le loup de wall street

Le loup de wall street

réal. martin scorsese, scénario terence winter, d'après le livre de jordan belfort, int. leonardo dicaprio, jonah hill, margot robbie, matthew mcconaughey, rob reiner, kyle chandler, jon bernthal, jon favreau, joanna lumley, jean dujardin. 2013, 179'. 4 pouces.

le synopsis
la montée en puissance et la chute, entre 1987 et la fin des années 1990, d'un trader…


… féroce et particulièrement doué.

l'avis
on en a vu, des histoires de ce genre, les années 80 en ayant dégueulé des tonnes, wall street en tête. là, ça dépasse tout. par la personnalité du gars, un animal de la finance, un enragé du pouvoir et de la réussite dans ce qu'ils ont de plus amoral, voire immoral, de l'arrogance la plus décomplexée, produit monstrueux mais totalement assumé d'un capitalisme sans règles. il faut dire qu'il a quelque chose de plus, l'animal en question. à la tête de son entreprise à 26 ans, il emploiera vite jusqu'à 1000 traders pour un chiffre d'affaires dépassant le milliard de dollars. et tout ça en partant du courtage de penny stocks, ces actions à deux balles de toutes petites sociétés que belfort vend au début par téléphone, la plupart du temps en trompant ses acheteurs.

cela dit, et précisons-le tout de suite: ce film est drôle. et c'est plutôt étonnant. wall street étant passé par là, on s'attendrait plutôt à un film "froncement de sourcils", entre le pathétique et la tristesse, qui provoquerait une profonde réflexion socio-humano-financière du genre "halala, c'est dingue" sur fond de tout ce qu'on veut. et pas du tout. la force du scénario tient précisément au fait que le jugement passe au second plan. l'homme est certes présenté comme dévoré par l'ambition mais quelque chose nous fait s'identifier à lui (il est beau, il est jeune, il est doué, toutes choses que nous ne serons jamais lol). tout est là. on pardonne plus volontiers à quelqu'un qui nous est sympathique.

perso, je me suis bien amusé. probablement parce que le personnage et ses acolytes constituent une galerie de caractères atypiques (aucun n'est véritablement une lumière et leur seule description fait déjà rire) mais doués pour une chose: ce sont des vendeurs nés. probablement parce que la démesure dépeinte dans le film est tellement énorme qu'elle en devient second degré. on notera le comique volontairement très caricatural du personnage du banquier genevois tenu par jean dujardin. quant à la représentation de genève… MDR! c'est toujours amusant de voir comment une ville qu'on habite est représentée au cinéma par des gens qui n'y habitent pas. le loup de wall street ne déroge pas à la règle qui veut que ce soit systématiquement irréaliste (la vue de la rade et du jet d'eau en fond, comme si le bureau du banquier se trouvait au sommet d'une tour…).

comme on dit, tout ce que font les personnages du film, n'essayez pas de le reproduire à la maison… dicaprio est grandiose, comme souvent, et pourrait bien recevoir le premier oscar de sa carrière pour ce rôle, même s'il concourt aux côtés de poids lourds. à voir, bien sûr.

brèves de coulisses…
pour une fois, l'histoire est vraiment vraie puisqu'elle repose sur le livre de son "héros", le "fameux" jordan belfort. l'homme aura sévi durant une dizaine d'années avant d'être arrêté par le fbi en 1998 pour détournement de fonds et blanchiment d'argent. il est condamné à 4 ans sous les verrous (mais sera libéré au bout de 22 mois) et devra rembourser 110 millions de dollars. un accord est passé selon lequel il doit restituer 50% de la somme aux 1513 victimes de son escroquerie. sur les 11 millions collectés à ce jour, 10 proviennent de la vente de ses biens. mais l'homme n'a toujours pas remboursé ce qu'il doit, malgré les droits de ses deux livres (plus d'un million de dollars) et son revenu en tant conférencier (il est devenu motivational speaker, c'est-à-dire conférencier spéacialiste de la motivation). sa vie et sa société de courtage stratton oakmont ont inspiré un film intitulé boiler room (2000), nom tiré de la "salle des ventes" (en fait un call centre) dans laquelle belfort a commencé son business et dont les pratiques étaient plus que douteuses. le film reposait sur des interviews menées auprès d'ex-brokers de la société. le film est passé totalement inaperçu chez nous mais comptait tout de même une distribution de stars telles que giovanni ribisi, vin diesel et ben affleck. aujourd'hui, belfort est devenu conférencier spécialiste de la motivation (motivation speaker), il est divorcé de nadine (naomi dans le film) et a deux enfants. en prison, il a pour codétenu tommy chong (du duo cheech and chong dans les années 70-80) qui, ironie de l'histoire, avait joué dans un film de martin scorsese (after hours). c'est lui qui encourage belfort à écrire un livre sur son aventure. le scénariste de ce film est terence winter, qui avait écrit les soprano. à la sortie du livre, dicaprio et brad pitt se sont "battus" pour en acheter les droits. dicaprio était paraît-il tellement nerveux pour la scène du baiser avec joanna lumley qu'il lui a fallu 27 prises. il faut dire que le cv de la dame a de quoi impressionner.