les garçons et guillaume, à table!

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réal. et scénario guillaume gallienne, int. guillaume gallienne, andré marcon, françoise fabian, nanou garcia, diane kruger, brigitte catillon, reda kateb. 2013, 85′. 3,5 pouces.

le synopsis
la vie d’un garçon (gallienne) hétérosexuel qui idolâtre une mère distante et que tout le monde…

… croit homosexuel sur un malentendu originel.

l’avis
je vais quand même ajouter mon grain de sel à ce dithyrambe national (et international) qui a valu à ce grand comédien (n’ayant pas peur d’émaux) qu’est guillaume gallienne. tiré de la pièce, disons du one-man show pas spécialement comique qu’il a d’abord écrite et interprétée, le film raconte l’histoire émouvante mais compliquée d’un garçon fasciné par une mère dépourvue de tendresse (ou en tout cas ne sachant pas exprimer ses sentiments) qui avait coutume de dire (autant que l’auteur s’en souvienne dès l’âge de 5 ans) « les garçons et guillaume, à table! » ce « et » lui fait croire très tôt qu’il est unique et que, pour le rester, ou plutôt pour ne pas être assimilé à cette masse anonyme qu’étaient « les garçons » (en l’occurrence ses deux frères), il ne fallait surtout pas qu’il en soit un. c’est ainsi qu’il commence à tout faire pour être une fille, se prenant à imiter le seul modèle à sa portée: sa mère. plus tard, il se mettra à imiter toutes les femmes de son entourage. si bien que ce garçon – hétérosexuel – est devenu, non pas efféminé mais féminin. un comportement qui le fera très vite passer, lors de ses séjours en espagne, puis en pension en france et en angleterre, pour un homosexuel, notamment aux yeux de son père qui ne sait pas comment gérer la différence de ce 3ème fils. or le film raconte, selon les mots de l’auteur, un coming-out inversé. car il va devoir prouver qu’il n’est pas homo. le jeune homme traversera bien sûr une crise identitaire sévère, allant jusqu’à essayer, sur les conseils d’une tante (« si tu tombes amoureux d’un homme, tu es homo »), des relations homo, et jusqu’à entamer une psychanalyse. à noter la scène très drôle de l’irrigation colonique avec diane kruger.

bon la fin est très simpliste. comme si l’on pouvait sortir d’une telle complexité relationnelle en tombant simplement amoureux (d’une femme). mais, visuellement, elle est symptomatique: le fils et la mère, qui jusque-là étaient interprétés par gallienne, se trouvent tout à coup joués par deux comédiens différents. le cordon ombilical est enfin coupé entre ce jeune homme perturbé qui était mû par la peur de mécontenter cette femme qui était mue, elle, par celle de ne plus être aimée.

le film est en outre construit comme une sorte de mise en abyme: la narration, totalement autobiographique, alternant les flash-backs et la pièce jouée sur scène, d’abord devant une salle tellement sombre qu’on la devine vide, mais qui tout à la fin devient pleine, comme si une fois ce « coming-out inversé » effectué, l’acteur pouvait enfin se présenter au monde sans fard ni complexe.

bel exercice d’écriture, très beau travail d’acteur, et thérapie très efficace pour gallienne puisqu’il en est sorti applaudi tant par la critique que par le public. si le film n’est pas véritablement une comédie, abordant un sujet plutôt grave, le talent de gallienne transforme l’approche en moment plutôt agréable dont le sourire, voire parfois le rire, ne sont pas absents. à voir, bien sûr.

brèves de coulisses
gallienne incarnait tous les rôles dans sa pièce mais s’est limité aux deux personnages principaux: lui-même et sa mère, personnage qu’il dit avoir répéter pendant 15 ans et peaufiner encore à 40. l’arrivée d’autres acteurs lui permet d’enrichir son propos. rendre à sa mère ce qu’il ne pouvait lui donner au théâtre – la fragilité d’un regard, l’irrésolu d’un geste, l’incongru d’une expression -, l’intention de gallienne était clairement de faire une déclaration d’amour aux femmes en général, et à sa mère en particulier, celle par qui tout est arrivé.