jeune et jolie

jeune et jolie

réal. et scénario françois ozon, int. marine vacth, géraldine pailhas, frédéric pierrot, fantin ravat, johan leysen, charlotte rampling, serge hefez. 2013, 94′. 3,5 pouces

le synopsis
isabelle (vacth) vient d’avoir 17 ans. lors de vacances avec ses parents, elle rencontre un jeune allemand avec qui elle décide de perdre sa virginité. rentrée à paris, …

… elle commence à se prostituer.

l’avis
comme il est facile de sortir du « droit chemin » pour les adolescents d’aujourd’hui! isabelle découvre sa sexualité et les besoins impérieux qui l’assaillent lors de vacances avec ses parents. or, les moyens de communication ayant changé la donne dans cette découverte, internet, un téléphone portable, une vidéo, un profil et hop! on touche des milliers de gens en un clic. ici, c’est la prostitution, ç’aurait pu être le vol, le viol ou le meurtre. certains ados semblent être en recherche d’adrénaline, par ennui ou par défi, dans une inconscience totale des conséquences de leurs actes. les infos ne sont pas avares de faits divers impliquant des jeunes (de plus en plus jeunes, d’ailleurs) dans des histoires tantôt ultraviolentes, tantôt sordides, et la plupart du temps incompréhensibles.

l’incompréhension ici, c’est sylvie (pailhas), la mère d’isabelle, qui la vit (très mal) en découvrant que sa fille, qui ne manque pourtant de rien et paraît équilibrée, se donne régulièrement à des inconnus pour de l’argent.

lorsque nous sommes confrontés à des événements qui nous interpellent ou qui nous dépassent, notre esprit tente d’abord de comprendre pourquoi en rationnalisant les choses. or, et c’est peut-être cela qui est agaçant ici, il n’y a rien à comprendre dans cette histoire. isabelle se prostitue parce qu’elle découvre qu’elle peut le faire, parce que c’est facile, même si elle n’a pas conscience des dangers qu’une telle activité peut impliquer. là est la différence entre la femme qu’elle s’efforce de paraître, avec ses talons et son maquillage – même si certains de ses clients ont des doutes sur son âge, et qu’il est vrai qu’elle n’est pas vilaine, la bougresse – et la gamine qu’elle est encore lorsque, réaction typique, elle s’enferme dans une sorte de mutisme quand on la somme de s’expliquer (mutisme qu’elle sert aussi à son petit ami quand elle le quitte, comme ça, pour rien, parce qu’elle n’est pas amoureuse, le traitant comme un client). or isabelle ne sait rien de l’amour et donne l’impression de confondre ce noble sentiment avec le sexe et le bénéfice qu’on peut retirer de tout ça (de son point de vue, c’est-à-dire l’argent). certes elle est active sexuellement, mais elle n’en retire aucun plaisir. le seul « plaisir » que son activité secrète lui procure, c’est la prise de rendez-vous par texto. on a envie de dire lol. très générationnel, tout ça. mais si isabelle ne dit rien, c’est simplement parce que son comportement n’est pas réfléchi, il n’est motivé que par l’argent facile. les explications, les discours, elle les laisse aux adultes et au psy (hefez) qu’on l’oblige à consulter. comme si elle était malade.

un autre point que souligne le film, c’est l’ambiguïté qu’entretiennent les hommes, et surtout les proches, à l’égard de la gravité de la situation. le jeune frère (ravat) qui, surprenant sa soeur en train de se masturber, se surprend à la désirer en cachette. le beau-père (pierrot) également, coincé entre la « chargée d’éducation » (la mère) et un père absent mais semble-t-il tout-puissant, se croyant dédouané d’une quelconque autorité et surpris par la mère en train de plaisanter avec sa belle-fille. ou comment un geste, une attitude pourtant anodins et totalement dépourvus d’intention, pris hors contexte, et c’est un énorme malentendu qui naît.

et si tout ça n’était finalement qu’un passage à l’âge adulte, avec toute la brutalité et la violence d’un rite, inconscient de la part de la jeune fille et non maîtrisé par les parents mais qui permettrait aux deux parties de « grandir » et d’avancer?