ma vie avec liberace

Ma vie avec liberace

réal. steven soderbergh, scénario richard lagravenese, d'après le roman de scott thorson, int. michael douglas, matt damon, scott bakula, dan aykroyd, rob lowe, debbie reynolds, paul reiser. 2013, 119'. 3,5 pouces.

le synopsis
une partie de la vie du célèbre pianiste virtuose et excentrique vu…


… par son amant de l'époque, scott thorson.

l'avis
wladziu valentino liberace était une star. né d'un père napolitain et d'une mère américaine d'origine polonaise, il apparaît à la télévision dès 1952 (l'un des premiers artistes à être médiatisés au sens moderne du terme) et gagne la coquette somme de 7 millions de dollars en deux ans. en comparaison, elizabeth taylor, bien que star reconnue du grand écran, n'en gagnera, dix ans plus tard, qu'un seul dans son rôle de cléopâtre, dans la super-production du même nom.

l'homme était virtuose. il se produit à chicago et, de clubs de jazz en hôtels de luxe, peaufine un style qui évolue progressivement, surtout dans les années 1970 et 1980, à las vegas, vers des spectacles où il donne libre cours à une excentricité à tout-va: costumes tous plus extravagants les uns que les autres, manteaux clignotants, entrées sur scène en rolls-royce, etc. car l'homme est excentrique, aussi bien sur scène que dans la vie, et son style fascine les garçons sensibles et les mères de famille.

l'homme était aussi un homme d'affaires redoutable, dit-on. il possédera à sa mort 13 villas, une fortune de plus de 100 millions de dollars, mais aussi une boutique d'antiquités, une chaîne de motels, un restaurant et quelques autres entreprises.

l'homme était enfin homosexuel, une préférence qu'il niera toute sa vie, notamment après sa rupture douloureuse d'avec scott thorson. alors que tout le monde attendait l'annonce de son mariage avec une "heureuse élue". seulement voilà, dans la société américaine (mais pas seulement) de l'époque, le statut de personnage public imposait l'hétérosexualité et les artistes, surtout s'ils étaient adulés comme lui, ne faisaient pas de coming out, au risque de tout perdre (plus proche géographiquement de nous, elton john fera longtemps croire à son hétérosexualité). aussi, quelle ne sera pas la surprise de ses fans quand ils apprendront que leur star est morte des suites du sida (1987), considérée à l'époque comme "la maladie des homosexuels". le monde entier est alors en plein "apprentissage" de ce mal incurable et dévastateur. parmi tant d'autres, malheureusement, rock hudson (1985), provoquant la stupeur auprès de millions de femmes amoureuses, thierry le luron,mort officiellement d'un cancer (1986, la vérité, révélée 24 ans plus tard, fera encore polémique) et anthony perkins, le bisexuel (1992).

le film prend le parti d'aborder le sujet de manière frontale (après tout, ce n'est plus un secret pour personne aujourd'hui). le scénario repose sur le livre de scott thorson, l'un des amants que liberace fréquenta de 1977 au début des années 1980, qui lui réclama une pension après leur séparation. on aurait pu croire qu'avec la notoriété du réalisateur et des acteurs impliqués, le film n'aurait eu aucun mal à trouver un distributeur sur le sol américain. il n'en a rien été, le film ayant été jugé "trop gay", il a été diffusé sur la chaîne hbo. comme quoi le puritanisme a encore de belles heures devant lui.

l'homosexualité est décidément un sujet qui fâche. malgré tout. encore et toujours. alors qu'il ne s'agit que d'une histoire d'amour, on pourrait dire banale si les protagonistes et leur environnement n'étaient aussi extravagants. à part ça, chapeau (qui a dit "retraite"!?!) aux acteurs qui, passé le temps d'adaptation (ce n'est pas tous les jours qu'on voit michael douglas, matt damon, dan aykroyd, rob lowe ou scott bakula en folles), apportent une crédibilité singulière à cette histoire. une mention particulière à matt damon qui n'est désormais plus un jeune premier et qui passe de rôles musclés à la jason bourne à ce rôle de soi-disant bisexuel ne dissimulant (presque) rien d'une anatomie ma foi fort avantageuse que la plupart des mecs lui envieraient.

ma vie… est un bon biopic, comme on dit. à voir pour la performance des comédiens et aussi pour en apprendre davantage sur la vie de ce musicien hors du commun qui mourut seul.

brèves de coulisses…
michael douglas a fait ce film après avoir vaincu le cancer. lors de sa présentation à cannes en 2013, il en a remercié le réalisateur qui l'a attendu pour le tourner. le film est reparti du festival bredouille, absent du palmarès, à l'exception de la "palme dog" décernée à baby boy, le caniche qui permit le rapprochement de liberace et de scott thorson. de très nombreuses scènes du film ont été tournées dans les lieux où l'artiste vécut et se produisit. ainsi son appartement de los angeles, la salle du las vegas hilton, l'église où eurent lieu ses funérailles, ainsi que le bureau de poste où thorson travailla après sa séparation d'avec l'artiste, sont tous authentiques. de même, la rolls dans laquelle il entrait en scène est bien la sienne, les pianos apparaissant dans le film lui ont tous appartenu et de nombreux objets ont été empruntés au liberace museum de las vegas pour les besoins du tournage. la plupart des costumes, par contre, surtout les manteaux, sont des reproductions exactes mais façonnées dans des matériaux plus légers, les originaux étant trop lourds.