chappie

chappie
réal. neill blomkamp, scénario neill blomkamp et terri tatchell, int. sharlto copley, dev patel, hugh jackman, sigourney weaver, yo-landi visser. 2014, 114′. 3 pouces

le synopsis
dans un futur proche, la firme tetravaal a fabriqué les scouts, des robots policiers chargés de réduire l’insécurité dramatique qui règne à johannesburg. voué à une destruction imminente, l’un d’eux est reprogrammé par…

… deon (pavel), l’inventeur du programme initial, qui cherche à créer un robot doté d’une conscience. mais chappie (copley) tombe en de mauvaises mains et devient une menace…

l’avis
si le thème n’est pas nouveau – les êtres artificiels face à l’humanité, dans les deux sens du terme -, il s’inscrit dans une mouvance qui préoccupe, pourrait-on dire, de plus en plus la science-fiction et plus généralement, l’homme, depuis quelque temps. le fond, et donc le questionnement – un robot peut-il être doté d’une intelligence et, au-delà, d’une conscience propres? -, n’est pas sans intérêt, loin s’en faut, et le cinéma regorge de métrages sur ce thème et ses dérivés, depuis mondwest (crichton le précurseur, 1973) à i.a: intelligence artificielle (spielberg, 2011), en passant par eva (maillo, 2011) i, robot (proyas, 2004), transcendance (pfister, 2014) et bientôt ex-machina (garland, 2015).

ici pareil: le fond est intéressant, sauf que la forme est curieuse. blomkamp dispose, on le voit, de plus en plus de moyens mais ça ne rend apparemment meilleure ni l’écriture de ses scénarios ni celle de ses personnages.

donc, une fois réinitialisé, chappie (déjà le nom, qui nous fait immanquablement penser, à nous français d’une certaine génération, à « chapi chapo patabo, chapo chapi, patabi » – pour les plus jeunes, allez voir sur youtube), qui doit vouloir dire je suppose « ptit gars » en afrikaans, est comme un nouveau-né à qui il faut tout apprendre. sauf que, le robot apprenant beaucoup plus vite que l’être humain, il est censé le dépasser très rapidement en intelligence. alors pourquoi diable le doter de ce comportement enfantin pendant tout le film? pourquoi le dévaloriser en lui faisant dire des choses comme « méchant monsieur! » au moment où il se « réveille » de cette naïveté pour administrer une râclée audit méchant? cette naïveté enfantine, loin d’être attendrissante, comme on voudrait nous le faire croire (assez lourdement du reste), est proprement insupportable. parce qu’un robot bien conçu n’est pas censé blesser un humain? OK, mais tout l’intérêt est dans le réveil de la conscience pour lequel le créateur du robot (pavel) se bat si âprement. or, cette conscience a-t-elle un intérêt si elle reste coincée dans l’esprit d’un enfant. non pas que l’esprit d’un enfant soit inintéressant mais ici il n’est pas exploité comme moteur scénaristique d’action. si encore cette conscience évoluait, comme dans i, robot (le robot gentil qui devient terrifiant lorsqu’il s’énerve et montre sa force), le débat en serait sans doute sorti grandi. mais là, rien. la seule surprise (que l’on oublie vite, d’ailleurs), c’est la fluidité bluffante des mouvements corporels et faciaux du robot, réalisés par motion capture (mocap) ou performance capture, de plus en plus utilisée depuis l’apparition du personnage de gollum dans le 2e épisode du seigneur des anneaux (les deux tours, 2002).

passé ce moment d’éblouissement technologique (ironique, moi?), les critiques/questions refont surface. par exemple qui a eu la bonne idée d’affubler hugh jackman d’une coupe de cheveux aussi ringarde (décoloré nuque longue)? est-ce la mode en afrique du sud? et qui demande à blomkamp de nous servir systématiquement ses références cinématographiques (on a compris, gars, tu as une bonne culture cinoche!): les personnages de yo-landi, de ninja et de yankie – et l’environnement dans lequel ils vivent (une usine désaffectée) – sont un rappel direct aux malfrats et à leur repaire du robocop de verhoeven (1987). de plus, le projet du concurrent « militariste » et loser de deon, interprété par jackman (le concurrent, pas deon), est une resucée à peine actualisée de l’ed 209 de ce même robocop. ah oui, et on a bien compris que cette technologie lourdingue et violente, en un mot dépassée, ne peut convenir qu’à un bourrin, j’ai nommé le méchant de l’histoire… qui de toute manière sera (attention spoiler) battu à la fin.

comme dans elysium, blomkamp bâcle sa fin (quasiment le segment le plus intéressant de son discours) et passe comme chat sur braise sur cet invraisemblable « transfert de conscience » de machine à machine et (mdr) d’homme à machine. on aurait bien voulu en savoir un peu plus sur le sujet mais ce n’est apparemment pas ce qui préoccupait le réal. appliqué quand il veut montrer qu’il sait faire un film, beaucoup moins quand il s’agit de tenir la distance. travaille un peu plus tes fins et oublie un peu tes « hommages », gars.

il paraît que le film fait un flop aux états-unis. m’étonnerait pas qu’il se plante ici aussi. dommage, le film aurait pu être aussi passionnant que son sujet.