l’odyssée de pi

L'odyssée de pi

réal. ang lee, scénario david magee, d'après le roman de yann martel, int. suraj sharma, irrfan khan, adil hussain, tabu, rafe spall, gérard depardieu. 2012, 125'. 3,5 pouces.

le synopsis
lorsque le bateau qui les emmenait, sa famille et lui, au canada pour installer leur zoo, coule à la suite d'une tempête, le jeune indien pi patel (sharma)…


… se retrouve seul à dériver sur un canot de sauvetage avec pour seuls compagnons un zèbre, une hyène, un oran-outang et… un tigre affamé.

l'avis
l'histoire de piscine molitor patel, ce jeune indien dont le prénom vient de l'amour de son père pour les piscines, est pour le moins singulière. 227 jours à dériver sur l'océan, à essayer tant bien que mal de survivre entre une hyène qui tue le zèbre et l'oran-outang, et un tigre affamé nommé richard parker qui tue ensuite la hyène, puis à l'amadouer, pour finalement arriver sur les rives du mexique après un court séjour sur une île carnivore. cela dit, si l'histoire vous paraît incroyable et passionnante, attendez de voir la fin dans laquelle réside le véritable intérêt du film et qui apporte un éclairage intéressant au récit de pi.

il est vrai que la première demi-heure n'a rien à voir, en apparence, avec le reste du film. on y apprend que le jeune pi se cherche et, se faisant, approche les principales religions simultanément, trouvant en chacune d'elles une réponse à ses interrogations. on y voit aussi un jeune garçon moqué par ses camarades de classe à cause de son prénom, mais qui trouve la parade et gagne le respect. rien à voir, en apparence seulement, car la "sagesse" acquise, sous l'influence de son père, par le garçon devenu adolescent, lui sera fort utile pour affronter les épreuves qui l'attendent.

mais ang lee ne crée par la suite, toujours en apparence, aucun lien avec cette partie, préférant mettre l'accent sur la sagesse du personnage plutôt que sur sa religiosité ("la religion est une mauvaise chose", dit le personnage du père). du coup, le discours est limpide et on se prend à aimer ce personnage qui tire des enseignements de telle ou telle confession pour en faire des règles de vie. et lors de son aventure sur les eaux, tout se fait subtilement, les considérations religieuses sous-tendant discrètement des enjeux narratifs simples pour devenir des principes quasi philosophiques: comment survivre contre les éléments, contre la faim, contre soi-même et contre la folie qui guette tout être humain lorsqu'il est à ce point isolé et sans espoir.

le réalisateur a d'ailleurs fait appel à un vrai rescapé qui a passé plus de 70 jours seul sur l'océan. l'homme a raconté que lorsque l'on est seul au milieu de la mer, il y a un grand vide en nous et que les émotions sont rares. mais quand elles surgissent, elles sont décuplées. la fin du film réserve une surprise qui donne à réfléchir.

un joli film à voir (et qui mérite sûrement d'être vu en 3d)…

brèves de coulisses…
boudé par la critique, mais vainqueur tout de même de 4 oscar l'an dernier (meilleurs réalisateur, photo, effets visuels et musique), l'odyssée de pi est l'adaptation du roman multi-récompensé réputé inadaptable (comme souvent) de l'écrivain canadien yann martel. deux difficultés ont marqué le tournage: la restitution de l'océan pacifique (et donc de tous ses états) et le tigre. la première a été résolue par la construction d'un bassin de 70 mètres de long, 30 de large et 4 de profondeur. la seconde par la fabrication d'un animal en images de synthèse. une trentaine de plans ont tout de même utilisé quatre véritables tigres, dont deux femelles, et tous français (leur dresseur, thierry leportier, est français et a participé au tournage de gladiator). mais la plupart des autres plans ont reconstitué le tigre par ordinateur, avec quinze personnes s'appliquant à plein temps à reproduire les 10 millions de poils sous la supervision de bill westenhofer, qui avait travaillé sur le monde de narnia. le zoo a lui été créé de toutes pièces dans les jardins botaniques de pondichéry. tobey spider-man maguire avait commencé à jouer le rôle de l'écrivain, mais ses scènes ont été coupées au montage et l'acteur a été remplacé par rafe spall. le réalisateur a justifié sa décision en disant que maguire était trop connu pour un si petit rôle et que cela aurait risqué de parasiter le rythme du film (à mon avis ils se sont engueulés et puis voilà).