hommage: michèle morgan

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sur certaines photos de ses débuts, elle offrait à la caméra un visage à la beauté à la fois étrange et fascinante, savant mélange de fantomas pour ses traits lisses et de lauren bacall pour le regard. ce regard…

… hypnotisant et cette beauté parfaite très tôt devenus une sorte de malédiction qui la suivra pour l’essentiel de sa carrière. simone roussel était devenue michèle morgan dès son premier rôle principal (gribouille, marc allégret, 1937). elle n’avait que 17 ans. les longs métrages s’étaient enchaînés, et avec les plus grands. le mythique quai des brumes (marcel carné, 1938) et la scène du port – dans laquelle elle dit à gabin de l’embrasser – qui gravera son nom dans le marbre de l’éternité. objet de désir mais pas soumise, telle était la morgan qui avait très tôt choisi elle-même son pseudo et son destin. la guerre l’amènera à tenter sa chance à hollywood où elle tournera des films sans importance (joan of paris, robert stevenson, 1942, ou two tickets to london, edwin marin, 1943) avec des réalisateurs tyranniques (passage to marseille, michael curtiz, 1944) et manquera de grands rendez-vous, comme soupçons, alfred hitchcock jugeant son anglais insuffisant et lui préférant joan fontaine, ou casablanca, michael curtiz lui préférant ingrid bergman, deux fois moins chère. de film en film (elle en tournera plus de 80 en cinquante ans), son aura s’étiolera mais elle restera, jusqu’à la fin de sa carrière dans les années 70, prisonnière de sa beauté. le titre de l’autobiographie qu’elle fait paraître en 1977 – avec ces yeux-là, robert laffont – traduit le dépit d’une star consciente qu’une actrice reste souvent, sa carrière durant, enfermée dans une scène. pour elle, les projecteurs se sont définitivement éteints mardi 20 décembre, sur une vie qu’elle avait choisi, dès les années 80, de consacrer à la peinture.