la vénus à la fourrure

la vénus à la fourrure
réal. roman polanski, scénario roman polanski et david ives, d’après la pièce de david ives, d’après le roman de leopold von sacher-masoch, int. emmanuelle seigner, mathieu amalric. 2013, 85′. 3,5 pouces.

le synopsis
dans un théâtre parisien désert, après une journée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il a adaptée et qu’il va mettre en scène, thomas (amalric) reçoit la visite surprise de…

… vanda (seigner) qui, apparemment, n’est pas du tout faite pour le rôle.

l’avis
il y a dans ce film, très théâtral par essence, une évidente mise en abyme par laquelle la pièce tend aux personnages qui la jouent le miroir de leurs propres fantasmes et surtout de leur personnalité profonde. au tout début du film, le metteur en scène tient le rôle du dominant (il auditionne des jeunes femmes que nous ne verrons jamais, puisque la journée se termine et qu’il est seul dans le théâtre, mais sur lesquelles il a eu, le temps d’un jour, le « droit de vie ou de mort » en décidant, tel un roitelet, laquelle était bonne et laquelle ne l’était pas). puis vanda entre en scène. littéralement. pas prévue au départ, elle est tout ce que thomas déteste: vulgaire, grande gueule, sans gêne. mais curieusement, elle porte le même prénom que l’héroïne. thomas, qui allait partir, reste, sur l’insistance de la jeune femme, pour l’écouter. et cette dernière de lui sortir, le plus naturellement du monde, le grand jeu: malgré son air déluré, elle connaît le texte par coeur, malgré son retard et son rimmel qui coule à cause de la pluie, elle a dans son sac des accessoires qui collent à son personnage, et surtout, surtout, elle se métamorphose littéralement, subjuguant le metteur en scène au sens propre. et ce qui devait arriver areva, comme on dit dans le nucléaire: thomas, toujours sur l’insistance de vanda, se mue en comédien pour faire une italienne… et entre dans le rôle que tient leopold von sacher-masoch dans le roman, celui de l’homme qui accepte de devenir l’esclave d’une femme. ce qui ne devait être qu’une simple audition, avec une comédienne déclamant son texte dans le vide devant un metteur en scène froid et silencieux, devient vite une joute verbale et physique dans laquelle l’homme se laisse entraîner presque malgré lui (mais est-ce véritablement à son corps défendant?). le glissement du rôle de dominant à celui de dominé est subtil et se fait par petites touches, les deux comédiens se livrant à une performance d’acteurs impressionnante de maîtrise: l’une passant en un clin d’oeil de la femme à la comédienne, puis à la maîtresse, l’autre du metteur en scène au personnage et finalement à l’esclave. quant à la fourrure du titre, omniprésente, elle est le symbole de la sensualité de la femme, mais aussi de sa féminité à l’état sauvage (et donc de sa supériorité) qui fait tant fantasmer l’écrivain-metteur en scène.

brèves de coulisses…
ce que le film ne dit pas, c’est que sacher-masoch ne trouva jamais de satisfaction absolue à son fantasme. la première femme qui inspirera son roman la femme séparée le quitte pour un autre homme au bout de quatre ans. la deuxième, fanny pistor, avec laquelle il part pour l’italie après avoir signé avec elle un contrat de six mois, le laissera également tomber. en 1873, il croira trouver sa wanda de dunajew (l’héroïne de son futur roman la vénus à la fourrure) en la personne d’une troisième femme, aurora rûmelin, avec laquelle il signera également un contrat. mais aurora, que masoch appelle wanda, peinera à tenir ses engagements et finira, après 9 ans de mariage, par le quitter pour un autre homme. si bien que l’écrivain en tirera une leçon amère, exacerbée par une misogynie par ailleurs très affichée (il ne laisse pas parler la femme dans son roman, la femme étant un pur reflet de ses fantasmes). il déclare même à la fin du roman « j’ai été un âne et j’ai fait de moi l’esclave d’une femme… qui se laisse fouetter mérite d’être fouetté… » polanski a reçu pour ce film le césar 2014 du meilleur réalisateur.