the zero theorem

zero theorem
réal. terry gilliam, scénario pat rush, int. christoph waltz, mélanie thierry, david thewlis, lucas hedges, matt damon, tilda swinton. 2014, 107′. 3 pouces

le synopsis
génie de l’informatique reclus dans une chapelle dans un londres futuriste, qohen leth (waltz) attend désespérément un…

… appel qui lui fournira toutes les réponses aux questions qu’il se pose. en attendant, une entité toute-puissante – management (damon) – le fait travailler sur un projet visant à décrypter le but de l’existence…

l’avis
nous courons tous après quelque chose, nous attendons tous quelque chose de la vie, nous nous posons tous des questions sur la raison de notre présence sur terre, bref nous trimballons tous des questions existentielles dans nos valises depuis un paquet de temps sans forcément obtenir de réponses. parce que si nous nous posons toutes ces questions, le tourbillon du quotidien nous prive souvent du temps que nécessiterait la recherche véritable des réponses. parfois c’est nous, et notre endormissement inné, c’est-à-dire notre aliénation à la société du travail et/ou de la consommation – ici à l’omniprésente technologie – qui nous empêchons, consciemment ou pas, de les chercher. le film ne dit pas autre chose. c’est en tout cas ainsi que je l’ai compris.

voici donc terry gilliam de retour avec un thème (et un univers reconnaissable entre mille) qu’il affectionne depuis brazil, et dont il dit lui-même que ce film est le « fils spirituel »: l’aliénation de l’homme à la société.

ainsi, leth est un génie de l’informatique qui s’est isolé lui-même du monde extérieur pour mieux travailler à un « projet » censé lui donner les clés des raisons de l’existence. un projet sérieux en apparence, puisqu’il est mathématique, et dont la forme même traduit toute la superficialité et la dérision: un jeu vidéo sans fin. il s’est isolé mais n’en reste pas moins « habité » par différentes facettes de sa personnalité, qui subsiste malgré son aliénation et prennent vie à mesure que progresse le récit. ainsi bob (hedges) incarne la facette jeune, rebelle, dynamique de lui-même, bainsley (thierry) sa facette « désirante », l’homo romanticus et eroticus qu’il est resté au fond de lui, joby (thewlis), dont le nom même est un clin d’oeil, le bâton qui le pousse au cul quand il est en retard dans les délais, ce petit gendarme intérieur qui va jusqu’à nier son identité en ne cessant de l’appeler « quinn » (au lieu de qohen), et enfin management (damon), encore un nom très premier degré, représente sa facette libérale, la fameuse carotte, celle qui le pousse à produire sans se poser de questions tout en lui promettant des réponses, cette facette même que nous appelons parfois la « conscience professionnelle », qui nous fait faire des heures supplémentaires de notre propre chef et courir après des objectifs stupides. le « nous » qu’utilise qohen pour parler de lui-même est (pour moi) le seul signe visible de ces différentes facettes. et d’ailleurs, le fait que qohen passe du « nous » au « je » à la fin du film (un peu bizarre et/ou bâclée à mon goût) est caractéristique du fait qu’il reprend le contrôle de sa vie pour se détacher des contraintes qui le tenaient jusque-là « enfermé » dans un schéma sans but et sans fin. c’est une interprétation.

aujourd’hui, les gens passent leur temps à commenter la vie sur les media sociaux au lieu de la vivre. ils croient faire partie d’une communauté alors qu’en fait, ils s’isolent progressivement du monde. qohen incarne finalement toute une génération qui se retranche derrière la technologie pour masquer son inaptitude à communiquer. il se coupe du monde et ne sait plus interagir avec les autres quand ils les rencontrent. c’est une autre interprétation du film, qui n’est pas incompatible avec la première.

un peu abscons mais intelligent, ce film pose des tas de questions mais a l’intelligence de ne pas y répondre, à l’instar de son personnage. il est toutefois, à mon humble avis, en-dessous d’un brazil ou même d’un armée des douze singes (qui était une réinterprétation d’un film français).