happiness therapy


réal. & scénario david o. russell, d’après l’oeuvre de matthew quick, int. bradley cooper, jennifer lawrence, robert de niro, jacki weaver, chris tucker, anupam kher, john ortiz, shea whigham. 2013, 120′. 3,5 pouces.

le synopsis
interné quatre ans à la suite d’un événement traumatique (la découverte forfuite de l’indifélité de sa femme), pat solitano (cooper), ancien professeur bipolaire, revient vivre chez ses parents (weaver et de niro) et tente…


… de reconquérir son ex-femme avec l’aide de tiffany (lawrence), jeune nymphomane veuve en rémission qui lui proposer de l’aider dans sa démarche pourvu qu’il accepte de devenir son cavalier dans un concours de danse.

l’avis
c’est bien, canal+, ça permet de voir des films qu’on a loupés au cinéma. celui-là en faisait partie et cela faisait un an que j’avais envie de le visionner. c’est chose faite. le scénario est classique – en cherchant quelque chose, le personnage trouve autre chose – et assez prévisible. mais l’intérêt du film est dans la prestation de ses acteurs vedettes que tout le monde attendait au tournant. pour lawrence (22 ans à l’époque de la production du film), c’était le film de la maturité, elle qui avait joué pas mal de rôles d’ados, voire de post-ados, et cooper, « devait » absolument, pour progresser dans sa carrière, sortir des personnages de beaux gosses irresponsables dans lesquels on l’avait cantonné, et confirmer qu’il était un acteur digne de ce nom. l’enjeu était donc de taille. bingo. voilà que miss lawrence reçoit l’oscar 2013 de la meilleure actrice et que mister cooper, même s’il est nommé mais repart bredouille, convainc par sa performance et accède du même coup au respect de ses pairs.

le thème du film, pourtant lourd – la rémission d’une maladie compliquée, voire la rédemption, pour une acceptation de soi et de la société – est traité avec finesse. malgré la maladie qui l’accable, pat solitano affiche un optimisme à toute épreuve et se tient prêt à tout pour récupérer sa vie d’avant et aller mieux. comme il a tout perdu, il emménage chez ses parents et on se rend compte assez vite de leur toxicité. animés pourtant de bonnes intentions, ils alimentent et entretiennent les névroses de leur fils. si bien que, miroir de sa maladie, la famille devient un mal dont il ne peut guérir. jusqu’à ce qu’il rencontre tiffany, jeune femme aussi schlaguée que lui, sinon plus, qui va servir de catalyseur vers un autre point de vue, sorte d’interrupteur qui va déclencher une prise de conscience. exemple qui paraît pourtant anodin: le père de pat (de niro) force son fils à assister aux retransmissions télévisées des matches, prétextant que leur issue est positive s’il est présent, mais empêchant du même coup son fils de vivre sa vie. dans une séquence mémorable, tiffany prouve au père que c’est l’absence de pat pendant les retransmissions, et non sa présence, qui a en fait une influence directe sur les résultats positifs des matches. séquence édifiante (lawrence y est impressionnante) qui vaut à tiffany le respect du père, pourtant pas facile, et surtout son changement de point de vue. si seulement ça pouvait fonctionner aussi « facilement » avec certains parents toxiques…

le titre du film en v.o. – silver linings playbook -, qui est aussi celui du roman, se voit « traduit » en anglais pour la v.f. c’est un signe des temps (« ça sonne mieux en anglais »), une mode chez les distributeurs français. il est vrai pour que les français, qui sont dans leur grande majorité nuls en langues étrangères, et particulièrement en anglais, happiness therapy est beaucoup plus immédiat et malin, même s’il biaise un peu le fond de l’histoire, car il s’agit moins en l’occurrence de rechercher le bonheur que d’apprendre à vivre avec une maladie. « silver lining » signifie littéralement « doublure en argent » et a donné l’expression « every cloud has a silver lining », elle-même issue de deux lignes d’un poème de john milton de 1634: comus, a mask presented at ludlow castle (« was I deceiv’d, or did a sable cloud turn forth her silver lining on the night? »). l’expression a aujourd’hui valeur de proverbe et signifie « à quelque chose malheur est bon », autrement dit il faut chercher le bon côté des choses, même dans des situations défavorables. ce qui est évidemment beaucoup plus proche de l’histoire et de ce que vivent les personnages.

pour la performance des acteurs, l’histoire et la musique de dave brubeck…