la loi du marché

la loi du marché

réal. stéphane brizé, scénario stéphane brizé, olivier gorce, int. vincent lindon, karine de mirbeck, matthieu schaller. 2015, 93′. 3,5 pouces

le synopsis
thierry (lindon), grutier, 51 ans, est au chômage depuis 20 mois. il retrouve un emploi de vigile dans un supermarché, mais se trouve vite…

… face à un dilemme moral. doit-il tout accepter pour garder son travail?

l’avis
film social dans la grande tradition du cinéma français, profondément ancré dans son époque, la loi du marché est marquant à plus d’un titre.

d’abord parce qu’il met des visages sur des drames absolus qui se dissimulent quotidiennement aux infos derrière des statistiques et des chiffres impersonnels. ensuite parce qu’il nous confronte à la brutalité d’un marché du travail où petits et faibles, fragiles et démunis, vieux et même expérimentés n’ont pas ou plus de place. on le savait déjà, mais une piqûre de rappel ne fait jamais de mal, surtout à l’heure où le monde vit en mode chacun pour soi. aussi parce que, formellement, c’est un film sans fard, bénéficiant d’une grande économie de mise en scène, qui tourne volontairement le dos à toute volonté de séduction, à tout esprit de divertissement. pour discret qu’il soit, ce parti pris n’en est pas moins tout entier au service de l’histoire. je ne les ai pas comptés mais le métrage dans son ensemble doit peut-être totaliser un maximum de 25 plans. toujours à l’épaule, constamment distante, comme pudique, mais focale longue, comme engagée malgré tout, la caméra de brizé est habile à laisser entrer, mine de rien, le spectateur dans une problématique (longs plans-séquences avec personnages de dos ou de trois-quarts) afin de faire naître – ou pas – l’empathie (les entrevues des caissières) ou au contraire à l’en exclure (plans fixes de profil) afin de lui faire prendre du recul par rapport à une réalité désagréable ou révoltante (l’entretien d’embauche par skype). toujours du point de vue technique, le film est fort également par le choix du cinémascope, procédé qui comprime l’image à la prise de vues (anamorphose) et l’étire à la projection pour lui redonner son format panoramique. en l’occurrence, elle permet au réal de filmer les réactions de son personnage central, même quand ce n’est pas lui qui est au centre d’une scène. enfin, la force du film réside aussi et surtout dans son refus de toute caricature et de tout misérabilisme dans la description de l’humiliation ordinaire du demandeur d’emploi par d’autres demandeurs d’emploi, de la morale assenée par les banques à ceux qui doivent réduire leur « train de vie », du menu larcin accompli par des vieux qui n’ont pas de quoi s’offrir un steak. en l’occurrence, très loin d’être anodin, le choix d’acteurs non professionnels décuple le réalisme des séquences.

pour paraphraser florence foresti à la remise des césar: en amérique, pour avoir un oscar, il faut dormir dans un cheval mort et se faire à moitié bouffer par un grizzly. en france, il suffit de se laisser pousser la moustache. au-delà du gag, ce qui est dingue avec ce film, c’est qu’il ne s’y passe presque rien, du point de vue de la tension dramatique, mais qu’on se le prend quand même en pleine poire.