les amants passagers

Les amants passagers

réal. et scénario pedro almodóvar, int. javier cámara, carlos aceres, raúl arévalo, lola dueñas, cecilia roth, hugo silva, antonio de la torre, josé maria yazpik, blanca suarez. 2013, 90'. 2 pouces.

le synopsis
les passagers d'un avion à destination de mexico pensent vivre…


… leur dernière heure à la suite de la découverte, en vol, d'un problème technique. les aveux vont bon train…

l'avis
mais où est celui qui tour à tour nous bouleverse, nous provoque, nous interroge, nous choque depuis plus de trente ans? où est la nouveauté dérangeante de la piel que hábito, la transgression du labyrinthe des passions, le ton subversif de la loi du désir, l'hystérie de femmes au bord de la crise de nerfs, l'émotion de parle avec elle, le déchirement de étreintes brisées, la gravité de la mala educación? où est passé le conteur d'histoires dont on attend à chaque fois le nouvel opus avec impatience? certes les métrages d'almo sont inégaux et tous n'ont pas eu la verve de ses oeuvres de jeunesse, où il avait tout à dire à une époque où il était certes plus facile de transgresser qu'aujourd'hui, une époque où il montrait les gays soit comme des refoulés soit comme des transsexuels prostitués vivant à l'écart du monde. parce que c'était comme ça et qu'il le disait.

almodóvar en a bien fini avec la dénonciation ou la transgression. les gays, désormais sortis du placard pour beaucoup, peuvent désormais, semble-t-il nous dire ici, laisser libre cours à leur préférence et être ouvertement de grandes folles. on l'a compris, le discours est celui de la comédie et il est porté par des personnages volontairement caricaturaux: la médium de province, l'infidèle repentant, les jeunes mariés qui ont trop fêté, le tueur à gages qui a un lourd secret, la pute de luxe qui peut faire tomber tous les grands de ce monde, l'homme d'affaires véreux, le commandant de bord bi et marié, le second bi qui nie (ça au moins c'est drôle), les stewarts pédés comme des phoques, etc.

reste que ce discours n'est pas très flatteur pour les homos et surtout pas très drôle. d'ailleurs, personne ne riait dans la salle que c'en était un peu pathétique. sommes-nous devenus à ce point blasés par le sexe et la violence que plus grand-chose ne nous étonne aujourd'hui? sommes-nous incapables de saisir le second degré d'un artiste? ou n'est-ce là que le discours d'un cinéaste vieillissant qui tourne en rond (comme l'avion du film dont on a bien compris qu'il s'agit d'une métaphore sur l'état de l'espagne actuelle) et qui n'intéresse pas grand-monde (il suffit de regarder le succès du film en salle)? et quand on se souvient que l'intrigue (et donc les "aveux" auxquels se livrent les personnages) n'est rendue possible que parce que tout le monde a ingurgité des anxiolytiques, pour les passagers de la classe éco (qui en écrasent pendant tout le film), et un mélange champagne-vodka-jus-d'orange-mescaline, pour ceux de la classe affaires, on ne peut qu'être déçu par la pauvreté du déclencheur comique…

c'est mon avis (et je le partage volontiers) mais je considère que les amants passagers n'est, de très très loin, pas le meilleur almodóvar. moi qui suis fan, je suis sorti de là mi-consterné mi-indulgent (car le réal vaut 1000 fois mieux que ça et il l'a prouvé maintes fois). tout au plus ce film se laissera-t-il regarder distraitement quand il passera à la télé…