the raid 2: berandal

the raid

réal. & scénario gareth evans, int. iko uwais, julie estelle, arifin putra, tio pakusodewo, yayan ruhian, cecep arif rahman, very tri yusliman. 2014, 130′. 3,5 pouces

le synopsis
jeune flic de jakarta, rama (uwais) a pour mission d’infiltrer le syndicat du crime sous le nom de yuda afin d’en faire arrêter les parrains. il se laisse jeter en prison pour…

… se rapprocher de uco (putra) du fils du caïd du crime indonésien…

l’avis
scénario ultra-conventionnel tenant, il faut bien le dire, sur la tranche d’une feuille de papier ou dans les deux lignes ci-dessus: la descente aux enfers d’un flic infiltré, coupé du monde extérieur, obligé de faire de la prison (beaucoup plus longtemps que prévu), seul contre tous pendant une période indéterminée, qui se croit lâché par sa hiérarchie, et qui réussit à foutre la pâtée à tout le monde. ça nous rappelle vaguement d’autres films, et notamment les infiltrés (scorsese, 2006) justement, qui lui-même était adapté de internal affairs, premier volet d’une célèbre trilogie hong-kongaise. comme quoi, rien ne se perd, tout se recycle.

la seule idée marrante de the raid 2 est qu’il commence deux heures après la fin du premier (et le troisième volet, car il y en aura un, quelques heures après la fin de celui-ci). j’ai dit « marrante », pas « originale ». le scénario n’apporte donc rien de nouveau au genre, si ce n’est – et on ne saurait finalement le blâmer pour ça – une réelle volonté de donner de l’épaisseur à des personnages secondaires en leur accordant un temps de présence à l’écran plus ou moins important. mais justement, côté psychologie de personnages, le scénar pêche un  peu par moments. comme uco (putra), le fils du parrain de la mafia, qui reste jusqu’à la fin un ambitieux violent et frustré qui n’a rien compris aux valeurs que son père a instaurées et, faute de charisme et de reconnaissance paternelle, tente de s’imposer par la force. étrange aussi, l’arrivée, comme un cheveu sur la soupe, du personnage zarbi et extrêmement dangereux de prakoso (ruhian) qui ne sert qu’à nous vendre la séquence de la boîte de nuit et justifier le déclenchement d’une guerre des gangs. en outre deux protagonistes, décalés car tout droit sortis de mangas – la fille aux marteaux et l’homme à la batte de baseball – accaparent pas mal ce paysage barbare, reléguant presque le personnage du flic infiltré au second plan, ce qui est un comble, vu que la promesse originelle du film est de montrer sa descente aux enfers. mais c’est voulu, dixit le réal gallois qui, ayant grandi avec akira et consorts, voulait leur rendre hommage en étirant les limites de deux de ses règles d’or (ne pas défier la gravité et ne pas montrer de mouvements cool sous plusieurs angles au ralenti) tout en restant réaliste. il est clair que personne n’est capable de se battre aussi longtemps, et surtout pas en arborant seulement quelques hématomes. mais c’est l’un des postulats de ce genre de films, auxquels il faut adhérer d’emblée sous peine de n’adhérer à rien. d’autant que l’arrivée de ces personnages amène une nouvelle dimension (toujours dixit le réalisateur): on bascule d’une simple histoire d’infiltration à un « survival », dans lequel le héros se retrouve dans une guerre des gangs et doit se battre contre des adversaires auxquels il ne pensait pas être confronté.

cela étant, soyons honnête, ce film de kung-fu revisité en polar ultra-violent, qui veut osciller entre tragédie criminelle « sérieuse » et défoulement primaire, et qui intéressera donc sans (aucun) doute davantage les garçons que les filles, ce film, disais-je, on va le voir pour ses séquences de baston qui constituent rien moins qu’un coup de poing dans la gueule. des séquences hallucinantes de précision et de sauvagerie. des chorégraphies à l’efficacité nanométrée (et qui ont nécessité 18 mois de préparation), dans la droite ligne des films d’arts martiaux, avec ce petit quelque chose en plus qui scotche littéralement le spectateur à son siège.

le premier plus, ce sont les mouvements de caméra qui collent littéralement à l’action, accompagnant les acteurs et aboutissant parfois à des plans surprenants. exemples, lors de la séquence du combat dans les toilettes de la prison, on se demande bien comment evans a réussi à placer sa caméra, tellement l’espace est confiné, ou de celle du pugilat général dans une cour de prison ultra-boueuse (symbolisant au passage l’état d’esprit du flic infiltré). autres exemples: un trafiquant essaie de fuir en se précipitant à travers une fenêtre. la caméra ne se contente pas de panoter en plan moyen: elle accompagne le corps dans sa chute et se retrouve, comme lui, au sol. un peu plus tard, il se prend une mandale et traverse de nouveau une fenêtre, mais involontairement cette fois. l’opérateur l’attend derrière et le filme dans sa chute en « tombant » sur le dos, caméra à l’envers, puis se retourne, comme si la caméra était un personnage qui « se relevait » en même temps que l’acteur. les corps mutilés sont filmés en gros plans très courts, pour faire participer le spectateur au carnage. redoutable d’efficacité.

le second plus, c’est le montage, taillé à la serpe, et qui, evans l’a parfaitement compris (d’ailleurs le monteur sur ce film, c’est lui), participe de la montée d’adrénaline et contribue au scotchage susmentionné du spectateur. la bande-annonce est déjà en soi un petit morceau de bravoure. le film respecte l’un des codes des films de karaté, à savoir que le personnage principal doit éliminer ses rivaux dans l’ordre, c’est-à-dire du plus faible au plus fort, afin d’offrir une séquence de combat finale digne de ce nom. donc après avoir décimé des dizaines de combattants pourtant féroces (un autre code respecté puisqu’il faut renoncer d’emblée à la notion de vraisemblance), yuda (toute ressemblance avec un autre personnage célèbre, petit et vert, totalement fortuite est) doit affronter en même temps la fille aux marteaux (estelle) et l’homme à la batte de baseball (tri yusliman), avant de livrer combat avec le plus redoutable de tous, l’assassin (arif rahman), s’il veut, juste après (car ce n’est jamais fini) étêter le syndicat du crime.

le combat contre l’assassin est véritablement d’anthologie, loin des finales à la expendables où on poireaute 2 heures pour finalement assister à un combat de 30 secondes chrono. la séquence en question a exigé 6 semaines de préparation, 10 jours de tournage et contient 190 plans. bien sûr, les comédiens se sont longuement préparés pour le tournage, notamment julie estelle, qui ne connaissait rien au silat, l’art martial d’origine malaisienne dans lequel l’acteur iko uwais est passé maître, et qui a dû s’entraîner six mois durant.

les acteurs avaient pour consigne d’y aller franco lorsqu’ils portaient leurs coups. ils ont donc tous dû maîtriser leur force et contrôler la vitesse de leurs mouvements pour apporter de la crédibilité aux scènes de combat. et cette crédibilité, croyez-moi, est bel et bien là. pour ce qui est des caméras, il en a utilisé plusieurs selon les scènes qu’il filmait, dont une gopro pour la séquence de la course-poursuite (et ça se voit). gareth evans a dû rabattre ses prétentions initiales pour des raisons de budget, si bien que beaucoup de choses ont été supprimées. mais le résultat final est malgré tout très convaincant.

le « berandal » du titre signifie « délinquant » en indonésien.

the raid 2 est un film qu’on va voir en débranchant un peu tout, qui comporte des longueurs, mais qui défoulera quand même bien les petits mâles occidentaux frustrés par leur société politiquement correcte à la recherche d’exutoires bon marché (les abonnements de fitness coûtent cher). et comme j’en fais par moments partie, dissimulant mal, sous des dehors de gentil garçon, des instincts primaires d’une sauvagerie inouïe (je plaisante, bien sûr. quoique…), je me suis effectivement bien marré, m’en vais de ce pas visionner le premier volet (si j’arrive à mettre la main dessus) et me réjouis de voir le 3e…