au-delà des grilles

au-delà des grilles
réal. rené clément, scénario jean aurenche, int. jean gabin, isa miranda, vera talchi. 1948, 97′. 3 pouces

le synopsis
recherché pour le meurtre de sa petite amie, pierre (gabin) fuit la france et débarque dans le port de gênes. il fait bientôt la connaissance de…

… marta (miranda), la mère d’une fillette (talchi) qui lui est venue en aide…

l’avis
au-delà… n’est pas un film noir, c’est un film sombre. comme le cinéma français savait en fabriquer dans l’immédiat après-guerre. au-delà des grilles (du port de gênes où l’attend un bateau qui l’emménera vers) la liberté. or on comprend vite que l’issue, pour le personnage, est inévitable et que, retenu par ses sentiments pour marta, cette italienne à la beauté surannée, il restera prisonnier, au figuré comme au propre, derrière ces grilles.

gabin interprète ce drame à la fois calme et (parfois) intérieurement tourmenté. égal à lui-même, qu’il fût malfrat, flic ou patriarche, môssieur gabin a traversé le 7e art du 20e siècle de sa démarche sûre et tranquille, presque bonhomme, composant une mythologie à lui tout seul du héros masculin moderne. gabin n’était jamais aussi bon que quand il campait des personnages tragiques.

malgré cela, pour être un film sombre sur fond de drame social, couronné pourtant du prix d’interprétation féminine (isa miranda) et du prix de la mise en scène (rené clément) au festival de cannes de 1949, au-delà… ne possède pas le souffle expressif et la beauté du désespoir de le jour se lève (marcel carné, 1939), pour la force de son huis clos et sa structure narrative en flash-backs, ni de les portes de la nuit (carné, encore lui, 1946), pour l’effrayante inéluctabilité du destin. même si rené clément n’a pas à rougir de sa filmographie, avec de beaux métrages comme la bataille du rail (1946), plein soleil (1960) ou les félins (1964), jamais il ne réalisa de films aussi mythiques que le quai des brumes (1938), hôtel du nord (1938), les visiteurs du soir (1942) ou les enfants du paradis (1945). n’était pas carné qui voulait… l’histoire est signée jean aurenche, auteur de plus de 80 scénarios de 1933 à 1989, avec des légendes du cinéma français comme claude autant-lara, christian-jaque, marcel carné ou, plus tard, bertrand tavernier. ce même jean aurenche qui fut éreinté par un tout jeune (et très prometteur) critique de cinéma qui voulait révolutionner le 7e art, l’accusant d’incarner « la tradition de la qualité française ». son nom: françois truffaut.