sa famille dans la maison de son enfance, à santa cruz. victime d’un traumatisme dans son enfance, elle craint de revivre les mêmes événements. un soir, …

… une famille de doppelgänger leur rend visite…

l’avis
disons-le tout de suite, us n’est pas à proprement parler un film d’horreur. s’il fallait jouer sur les mots et les genres, je dirais qu’il s’agit plutôt un drame psychologico-(voire psychanalitico-)horrifique.

on pourra s’interroger sur la reason why, comme disent les publicitaires légèrement ringards, du lent travelling arrière sur des dizaines de lapins en cage en guise de générique d’ouverture. des lapins qui par ailleurs reviennent régulièrement peupler le récit. la mythologie associe le lapin, aussi doux et « trop mignon » qu’il soit, à la déesse terre et au monde souterrain car creuseur de galeries. naturellement craintif, il est aussi associé à la peur (ne dit-on pas détaler comme un lapin?). mais que voilà un cours accéléré de psychologie à 50 centimes d’euro pour tenter d’expliquer ce qui pourrait surprendre, voire dérouter, tout au long du métrage.

en visionnant la bande-annonce, j’avais cru à un conte moral sur notre société de consommation et ses dérives. il n’en a rien été et l’idée de base est plus intéressante. le film aurait d’ailleurs pu s’appeler l’armée des ombres ou, plus clin d’oeil, les caves se rebiffent. c’est en cela que le film n’est pas un film d’horreur stricto sensu car il ne cherche pas à faire peur façon slasher: il joue la carte d’une réflexion en seconde lecture sur l’indifférence, l’absence totale de bienveillance, voire d’humanité, à l’égard d’autrui, à travers une descente dans les méandres de l’inconscient, une exploration de certaines de nos peurs les plus profondes. et quoi de plus effrayant qu’un doppelgänger, c’est-à-dire un double non biologique, sinon maléfique du moins animé des pires intentions, pour nous plonger dans une terreur glauque et sans retour?

si le film souffre d’un rythme par endroits inégal, le message passe, lupita nyong’o est impressionnante et winston duke tellement beauf qu’il en serait presque touchant, avec son mètre 96.

le réalisateur-scénariste n’a toutefois pas oublié celles et ceux pour qui le propos pourra paraître un peu obscur, c’est le moins que l’on puisse dire, au moyen d’un twist final qui apporte la double explication de l’enfance de l’héroïne et de la rebellion des doppelgänger.

tout aussi dérangeant que son métrage précédent (get out), dont nous avons parlé dans ces colonnes. rafraîchissant.