robocop 2014

Robocop 2014

réal. josé padilha, scénario joshua zetumer, nick schenk, int. joel kinnaman, gary oldman, michael keaton, abbie cornish, jackie earle haley, jennifer ehle. 2013, 117'. 3 pouces.

le synopsis
victime d'un attentat, le policier alex murphy (kinnaman) est très grièvement blessé. à tel point que son corps est quasiment irrécupérable. sa seule chance…


… de survivre est d'être intégré dans un prototype de machine qu'une multinationale met au point dans le cadre de la lutte contre la criminalité.

l'avis
quand on fait un remake (ce n'est pas un remake, c'est une "nouvelle interprétation", clament en choeur les responsables, mdr, ce que le marketing n'invente pas pour nous faire acheter…), quand on fait un remake, donc, on se doit d'être meilleur que l'original, sinon ça ne sert à rien. et la notion de "meilleur" englobe tout un tas de choses: scénaristiquement, visuellement, techniquement, dramatiquement, enfin plein de mots en "ment". ici, ce que cette "nouvelle interprétation" apporte, ce sont les effets spéciaux d'aujourd'hui.

paul verhoeven a réalisé l'original en 1987, c'est-à-dire juste avant l'apparition des effets numériques. est-il moins fort pour autant? que non! au contraire, il palliait le manque d'effets par une psychologie bien plus passionnante que celle qu'on nous sert aujourd'hui, à savoir, excusez du peu, une réflexion sur l'âme et la conscience. murphy finissait par se "réveiller" de l'oubli dans lequel ses concepteurs l'avaient plongé et réinjectait, en guise de final, une dimension humaine à la machine qu'il était devenu. et cette humanité partiellement retrouvée lui permettait à la fois de s'accepter, première étape avant l'acceptation des autres, de retrouver sa place dans la société et d'y être respecté, voire accueilli. une belle métaphore sur la perte d'identité et le rejet de la différence doublé d'un discours d'espoir.

cette nouvelle version, on s'y attendait un peu, place d'emblée le personnage dans une pleine conscience de ce qu'il est devenu, c'est-à-dire deux poumons, un bras, une main et une tête. reconnaissons-le, l'effet est saisissant. cela dit, son humanité pose problème, et pas seulement à lui-même, qui doit bien accepter, contraint forcé, son nouvel état de chair insérée dans un exosquelette de métal. elle pose problème car, étant doté d'une conscience – et de tout ce qui va avec, le doute, le remords, etc. -, il est bien moins efficace qu'une machine dans la lutte contre les méchants. du coup, ses réflexes souffrant d'un temps de réponse plus long, il se fait canarder.

et c'est là que le scénario pêche. comme il faut bien rendre ce "robocop" efficace (au risque de mettre la multinationale qui l'a créé dans une situation délicate), l'ingénieur en chef norton (oldman) parvient donc à bidouiller le cerveau du pauvre murphy (oui, j'ai oublié de vous dire, on est dans le futur) pour occulter sa conscience, mais seulement quand il abaisse la visière de son casque. cool non? non je rigole. en fait, j'ai envie de dire: MDR!!!

comme sa visière occulte la conscience de murphy, le scénario occulte quelque peu le discours philosophique sur l'âme et la conscience. oscillant constamment entre homme et machine, le personnage – et donc le propos – perd en force ce qu'il gagne en démonstration de technologie. et le film de devenir un objet de pur divertissement. et ce n'est pas la prestation de joel kinnaman, à peu près aussi charismatique qu'une paire de pantoufles, qui pallie ce défaut. dommage.

bon, ne boudons pas notre plaisir, le film reste quand même un bon divertissement. si vous appréciez le canardage à tout-va et les bons effets spéciaux, robocop mouture 2014 devrait vous satisfaire.

brèves de coulisses…
totalement inconnu jusqu'ici du grand public et n'ayant à son actif que des productions de son pays, le grand suédois joel kinnaman fait son entrée dans la cour des grands, avec ce film formaté pour être un blockbuster. cela dit, son manque de "présence" à l'écran, malgré son mètre nonante, nuit quelque peu à sa prestation de flic mi-homme mimolette, comme disait l'autre. à part ça, la chance lui sourit enfin avec ce rôle, lui qui avait fait des essais pour les rôles de max rockatansky pour la prochaine aventure de mad max (mad max: the fury road, sortie mai 2015), rôle attribué à tom hardy (bane, le méchant du dernier batman) et de thor (2011), qui fut finalement attribué à chris hemsworth. vingt-sept ans après l'original, le personnage de l'épouse de murphy, interprété ici par abbie cornish, change de nom: ce n'est plus ellen (angie bolling) mais clara. de plus, il gagne ici en présence et en importance alors que, dans l'original, il n'apparaissait que dans des flashbacks. la société omnicorp (fictive évidemment), dirigée par raymond sellars (keaton) – notons l'ironie quelque peu grossière du nom -, a fait l'objet d'un site viral mis en ligne bien avant la sortie du film pour en vanter les mérites, tout comme ce fut le cas de la société weyland industries pour prometheus et rekall pour total recall. on retrouvera gary oldman, qui n'arrête pas de tourner, dans la suite de la planète des singes: les origines, intitulée la planète des singes: l'affrontement (sortie juillet 2014).