adieu berthe – l’enterrement de mémé

Adieu berthe

réal. bruno podalydès, scénario bruno et denis podalydès, int. denis podalydès, valérie lemercier, isabelle candelier, catherine hiegel, émeline bayart, michel vuillermoz, bruno podalydès, samir guesmi, benoît hamon,  pierre arditi,  michel robin. 2012, 100'. 4 pouces.

le synopsis
la mort de sa grand-mère va quelque peu bouleverser la vie d'armand (podalydès), pharmacien sans histoires…


… coincé entre sa femme (candelier) qu'il ne veut pas quitter et sa maîtresse (lemercier) avec qui il veut vivre.

l'avis
les changements sont minimes en apparence. ils sont à l'image de la vie d'armand: sans aspérités ni coups de gueule. mais pour un homme comme lui, ce sont de grands bouleversements. pour cerner la psychologie du personnage, pas besoin de longs discours en voix-off, juste une courte (3 minutes) scène de "confrontation" entre le père et le fils ado, et un coup de gueule d'alix (lemercier) en plein cimetière. la mort comme idée de base pour raconter la vie. on avait déjà vu ça mais là, en plus, on rit.

ce film est un petit bijou. j'ai lu quelque part qu'il réussit presque tout avec presque rien. rien n'est plus vrai car tout est dans le 36ème degré et la nuance, loin des gros effets de manches et de comédiens qui en font des tonnes pour amener le rire. exemple, ces pubs pour l'entreprise de pompes funèbres, au nom approprié de "définitif", qu'armand consulte: "50% sur les obsèques nocturnes!", clame l'une, "ne payez plus quatre porteurs, optez pour un cercueil télécommandé!", propose l'autre. et l'écriture regorge de trouvailles disséminées çà et là au fil des situations et des personnages. georges rovier boubet (vuillermoz), le patron croquemort élégant et high-tech (une technologie qui ne fonctionne qu'une fois sur deux), n'est pas à la tête d'une entreprise mais d'un ultraconcept. il a donné des noms à chaque salle mortuaire ("plaine marine" ou "berceau de brume"), à chaque forfait obsèques (formules "harmonie", "twighlight" ou "point d'orgue"), à chaque cercueil ("une très belle verticalité… yul brynner est enterré dans le même!"), présenté sur des écrans rotatifs et rétro-éclairés. "c'est votre premier décès?, demande-t-il à armand qui lui répond "mon premier essai?". les mouchoirs en papier sont énormes et les cakes financiers ont la forme de cercueils.

ses concurrents, vers lesquels armand se tourne finalement parce que rovier boubet est le choix de sa belle-mère (hiegel) qu'il ne supporte pas, ses concurrents, yvon grinda et haroun taziouff (ah, comme tazieff? non comme taziouff!), deux associés losers mais confiants (bruno podalydès et samir guesmi) ne sont pas en reste et recèlent d'indicibles perles. obsecool est le nom de leur entreprise, et leur slogan est "hop, c'est fait, mais cool!". le dialogue dans la fourgonnette sur le marché qu'ils viennent de développer dans l'animal de compagnie est à deux doigts d'être hilarant. autre marché en pleine expansion: l'occasion. et ces thermos posés là qui sont en fait des urnes. "c'est le papa?", demande armand, "c'est un thermos", répond grinda.

au rayon trouvailles, citons encore la couleur des sms que les
personnages s'envoient: bleu pour armand, rouge pour alix la maîtresse,
vert pour hélène l'épouse ("tu comptes passer toute la nuit aux
toilettes", alors qu'armand s'attend à recevoir un autre message d'alix). le livre sur haroun taziouff et l'oraison funèbre du mulot dans le parc de la maison de retraite en rajoutent une couche.

pourtant, et c'est sans doute là leur grande force, les auteurs n'ont en apparence jamais l'intention de faire rire. la drôlerie irrésistible tient aussi beaucoup à l'absurde des situations et bien sûr au jeu, toujours imperturbable, des comédiens.

à ce sujet, mention spéciale à pierre arditi, dans le rôle du père d'armand (le fils de berthe), et que l'on doit voir 5 minutes en tout dans le film. complètement à l'ouest, le mec, mais dans une sorte de lucidité sérieuse qui rend le personnage totalement hilarant. bruno podalydès devrait également apparaître plus souvent. ce gars-là n'a de loin pas que le talent d'un réalisateur.

la disparition de berthe (le titre est évidemment un clin d'oeil à l'expression populaire) n'est pas qu'un prétexte: elle va être l'occasion pour armand, à la suite d'un contre-temps qui l'oblige à passer la nuit dans la maison de retraite, de découvrir qui était sa grand-mère et qui donne aux auteurs l'occasion de la rendre humaine et donc plus présente dans cette famille où tout le monde l'avait un peu oubliée. le récit d'une vie, surtout un épisode malheureux, par la voix de quelqu'un d'autre est une "technique d'écriture émotionnelle" qui fonctionne toujours bien. on a tous en mémoire les lettres de la concierge lues en voix-off par son auteur (son mari) dans amélie poulain.

petit détail marrant: pierre cottereau, directeur de la photo de ce long-métrage, était le chef op' du film institutionnel que j'avais créé en 2008 pour une banque genevoise. outre le fait qu'il est bon dans ce qu'il fait, ce gars n'a pas son pareil pour vous faire une imitation hilarante du japonais.

la bande originale est pour beaucoup dans le charme tranquille de cette comédie dramatique en lui donnant un souffle d'humanité chaleureuse et bienveillante. vous l'aurez compris, adieu berthe est une oeuvre à l'humour intelligent et omniprésent, qu'il serait très dommage de ne pas découvrir d'urgence.