ave, césar!

ave césar!

réal. & scénario joel et ethan coen, int. josh brolin, george clooney, scarlett johansson, ralph fiennes, frances mcdormand, channing tatum, tilda swinton, alden ehrenreich. 2016, 100′. 3 pouces

le synopsis
eddie mannix (brolin) mène une vie trépidante. et pour cause, il travaille pour les studios capitol, qui comptent parmi les plus productifs et les plus puissants dans le hollywood des années 1950, en qualité de « fixer ». c’est-à-dire qu’il règle tous les problèmes…

… pouvant survenir aux studios, et il y en a beaucoup. notamment l’enlèvement, par un groupuscule politique, de la star baird whitlock (clooney), en plein tournage du péplum ave césar!…

l’avis
avec joel et ethan coen, le rire est toujours subtil. il vient souvent (pas toujours) souligner la bêtise ou l’asburdité de leurs contemporains et masque souvent (pas toujours) une intention empreinte de réflexion ou de constat sombre sur l’époque. c’est ce que l’on appelle généralement des comédies dramatiques. ainsi, barton fink (1991) exposait au grand jour les affres de la création artistique en général et de l’écriture (en l’occurrence de scénario) en particulier au sein de studios pas toujours tendres avec leurs « esclaves ». fargo (1996) racontait la chute d’un homme ordinaire empêtré dans une machination bête qu’il avait lui-même orchestrée et qui dégénérait. un film noir sur fond blanc maculé de sang rouge. the big lebowski (1998) était une parodie de the big sleep (howard hawks, 1946), lui-même critique d’un certain malaise américain, dont les bas-fonds n’étaient pas les seuls dépositaires, mais qui était bien installé au sein de l’élite. de même, à travers les péripéties rocambolesques de trois personnages naïfs mais sincères, librement inspirées de l’odyssée, o’brother (2000) portait un regard sans grande concession sur l’amérique des années 1930. bref, les frères coen parviennent à injecter de la comédie dans les histoires les plus sombres simplement « parce qu’elle est présente dans la vie ».

ave césar! n’est finalement pas très différent et procède de la même démarche qui caractérise tout un pan du cinéma des deux frangins depuis plus de trois décennies. autant barton fink parlait d’écriture, sujet que nos deux conteurs maîtrisent plutôt bien, autant ave césar! parle de l’univers des studios, avec moultes mises en abîme au travers de détours sur les plateaux de tournage et autres salles de projection ou de montage. mais curieusement, alors que le film se déroule dans le monde de prédilection des deux réalisateurs, l’émotion et la tendresse semblent en être absentes. on ne ressent pas l’amour que les coen portent (devraient porter) à leur art. la faute sans doute à une histoire trop diluée dans de petites histoires, dans une accumulation d' »instants » qui détournent l’attention d’un argument principal et finissent par l’amenuiser. en l’occurrence l’émergence du communisme dans l’amérique du début des années 50 qui va mener au maccarthisme. cette intrigue-là, évoquée par la dissidence (surprise) de l’une des stars montantes du studio, burt gurney (tatum), et surtout l’enlèvement, en plein tournage, de LA star baird whitlock (clooney), semble paradoxalement reléguée au second plan. dommage. restent tout de même une splendide reconstitution d’époque et quelques bons moments, comme le débat religieux ou le réveil de la conscience politique de whitlock.

clooney n’est jamais aussi bon que lorsqu’il cabotine. mais ne vous fiez pas à la bande-annonce qui fait passer ave césar! pour une comédie désopilante. ce n’est pas le cas. on rit un peu mais la veine satirique bien connue des frères et qui fait tant rire est ici un peu en retrait.