hommage: jean rochefort


il avait ce phrasé si particulier qui me faisait hurler de sourire quand il disait « hello, je papotais avec lucien! » et cette élégance cultivée…

… qui transformait n’importe quelle grossièreté (quand d’aventure il consentait à en formuler une, au hasard d’une interview) en saillie drolatique. sa marque de fabrique, c’était sa moustache un rien franchouillarde (qu’il laissa pousser à l’âge de 40 ans pour les besoins d’un rôle et qu’il rasa, rarement, ayant l’impression d’être à poil), mais elle n’entama jamais sa noblesse de coeur qu’il trimbalait avec simplicité et détachement. 145 films, 30 téléfilms, 35 pièces de théâtres, des participations à des documentaires, des doublages et des voix-off, ce fécond de l’art dramatique passait des rôles de comédie à des personnages dramatiques avec une aisance que des bourvil ou même, dans un autre registre, des coluche, n’auraient pas reniée.

un début de carrière au théâtre en 53 (il avait 23 ans), au cinéma en 55 (il en avait deux de plus), un premier succès en 61 avec cartouche, aux côtés de belmondo, puis en 65 dans les tribulations d’un chinois en chine, toujours avec bébel. jean rochefort était déjà connu quand je suis né. si bien qu’il m’a accompagné toute ma vie. comme un ami qu’on sent proche même si on ne le connaît pas. d’un éléphant ça trompe énormément (yves robert, 1976) au mari de la coiffeuse (patrice leconte, 1990), en passant par ridicule (patrice leconte, 1996), il maniait avec drôlerie et sobriété l’art délicat de la présence indispensable au cinéma français. et même si je n’ai pas vu tous ses films, j’ai l’impression, comme des millions de gens, de l’avoir bien connu.

en août dernier, il subissait une cholécystectomie (je me la pète, comme ça, mais je viens d’apprendre qu’il s’agit de l’ablation de la vésicule biliaire) après s’être plaint de douleurs abdominales. il en est mort la nuit dernière. et, comme il aurait dit, en déclenchant l’hilarité, ça fait bien chier.