perfect mothers


réal. anne fontaine, scénario christopher hampton, d’après l’oeuvre de doris lessing, adaptation anne fontaine, int. robin wright, noami watts, xavier samuel, james frecheville, ben mendelsohn, sophie lowe, gary sweet, jessica tovey. 2013, 113′. 3,5 pouces.

le synopsis
inséparables depuis l’enfance, lil (watts) et roz (wright) ont chacune un fils. les garçons devenus des hommes, les mères…


… tombent sous leur charme.

l’avis
un « drame romantique » tout en douceur et en finesse. pourtant le sujet est loin d’être évident à traiter mais christopher hampton s’en sort plutôt bien dans son adaptation du roman de doris lessing (décédée en 2013 à l’âge de 94 ans), prix nobel de littérature, auteur de ses grand-mères qu’elle avait écrit en 2003 (paru chez flammarion en 2005) sous la forme de 4 nouvelles.

or donc, voici deux femmes qui vivent une relation fusionnelle depuis leur plus jeune âge. lorsqu’elles arrivent à l’âge adulte, elles se marient, ont chacune un fils, vivent en voisines mais leur relation ne change pas. pas plus qu’elle ne change lorsque le mari de lil meurt. pas plus qu’elle ne change lorsque harold (mendelsohn), le mari de roz, se voit offrir un poste de maître de conférences à l’université de sidney. roz refuse de changer de vie, afin de rester proche de lil (même si elle ne l’avoue pas). ces deux femmes sont décidément inséparables.

pourtant tout change, si ce n’est le monde, du moins les personnes. et dans ce monde immuable qui est le leur, fait de douceur de vivre, un événement va bouleverser leur existence: ian (samuel), le fils de lil, et tom (frecheville), celui de roz, sont devenus de beaux jeunes hommes. ian et roz tombent amoureux. de son côté, tom va avoir une relation avec lil, mais pour les mauvaises raisons, c’est-à-dire pour se venger de ian qui couche avec sa mère. ces deux liaisons simultanées que la nature de la relation entre les deux femmes rend très étranges et inconfortables vont-elles finalement avoir raison d’une amitié que rend n’a jamais semblé jusque-là vouloir détruire?

vous le saurez en regardant ce film… j’adore faire durer le suspense.

toute la beauté du film repose sur une photo doucereuse qui entretient cette ambiance de bonheur hors du temps que rien ne semble atteindre. mais aussi et surtout sur le quatuor de comédiens dont la complicité et la sensualité parviennent à captiver au point de faire oublier le point de vue moral. l’endroit, ses plages très longues, la mer, la nature en général (le film a été tourné en australie), participe aussi de la sensualité de l’histoire. les deux jeunes hommes constituent en quelque sorte le miroir de leur mère, ils ont chacun hérité de leur aura, ce qui explique que, les deux femmes entretenant une relation quasi-homosexuelle, roz soit attirée par ian comme le prolongement physique de lil, et lil soit attirée par tom comme l’incarnation masculine de roz. ce qui pourrait apparaître comme malsain est « acceptable » dans le film grâce à une interprétation particulièrement riche en nuances de la part des quatre comédiens. il fallait une robin wright et une naomi watts, magnifiques quadra au charme magnétique et au physique subjuguant – et pareil pour les deux jeunes hommes – pour rendre cette histoire crédible. pas étonnant que le casting ait pris un temps fou.

un film à voir, bien sûr.

brèves de coulisses…
l’histoire est vraie. elle a été confiée à l’auteur, doris lessing, par un étudiant australien, un soir dans l’arrière-salle d’un bar. le jeune homme, loin d’être écoeuré d’avoir été le témoin extérieur de cette histoire, était jaloux de la relation, qu’il jugeait idyllique, que chacun de ses deux amis avaient entretenue avec la mère de l’autre. la réalisatrice franco-luxembourgeoise anne fontaine souhaitait que chacun des spectateurs se trouve à la place de ce jeune témoin: envoûté par l’histoire. anne fontaine dont le choix peut paraître insolite, vu sa filmographie (si ma gueule vous plaît, 1981, p.r.o.f.s. en 1985, nettoyage à sec, 1997, les histoires d’amour finissent mal… en général, en 1993, comment j’ai tué mon père, 2001, coco avant chanel, 2008). c’est julianne moore, amie de la réalisatrice, qui devait tenir le rôle de roz. mais pour des questions d’emploi du temps, l’actrice a finalement proposé robin wright pour la remplacer. bien lui en a pris. robin wright, qui brille depuis plus d’un an dans le rôle de claire underwood, dans la brillante série house of cards, est une actrice magnifique. anne fontaine a choisi de changer complètement la fin de l’histoire telle que doris lessing l’avait écrite, cassant la symétrie des couples croisés, laissant l’avenir totalement incertain et ouverte la question de la continuité du « couple » li-roz.