le prénom

Le prénom

réal. et scénario alexandre de la patellière, matthieu delaporte, d'après leur pièce de théâtre, int. patrick bruel, valérie benguigui, charles berling, guillaume de tonquédec, juliette el zein. 2012, 110'. 4 pouces.

le synopsis
la quarantaine triomphante, vincent (bruel) va être père pour la première fois avec son épouse anna (el zein). arrivé le premier (anna est en retard, comme toujours) chez sa soeur elizabeth (benguigui) et son beau-frère pierre (berling), chez qui ils sont invités à dîner, et dans la bonne humeur générale, il est pressé de questions, notamment sur…


… le prénom du futur bébé. sa réponse plonge la soirée dans le chaos.

l'avis
le règlement de comptes familial (ça devrait être un genre à part entière) n'est pas nouveau, on l'a vu des tas de fois sur scène comme sur grand écran: qui a peur de virginia woolf, mike nichols, 1966, week-end en famille, jodie foster, 1995, la bûche, danièle thompson, 1999, les petits mouchoirs, guillaume canet, 2010, carnage, roman polanski, 2011, pour ne citer que ceux-là.

mais pourquoi bouder son plaisir? quand c'est bien écrit, c'est toujours jouissif. ce "prénom" est donc finalement l'étincelle, au départ anodine, qui met le feu aux poudres. car on se rend vite compte que ces amis d'enfance que sont vincent, pierre et claude (tonquédec), ont tout un stock de rancunes, de frustrations et de reproches de longue date qui n'attendaient qu'un petit prétexte pour éclater au grand jour et mener à des choses bien plus graves. par exemple deux secrets: le plus véniel, qui étonne mais dont tout le monde se fout (par rapport à la gravité de l'engueulade générale) et qui ne soulage que celui qui le confesse, et le plus lourd, qui peut par contre briser une amitié, un couple ou  l'équilibre d'une fratrie. et pour couronner le tout, il se trouve que les épouses en ont autant au service des maris, tout surpris de se voir reprocher des choses dont ils étaient, en bons mecs, c'est-à-dire en toute innocence (lol), totalement inconscients.

les personnages sont très typés et ça fonctionne à merveille: la mère de famille (elizabeth-benguigui) qui fait tout dans sa vie de maîtresse de maison mais qui, ayant abandonné ses hautes études par amour pour son mari, a l'impression de n'avoir rien fait de sa vie. elle attend de lui, de ses enfants, de la terre entière, une reconnaissance qui ne vient jamais. le prof (pierre-berling), brillant aux yeux de ses élèves, intello et forcément de gauche, qui n'est autre qu'un lâche devant sa femme et se retranche derrière sa culture immense. l'agent immobilier (vincent-bruel) qui a réussi, extrêmement dur en affaires mais qui sait rester courtois, qui a du fric et qui donc est forcément de droite, mais qui n'est pas dénué d'intelligence. le trombonniste (claude-tonquédec) que ses copains appellent "la suisse" parce qu'il est toujours neutre ou (mais il ne l'apprend que pendant la soirée) "la prune" parce que tout le monde le soupçonne d'être homo, et qui cache un très lourd secret. et l'épouse de vincent (anna-el zein), toujours en retard, qui connaît ce lourd secret mais n'a rien dit à personne.

les dialogues sont brillants (ce genre d'exercice convoque en général de grands talents de l'écriture) et font mouche à tous les coups. le début (la présentation des personnages) n'est pas sans rappeler amélie poulain et certaines tirades, notamment celle de benguigui à la fin, évoquent celles de personnages de coline serreau dans la crise par ex.

mais peu importe, le ton est enlevé et les acteurs sont au meilleur de leur forme pour cette comédie dramatique où j'ai passé mon temps à rire.

à voir absolument, donc, pour un excellent moment.

brèves de coulisses…
les acteurs, qui ont joué 250 fois la pièce à paris, ont enchaîné immédiatement avec le tournage. autant dire qu'ils n'ont pas eu besoin de beaucoup répéter, à l'exception de charles berling, qui a repris le rôle de pierre, tenu sur scène par jean-michel dupuis. comme toujours dans des adaptations cinéma de pièces de théâtre, des scènes ont été ajoutées (l'unité de lieu faisant moins partie du langage cinématographique) qui n'existaient pas dans la pièce, comme celles avec françoise fabian. c'était le cas dans le père noël est une ordure (jean-marie poiré, 1982) le dîner de cons (francis veber, 1998) ou même le limier (joseph mankiewicz, 1972). valérie benguigui et guillaume de tonquédec ont reçu en 2012 respectivement le césar de la meilleure actrice et celui du meilleur acteur dans un second rôle.