mademoiselle chambon

mademoiselle chambon
réal. stéphane brizé, scénario stéphane brizé et florence vignon, d’après le roman d’éric holder, int. vincent lindon, sandrine kiberlain, aure atika, jean-marc thibault. 2009, 101′. 4 pouces

le synopsis
maçon, jean (lindon) est un homme de peu de mots. dans cette petite ville de province, il vit une vie sans nuage avec sa femme et son fils. jusqu’à ce qu’il…

… croise mademoiselle chambon (kiberlain), institutrice de son fils…

l’avis
deux destins qui se croisent et se ratent, la force et l’évidence de sentiments qui se trouvent sans pouvoir se retenir et s’épanouir: l’histoire est simple, pour ne pas dire banale. mais la beauté du film est évidemment ailleurs. car plus l’intrigue est simple, plus elle doit compenser en offrant au spectateur un surplus d’intelligence, de suspense ou de surprise. c’est le cas de mademoiselle chambon, sauf qu’ici c’est l’émotion subtile qui domine de bout en bout.

s’appuyant sur un roman en nuances, les scénaristes se sont attachés à traduire la naissance pudique, puis la puissance irrésistible, d’un sentiment, à montrer ces petits riens qui font de grands touts, à visualiser les bouleversements intérieurs, à décrire le manque, l’interdit ou la conscience soudaine que blesser son conjoint pour bâtir autre chose ne peut mener qu’à l’échec. par des regards, des silences ou des gestes esquissés.

on pense naturellement à cette séquence de sur les routes de madison où le personnage interprété par meryl streep, la main sur la poignée de la portière, hésite à courir vers une autre vie, au risque d’anéantir sa famille.

la profondeur de nos émotions repose entièrement sur la précision de l’écriture et la justesse des acteurs. lieu commun, quand tu nous tiens.

ç’aurait pu être raté, artificiel ou prétentieux. ç’aurait pu être français. on aurait pu être déçu, de ces déceptions nées d’une promesse non tenue. tout au contraire. mademoiselle chambon est tellement réussi que c’en serait presque miraculeux. grâce au livre, qu’encore une fois les scénaristes ont parfaitement su traduire (l’auteur déclarera que, plus qu’une adaptation, le film était un prolongement, un enrichissement, un dévoilement d’une émotion que le livre tentait de transmettre). grâce aussi à lindon et kiberlain qui, avec une intense économie de jeu, parviennent à nous faire croire à tout, à leur modestie, à leur exaltation discrète, à leur désespoir caché. sans cri ni crise.

il faut dire que les deux acteurs se connaissent plutôt bien: ils ont vécu ensemble pendant 10 ans. et ça se voit à l’écran. il y a entre eux une complicité qui n’est pas feinte, une identité d’âme que l’on perçoit au premier regard. le défi, pour eux, consistait à surmonter leur séparation, intervenue un an avant le début du tournage. le réalisateur a d’abord approché lindon et lui a demandé s’il accepterait de tourner avec son ex-compagne. le comédien a rétorqué que ce serait déstabilisant mais s’en est remis au réalisateur s’il pensait que c’était la bonne comédienne pour le rôle. et ladite comédienne a accepté. « ils en ont sans doute parlé ensemble mais ça ne regarde qu’eux », a déclaré stéphane brizé. une sorte de thérapie de couple après coup?

peu importe, le film est tout simplement, c’est-à-dire en toute simplicité, subtil et bouleversant.