dallas buyers club

dallas buyers club
réal. jean-marc vallée, scénario craig borten, melissa wallack, int. matthew mcconaughey, jennifer garner, jared leto, steve zahn, griffin dunne. 2013, 116′. 4 pouces

le synopsis
1985. ron woodroof (mcconaughey) apprend qu’il a été…

… infecté par le virus du sida et qu’il lui reste un mois à vivre. d’abord dans le déni, il décide très vite de réagir et se met à chercher le médicament qui lui permettra de vivre plus longtemps…

l’avis
woodroof est un cowboy texan, un teigneux, un qui ne s’en laisse pas compter et qui n’a pas sa langue dans sa poche. c’est aussi un homme à femmes. et aussi, occasionnellement et dans le plus grand secret, à hommes. mais c’est aussi un gars qui mène sa vie comme il l’entend: santiag, stetson & rodeo, sex, drugs & rock’n roll. une sorte de caricature, en somme.

or la maladie, ça vous change un homme. un peu connard sur les bords, très beauf au milieu, homophobe au début du récit, parce que là où il vit, les homos sont vus comme des monstres qu’il ne faut pas toucher, et encore moins s’ils sont « contagieux » (tout le monde croyait à l’époque qu’un simple contact cutané suffisait à « attraper » le virus), woodroof finit par révéler son humanité et sa sensibilité à mesure qu’il avance dans son combat (ah, il est clair que quand on est soi-même victime, on change vite de point de vue). trois scènes-clés sont révélatrices de l’évolution du personnage: sa rencontre avec rayon (leto) à l’hôpital, le hug pour le remercier de lui prêter l’argent et quand il rentre de voyage et arrive trop tard à l’hôpital à la fin. le réalisateur jean-marc vallée s’est bien gardé de faire étalage de toute sensiblerie et de tout larmoiement, ce qui renforce, paradoxalement, la puissance émotionnelle de ces scènes. si bien qu’on a l’impression que le film est fort presque sans forcer, réussissant à émouvoir presque sans le vouloir.

le scénario repose sur une histoire vraie. diagnostiqué en 1985 avec une espérance de vie de deux ans (que le scénario a raccourcie pour augmenter la tension dramatique), le vrai woodroof s’est battu pour survivre et faire avancer la cause des malades du sida, notamment en créant le dallas buyers club, échope de fortune où il vendait des médicaments achetés à l’étranger et importés aux états-unis, et qui sera jugé illégalle par la FDA (Food and Drug Administration). l’homme survivra 7 ans avant de s’éteindre en symbole de la lutte anti-sida le 12 septembre 1992.

les personnes infectées à l’origine étaient toutes des homosexuels masculins si bien que, très vite, on a associé la maladie à ce groupe, l’appelant syndrome ou cancer gay, et provoquant un rejet total, voire un regain de haine, vis-à-vis des gays. ainsi, en plus de survivre, les malades, qui pour ne rien arranger étaient en plus toxicomanes pour la plupart, devaient se battre contre le regard des hétéros et aussi, dans une moindre mesure, contre les autorités.

au prix d’un régime drastique, mconaughey a perdu 22 kilos et leto 25, pour leur rôle respectif. méconnaissable, le premier a obtenu différents prix, dont celui d’interprétation au 8e festival international du film de rome, le golden globe 2014 et l’oscar 2014 du meilleur acteur. le second a également décroché la statuette du meilleur acteur dans un second rôle.

que dire d’un acteur qui est récompensé pour un rôle pour lequel il s’est transformé physiquement, façon de niro et consorts? mconaughey n’a pas été bon parce qu’il a perdu 22 kilos, il aurait juste été moins crédible en malade du sida avec 22 kilos de plus. or c’est cela que l’on récompense, non? la performance. certains diront que l’acteur n’est pas bon parce qu’il se transforme, mais qu’il se transforme parce qu’il est bon, et que cette transformation fait partie intégrante du talent du comédien. un acteur moyen n’irait sans doute pas jusque-là, et ne serait sans doute pas meilleur s’il allait jusqu’à se mettre en danger en touchant à son intégrité physique. d’autres soutiendront qu’on n’a pas besoin de changer de look pour émouvoir et que certains acteurs n’ont besoin que de leur richesse expressive pour être de grands acteurs. certes. que dire alors d’un daniel day-lewis dans le rôle de lincoln (qui a certes porté une prothèse nasale)? ou d’un kevin spacey dans american beauty? ou d’un denzel washington dans training day? étaient-ils plus méritants, sans se transformer? tous les arguments se valent. je pense que si le rôle l’exige, l’acteur mouillera sa chemise, crachera au bassinet et ira au charbon, autrement il n’est pas digne du rôle. question de conscience professionnelle. quoi qu’il en soit, qu’on soit sensible ou pas à ce travail d’acteur, il est incontestable que la crédibilité de mcconaughey dans la peau de son personnage crève ici l’écran.