la belle et la bête

La belle et la bête
réal. christophe gans, scénario christophe gans et sandra vo-anh, d’après l’oeuvre de gabrielle-suzanne de villeneuve, int. vincent cassel, léa seydoux, andré dussolier, eduardo noriega, audrey lamy, sara giraudeau, myriam charleins, nicolas gob. 2014, 112′. 3,5 pouces.

le synopsis
l’histoire d’amour entre une jeune fille pure et un homme frappé d’un sortilège.


l’avis
reconnaissons d’emblée que christophe gans fait du très joli cinéma. du cinéma comme on l’aime, toujours animé d’un souffle particulier, d’un esprit rare dans le cinéma français, bourré d’influences qui nourrissent son univers visuel et que le réalisateur ne cherche pas à singer en prétextant l’hommage, comme le fait tarantino. au contraire, ces influences sont de véritables inspirations qui l’amènent à proposer sa propre vision et à aller plus loin. pour cela, j’ai le plus grand respect.

j’avais beaucoup aimé son crying game (1995) tiré d’un manga, j’avais adoré son pacte des loups (2001), inspiré de la légende de la bête du gévaudan, à laquelle il proposait une explication, j’avais apprécié son silent hill (2006).

l’histoire, on la connaît, non pour avoir lu l’oeuvre que jeanne-marie leprince de beaumont, s’appuyant sur le conte de madame de villeneuve (1740), rendit populaire en 1757, mais pour avoir vu ce chef-d’oeuvre de poésie que fut le film de jean cocteau (1946): un marchand naguère prospère (youplaboum) et désormais ruiné part en voyage d’affaires non sans avoir promis à ses six enfants (trois garçons et trois filles) de leur rapporter à chacun un cadeau. les deux aînées, capricieuses et gâtées, ne s’intéressent qu’au luxe tandis que la cadette, plus attirée par la nature et la lecture, ne lui demande qu’une rose. à la fin de son voyage, le père se perd dans un domaine étrange et cueille la précieuse fleur pour sa fille. mais le maître des lieux le surprend et le condamne à mort. le père rentre donc une dernière fois pour faire ses adieux aux siens avant de retourner à son destin. c’est alors que sa fille se sacrifie et prend sa place. la bête laisse vivre belle dans son château et tombe bientôt amoureux d’elle. de son côté, belle repousse la bête, non seulement parce son aspect la répugne, mais aussi parce qu’il est l’artisan de sa déchéance. mais belle se rend compte que ce monstre dissimule en fait un être généreux qui ne demande qu’à aimer et à être aimé en retour.

j’ai aimé le film de gans, mais davantage pour sa forme que pour sa manière de traiter l’histoire d’amour entre les deux personnages centraux. formellement, ce film est magnifique. ne manquons pas de le mentionner, le cas est suffisamment rare dans le cinéma français. les décors sont sublimes et l’univers que gans crée correspond parfaitement à l’image que l’on garde, en tant « qu’anciens enfants », des contes de fées, de ces univers fantastiques, tout à la fois merveilleux et inquiétants. or gans ne faillit pas à sa règle et alimente son film de toutes sortes d’influences, quitte à inventer, c’est le cas ici, des éléments qui ne figurent pas dans le conte, comme la cause du sortilège dont est frappé la bête ou l’existence de géants sur le domaine du château, puisant dans les codes de l’heroic fantasy. pourquoi pas: loin d’être gênante, l’extrapolation soutient même la dimension fantastique du récit.

là où, par contre, le réalisateur passe à côté de son sujet, c’est sur le noeud de l’histoire: l’amour des deux personnages. pas tant celui que la bête entretient pour belle, car on sait le personnage accablé d’une malédiction qui le rend prompt à tomber amoureux pour s’en défaire. mais celui qui naît dans le coeur de la jeune fille. on ne croit pas une seconde que cette jeune fille puisse tomber amoureuse de cet être qui la repousse du jour au lendemain. car si on fait bien attention, l’histoire ne se passe que sur quelques jours. c’est dommage. on aurait préféré un peu plus de crédibilité sur ce point crucial et un peu moins de choses annexes. comme ces chiens frappés eux aussi du même sortilège que leur maître, créatures numériques qui se voudraient attendrissantes et qui sont censés devenir les amis de belle, mais qui en fait sont mal « écrites » (elles hésitent tout le temps entre empathie et crainte) et ne servent finalement pas à rien d’autre qu’à affaiblir un peu l’ensemble. du coup, la morale du conte original – sachons distinguer la laideur physique de la laideur morale, apprenons à favoriser le rayonnement d’une intelligence ou d’un coeur dissimulé sous une apparence ingrate – passe un peu au second plan.

en revanche, les symboles et indices oedipiens sont très clairs et très présents dans le film: l’attachement de la fille à son père (dont il essaie de calmer l’excès en la préparant à l’avenir), la rose rouge (la fille amoureuse de son père au point de se sacrifier pour lui), point de départ du conte et cause du malheur de la famille, la robe blanche (la virginité) devenant rouge (au 18ème siècle, symbole de la femme mariée, ici jeune fille devenue femme par son union avec la bête). et j’en oublie sûrement…

au final, la belle et la bête, qui devrait s’intituler belle et la bête, reste un film très plaisant à voir.

brèves de coulisses…
ce film est la 9ème adaptation du conte pour le grand écran. une 10ème adaptation est annoncée, elle sera réalisée par guillermo del toro, avec emma watson. christophe gans fonda, en 1983, un magazine consacré au cinéma de genre, notamment de science-fiction et d’horreur – starfix ., qui cessera de paraître en 1990, faute de recettes publicitaires, renaîtra en 1998 pour redisparaître en 2001, pour re-renaître en 2011 mais sous la forme d’une société de production de films. la belle et la bête a été tourné dans les studios berlinois de babelsberg, devenus mythiques après avoir abrité des productions de grands classiques de l’expressionnisme allemand telles que le golem (paul weneger, 1920), nosferatu le vampire (friedrich murnau, 1922) et metropolis (fritz lang, 1927). gans a déclaré ne pas vouloir faire un remake du film de jean cocteau. d’où son parti-pris de se concentrer davantage sur belle que sur la bête. l’apparence de vincent cassel, qui retrouve gans 13 ans après le pacte des loups, a été réalisée en post-production. l’acteur n’a donc pas eu à subir 4 heures minimum de maquillage quotidiennes. le film s’inspire visuellement de deux époques: le premier empire et la renaissance. un système de dessins 2d a été mis en place pendant le tournage afin d’éviter aux acteurs de jouer sur fond vert, mais aussi de donner aux responsables des effets spéciaux une idée précise de ce que le réalisateur avait en tête. résultat: gain de temps et d’argent. cassel a interprété son rôle deux fois: une première fois sur le plateau et une seconde fois, un mois après la fin du tournage, des caméras captant ses expressions qui ont servi de repères aux effets numériques. l’architecture du château de la bête s’inspire d’une chapelle écossaise du nom de rosslyn, qui est au centre de l’histoire de da vinci code (ron howard). le père d’andré dussolier s’était échappé d’un camp pendant la seconde guerre mondiale et avait travaillé dans les studios de babelsberg. l’acteur a essayé de retrouver les films sur lesquels son père avait travaillé mais n’a pas réussi. c’est ce qu’il a appelé « l’étrange clin d’oeil de l’histoire »…