only god forgives

Only god forgives

réal. et scénario nicolas winding refn, int. ryan gosling, kristin scott thomas, vithaya pansringarm, tom burke, byron gibson, yayaying rhatha phongam. 2013, 90'. 3,5 pouces.

le synopsis
à bangkok, julian (gosling), qui a fui la justice américaine, organise des combats de boxe thai pour…


… masquer son trafic de drogue. à la suite du meurtre de son frère billy (burke), qui avait massacré une prostituée, il doit affronter un policier local (pansringram), tortionnaire et adulé.

l'avis
le cinéma de refn, ce réalisateur danois doté d'un nom aux allures de faute de frappe, est décidément à part dans le paysage cinématographique "traditionnel". bon, quand je dis "le cinéma", je me la pète un peu car je n'ai vu que trois de ses neuf films (l'ovni valhalla rising, 2009, avec l'inquiétant mads mikkelsen, et drive, avec le même ryan gosling).

mais c'est assez en tout cas pour y déceler une approche à contre-courant refusant l'esthétique pusillanime du "tous publics" et les bavardages superfétatoires.

le silence semble donc faire partie de l'écriture conceptuelle du réalisateur danois. vous me direz que les vikings du 11ème siècle (valhalla rising) n'étaient probablement pas des mecs qui aimaient papoter au coin du feu mais, de ce que j'en ai vu, les personnages du réalisateur ont l'air extrêmement torturés et ces "dialogues non parlés" non seulement leur conviennent parfaitement, mais permettent aussi de véhiculer les psychologies d'une manière plus subtile.

le moins que l'on puisse dire aussi, c'est que la facture est esthétisante, tant par la sophistication d'ambiances tranchées que par l'épurement d'une mise en scène faite notamment de cadres amples et de mouvements de caméra lents. et cet esthétisme, soutenu par des éclairages marqués et des couleurs vives, évolue a contrario de l'histoire. ainsi le rouge sang à la fois oppressant et agressant qui baigne le calme de la première moitié du film fait place, dans l'autre moitié, à des teintes plus naturelles accompagnant des séquences d'une grande violence.

si, d'un point de vue formel, le film se démarque de la production actuelle, il s'appuie par contre sur une histoire d'une linéarité assez surprenante: le meurtre sauvage perpétré par un homme sur une prostituée déclenche une violente expédition punitive contre sa famille.

on retiendra donc de ce métrage l'efficacité visuelle dont le calme dominant (et très dérangeant) décuple forcément l'impact de la violence lorsqu'elle survient. le personnage du flic-tortionnaire, lui aussi d'un calme olympien, même quand il "dispense sa justice", n'est pas sans rappeler celui qu'interpréta takeshi kitano en 1997 dans hana-bi, notamment. le calme pendant la tempête, en quelque sorte. gosling continue, après drive, du même refn, à se la jouer beau ténébreux imperturbable. mais, contrairement à drive, il se prend ici une sacrée déculottée.

à voir, si la violence ne vous rebute pas…

brèves de coulisses…
laissons la parole au réal: "l'idée de départ était de parler d'un homme qui veut se battre contre dieu. cette idée a mûri et deux personnages ont finalement surgi: chang, le flic qui se prend pour dieu et julian, gangster en quête d'une religion en laquelle il peut croire. ainsi le film est conçu comme une réponse, et ce n'est qu'à la fin que la question est révélée. tous mes personnages – one-eye dans valhalla rising et driver dans drive – prennent racine dans une mythologie de conte de fées et éprouvent une difficulté à vivre dans le monde réel. techniquement, il existe une ressemblance entre ces personnages, leur comportement stoïque, leur silence et leur portrait fétichiste, même s'ils renvoient à des époques différentes et sont incarnés par des acteurs différents." voilà voilà! comme quoi, des fois, il vaut mieux laisser les auteurs parler de leur création, au moins on est sûr de ne pas se tromper. perso, je n'ai vu aucune allusion à la religion de la part du personnage de julian ni n'ai saisi la question à la fin. mais laissons-le terminer: "au cinéma, le mal est toujours l'apanage des hommes, c'est pourquoi je me suis beaucoup amusé à écrire sur une femme, qui plus est une mère, qui incarne le mal absolu et la violence la plus brutale." bon, on n'a pas dû voir le même film, alors, car le personnage de crystal, la mère de julian, incarnée par kristin scott thomas, n'est pas écrite comme l'incarnation du mal absolu: elle donne plutôt l'impression d'être une vieille maquerelle certes un peu sophistiquée mais surtout possessive et autoritaire. de là à dire que c'est le mal absolu, ya un gouffre. et dans ce film, je suis désolé mais la violence est résolument masculine. tout cela n'ôte rien à la puissance du film, mais je suis surpris de l'écart entre les propos du réalisateur et le résultat à l'écran. si vous le voyez, vous me direz…