le grand bain

réal. gilles lellouche, scénario ahmed amidi, julien lambroschini, gilles lellouche, int. mathieu amalric, guillaume canet, benoît poelvoorde, jean-hugues anglade, philippe katerine, virginie efira, leïla bekhti, marina foïs, mélanie doutey, alban ivanov, erika sainte, claire nadeau. 2018, 117′. 3,5 pouces

le synopsis
un groupe d’hommes à la dérive trouve un sens à leur vie en participant à une discipline féminine: …

… la natation synchronisée.

l’avis
ha la belle brochette de losers que lellouche nous a concoctée là. la grande tradition du film choral est ici respectée, chacun y revêtant une importance égale. moi qui m’attendais à une comédie, j’ai été déçu en bien, comme on dit par chez nous. le rire se fait épisodique et tendre devant ces types qui font ce qu’ils peuvent, qui pour sortir de la dépression, qui pour sortir de ses dettes, qui pour sortir de sa colère, qui pour rester fidèle à son rêve et gagner l’amour de sa fille, ces types « sans histoires qui ont tous une histoire à raconter » et auxquels la france d’aujourd’hui pourra facilement s’identifier. un film d’époque, en somme, mais sans costumes (ou alors de bain).

si la fin n’est pas très crédible, même si elle apporte un zeste d’optimisme dans cette histoire sans issue réellement positive, le film est servi par un montage sec et une mise en scène au cordeau. perso je lui aurais décerné un césar des meilleurs repérages, tant les lieux dans lesquels l’histoire se déroule sont presque un personnage à part entière et contribuent à la totale glauquitude du film. il est aussi parsemé de quelques bonnes idées – l’indien qui ne parle que dans sa langue mais que tout le monde comprend, la coach qui, au lieu d’entraîner pendant les entraînements, lit des poèmes un peu obscurs à haute voix en fumant, la raison pour laquelle l’aide-soignant rejoint l’équipe en qualité de pilier, les séances d’entraînement qui prennent des allures de thérapie de groupe.

au rayon « bravo! », mathieu amalric, l’homme aux plus de 130 films, toujours excellent et juste, jean-hugues anglade, qui passe d’un personnage extrêmement différent à l’autre avec une aisance déconcertante, et philippe katerine, bouleversant de simplicité (césar mérité).

au chapitre « points faibles », citons 1. que le film fait quand même furieusement penser à full monty et 2. qu’il lui manque un je-ne-sais-quoi qui ferait de lui un grand film. contrairement aux petits mouchoirs, dont la « choralité » s’imposait d’emblée par la relation d’amitié qui liait tous les personnages, ici les personnages ne se connaissent qu’à travers le groupe et, même s’ils se voient régulièrement, ils ne sont pas amis et leur vie « séparée du clan » affaiblit cette cohésion indispensable à mon avis à l’adhésion du spectateur. ce qui explique peut-être pourquoi il n’a pas raflé toutes les récompenses auquel il était promis.

qu’importe! la critique, de toute façon, est facile. fort de ses plus de 4 millions d’entrées (janvier 2019), lellouche pose un regard éminemment humain sur ces êtres que nous sommes ou que nous pourrions être. et son film, mine de rien, nous le rappelle avec force.