casse-tête chinois

casse-tête chinois
réal. & scénario cédric klapisch, int. romain duris, audrey tautou, kelly reilly, cécile de france, sandrine holt, li jun li, flore bonaventura. 2013, 117′. 3,5 pouces

le synopsis
xavier (duris) a maintenant 40 ans et s’installe à new york pour suivre les deux enfants qu’il a eus avec wendy (reilly). entre immigration,…

… travail clandestin, déboires amoureux, il cherche sa place en tant que fils, en tant que père, en tant qu’homme…

l’avis
quinze ans après l’auberge espagnole, dix ans après les poupées russes, cédric klapisch retrouve ses comédiens principaux pour la troisième partie de sa trilogie (les personnages secondaires ne s’intégrant pas naturellement, malgré ses efforts, à l’histoire). ils approchent tous de la quarantaine et ont « une vie », mais on les voit toujours comme les jeunes adultes qu’ils étaient à barcelone. et malgré l’âge et les parcours respectifs, ils n’ont pas tellement mûri.

casse-tête est un film très générationnel, ou plutôt très contemporain. à suivre xavier (duris l’adulescent est parfait pour le rôle), qui se cherche toujours et a un mal fou à se trouver une place dans ce monde, qui vit une vie où rien n’est simple (d’où le casse-tête du titre), qui contrairement à la plupart des gens n’a pas de point b (comprenez de but dans la vie), on a l’impression que c’est le problème de pas mal de jeunes adultes aujourd’hui. cette tendance dont on a commencé à entendre parler avec tanguy, ou l’adolescent attardé qui tarde à faire son entrée dans le monde des adultes, préférant rester chez ses parents jusqu’à point d’âge, par facilité, par paresse, mais aussi sans doute par peur de l’inconnu, par défaut de préparation à la prise de responsabilités. xavier n’est pas un tanguy. au contraire, il fait tout pour se distancer de ses parents. xavier est libre, il s’en va parcourir le monde. pour autant, quelque chose le retient de s’accomplir vraiment et de s’épanouir dans son statut d’homme, même en tant que père de deux enfants. finalement, on est bien au chaud dans le ventre de maman, pourquoi irait-on se confronter au froid, à la violence et aux ennuis? oui mais on aime bien aussi sa liberté, son « indépendance », on aime bien exister autrement qu’à travers les yeux de maman, avoir son moi à soi. on n’aime pas que maman dise à tout le monde qu’on est son fils. bref, on n’est plus un bébé. le hic, c’est qu’on n’est pas vraiment « adulte » non plus. alors?

alors « les xavier » se retrouvent coincés dans cette zone indéterminée où ils profitent du meilleur des deux mondes, s’y complaisant parfois, s’en plaignant parfois, mais ressentant toujours confusément une frustration à ne pas pouvoir, à ne pas savoir en sortir. un peu comme quand maman nous disait d’aller au lit et qu’on essayait de négocier encore cinq minutes, sachant pertinemment que ces cinq minutes connaîtraient une fin inéluctable et qu’au fond elles ne servaient à rien.

le côté positif, c’est que les « aventures » de xavier nourissent sa plume de romancier et font de lui un auteur à succès. d’ailleurs, sa « littérature » est perçue par ses lecteurs comme étant « vachement mieux qu’avant ». lol. signe que le personnage évolue, sinon dans son comportement, du moins dans sa tête (donc dans son écriture). cette évolution « écrite » déteindra sur lui qui finira par tourner le dos à l’impasse dans laquelle il s’était enfermé en faisant (enfin) un choix.

on percevra dans cette morale optimiste toute la tendresse du réalisateur-scénariste pour ses personnages. merci pour ça, monsieur klapisch.