elle l’adore

elle l'adore
réal. & scénario jeanne herry, int. sandrine kiberlain, laurent lafitte, pascal delomon, olivia côte, lou lesage. 2014, 105′. 3 pouces

le synopsis
un rien mytho, muriel bayen (kiberlain) aime raconter des histoires un peu farfelues. elle est aussi la fan n°1 du chanteur vincent lacroix (lafitte), qui occupe toute sa vie. mais, à part les lettres qu’elle lui envoie depuis 20 ans et le fait qu’il la voit souvent à ses concerts, ils ne se sont jamais rencontrés. or une nuit, …

… lacroix débarque chez elle pour l’embarquer dans une histoire qu’elle n’aurait jamais pu inventer…

l’avis
la passion phantasmée à l’épreuve de la réalité, voilà comment on pourrait résumer le thème du film. on ne devrait jamais rencontrer son idole, on devrait la laisser évoluer dans le monde merveilleux de nos phantasmes et de nos illusions. c’est un peu comme si on rencontrait dieu: après de grandes espérances, on s’exposerait peut-être à de grandes déceptions. le film de notre espoir, celui que nous nous fabriquons au fil du temps, en le nourrissant de nos propres envies projetées, ce film n’est-il pas ce qui nous permet d’avancer, au fond? tant que nous ne sommes pas confrontés à la dure réalité, nous pouvons nous bercer d’illusions. mais gare à la chute. c’est exactement ce qui arrive à cette esthéticienne sans histoires pour qui la rencontre avec son héros va finir par rompre le charme. d’autant qu’il va se servir d’elle en lui demandant un service qui est très loin d’être banal. et l’idole va progressivement descendre de son piédestal pour ne plus devenir que ce qu’il est réellement et qu’au fond il n’a jamais cessé d’être: un homme dans toute sa banalité et toute sa lâcheté. pour muriel, l’histoire se terminera bien puisque cette « confrontation » lui permettra de « guérir » de son obsession un brin cucul pour une femme de son âge, c’est-à-dire de « grandir » après être allée jusqu’au bout. il en ira bien différemment du chanteur. certes, je vous l’accorde, le concours de circonstances de la fin est un poil, c’est le cas de le dire, capillotracté. mais, en prenant le contre-pied de ce à quoi l’on s’attendait, la fin se révèle finalement très morale, même si la morale n’est, en apparence, pas sauve. en apparence seulement.

à voir, car le scénario repose sur une idée. et rien que ça mérite d’être souligné.

à part ça, laurent lafitte a prouvé qu’il est assez talentueux pour entrer dans pas mal de personnages différents, sa ressemblance avec michel leeb irait plutôt, en l’occurrence, jusqu’à le desservir dans ce rôle. si bien qu’on ne croit pas un instant à son personnage de chanteur à succès. sandrine kiberlain (que j’ai croisée à paris une fois mais qui ne m’a pas reconnu) est toujours égale à elle-même, c’est-à-dire juste. c’est le premier long-métrage de jeanne herry, fille de sylvette herry, alias miou-miou, et de julien clec.