l’écume des jours

L'écume des jours

réal. michel gondry, scénario michel gondry, luc bossy, int. romain duris, audrey tautou, omar sy, gad elmaleh, charlotte le bon, aïssa maïga, philippe torreton, zinedine soualem. 2013, 125', 2,5 pouces.

le synopsis
colin (duris) tombe amoureux de chloé (tautou) et l'épouse. mais, peu de temps après leur mariage, chloé découvre qu'elle a un…


… nénuphar dans le poumon droit. sa maladie va finir par dégrader leur appartement et leurs relations avec leurs amis.

l'avis
on a tous lu le roman de boris vian quand on était ado. même si on ne se souvient pas de tous les détails, l'émotion et la poésie qu'il renfermait sont restées gravées à jamais dans nos mémoires. je n'ai pas retrouvé cette émotion et cette poésie dans l'interprétation que gondry en a faite. j'aime gondry mais je trouve que son écume des jours est le film d'un artisan, et non celui d'un artiste. j'en ressors d'autant plus déçu que la surprise est grande. gondry nous avait habitués à une certaine forme de génie créatif, plus récemment d'ailleurs avec trois bouts de ficelle. mais ce qui faisait la force de be kind rewind, par exemple, dessert ici le propos par sa surenchère. ce qui est, il faut quand même bien l'admettre, un comble.

l'écume des jours est un film d'artisan au sens péjoratif du terme. un artisan plus occupé à "faire" qu'à créer. car la volonté affichée de gondry de concrétiser cet univers avec des méthodes de trucage traditionnelles, ce qui est loin d'être mauvais en soi mais c'est tellement systématique (chaque plan contient quelque chose d'animé, d'absurde, d'étrange) que ça en devient lassant, cette volonté, donc, finit par faire ressembler le film à un film super 8 réalisé par un amateur dans son jardin. j'exagère un peu car certaines séquences sont belles et la musique jazzy-années 50-époque-de-vian tente de recréer une atmosphère nostalgico-émotionnelle. mais à peine y parvient-elle et à peine exagéré-je.

vous allez sans doute me dire que je suis trop gâté par la vision régulière de films visuellement à couper le souffle, renforcée encore par une haute définition quasi systématique, mais je trouve que cette histoire aurait mérité d'être "léchée", elle aurait mérité un univers à la burton ou à la jeunet: des couleurs sursaturées, des matières palpables, une facture studio afin de maîtriser notamment les éclairages. le "paris fantasmé" dont les critiques parlent a en fait été filmé en banlieue (ça y ressemble en tout cas), dans des coins de ville sans aucun charme ni aucune poésie. de plus, l'apparition de gondry lui-même dans le rôle du médecin ajoute une touche d'amateurisme à l'ensemble (on a l'impression qu'il n'avait plus assez de budget pour se payer un autre "vrai" comédien), car s'il est bon réalisateur, il est par contre assez mauvais acteur.

en plus de ça, il était apparemment tellement préoccupé par la création de son univers qu'il en a oublié ses personnages. dans le roman, l'amour que colin porte à chloé, et vice-versa, est si tangible qu'on ne peut pas sortir de sa lecture sans avoir les larmes aux yeux. dans le film, on ne croit pas un instant à cet amour. la mayonnaise ne prend pas. autant on croyait dur comme fer aux sentiments d'amélie poulain pour monsieur quincampoix, autant là, après la projection, on cherche encore pourquoi ça ne fonctionne pas. duris et tautou ont pourtant le physique de leur rôle.

malgré quelques passages marrants et quelques trouvailles visuelles, l'écume des jours, le film, reste une déception et nous interroge sur l'intérêt d'adapter à l'écran des chefs-d'oeuvre de cet acabit. même si le réalisateur déclare être resté au plus près de l'oeuvre de vian, de cette histoire d'amour, de vie et de mort, et de cette réflexion sur le monde du travail, sa nécessité mais aussi son absurdité.

autant le livre peut nous donner envie de voir le film, autant ceux qui n'ont pas lu le livre n'auront pas du tout envie de le lire après avoir vu le film. moi en tout cas, j'ai bien envie de relire le livre, histoire d'oublier cette vision gondryenne.