l’autre vie de richard kemp

l'autre vie de richard kemp

réal. germinal alvarez, scénario germinal alvarez, nathalie saugeon, int. jean-hugues anglade, mélanie thierry, philippe berodot, jean-henri compère, nicolas villemagne. 2012, 102′. 3,5 pouces

le synopsis
le commandant kemp (anglade) enquête sur un meurtre qui présente des similitudes avec ceux du perce-oreille (villemagne), tueur en série qu’il a traqué au début de sa carrière, vingt ans auparavant. un soir, en rentrant chez lui, il est agressé sans raison. lorsqu’il se réveille, …

… il se rend compte qu’il est revenu en 1989, juste avant le premier meurtre. il va tout faire pour l’empêcher mais un jeune policier va lui compliquer la tâche, le prenant pour l’assassin: lui-même, plus jeune de 20 ans…

l’avis
un événement indépendant de sa volonté provoque le retour d’un homme dans un passé dans lequel il tente de mettre à profit ce qu’il sait pour éviter l’irréparable… le pitch n’est pas nouveau mais il est, en l’occurrence, fort bien mené. et l’effort est d’autant plus louable qu’il est français, le cinéma de genre étant suffisamment rare dans l’hexagone pour être souligné, voire applaudi. après braquo, anglade enfile donc à nouveau le costume d’un commandant de police, mais évite et c’est tant mieux le piège de rejouer eddy caplan, même si le look est quasi identique (si ça se trouve, il a fait ce film pendant le tournage de braquo).

le thème de la seconde chance ne trouve ici aucune explication particulière. ou alors d’ordre psychanalytique: le remords de l’impuissance pousse le protagoniste à revivre des situations fantasmées qui lui permettent de résoudre ses problèmes et de se débarrasser de son échec passé, allant pour y parvenir jusqu’à « se tuer » (tuer le fantôme de lui-même qu’il traîne derrière lui comme un boulet) pour mieux renaître à une autre vie, lavé de ses regrets. la psychanalyse comme base du fantastique. pourquoi pas, ça ferait sens. le hic, c’est que quand vous débarquez dans le passé (ce que vous faites souvent, j’imagine) avec la connaissance précise de ce qui va se passer, et là on touche à un aspect plus polar de l’histoire, 1. personne ne vous croit et les quelques personnes que vous approchez vous prennent pour un illuminé et 2. vous devenez le principal suspect puisque les événements se produisent effectivement au moment où vous les avez prédits. heureusement, ça n’arrive pas tous les jours.

le malaise ressenti dans le film vient d’une part du fait que la ville n’est pas reconnaissable à l’écran. un pont interminable (île de ré) et une base sous-marine (la rochelle) contribuent réellement à créer une certaine atemporalité. l’étalonnage y est également pour beaucoup, traduisant chacun des trois temps du récit et la psychologie des personnages: 2010, la dominante bleu vert reflète l’état mental de kemp et l’omniprésence froide de la technologie; 1989, l’image plus jaune et sale fait écho à la moiteur de l’été et à la suffocation d’un kemp retrouvant son passé; et enfin 2010, les tonalités en demi-teintes, moins contrastées, reflètent la « virginité » retrouvée de kemp.

le film, en tout cas, est divertissant (je suis très client du retour vers le futur qui est, à mon sens, un sous-genre à part entière) et surprend par la mise en présence de deux versions – jeune et plus âgée – des deux acteurs principaux, à savoir jean-hugues anglade et mélanie thierry. une performance d’acteurs plutôt subtile.