oblivion

Oblivion

réal. joseph kosinski, scénario joseph kosinski, karl gajdusek, michael arndt, int. tom cruise, andrea riseborough, olga kurilenko, morgan freeman. 2012, 126'. 3,5 pouces.

le synopsis
2077. des extraterrestres extrêmement belliqueux ont attaqué la terre il y a 60 ans. les hommes ont remporté la victoire mais ont perdu leur planète, dévastée et rendue inhabitable par l'irradiation. réfugiés sur…


… titan, l'un des satellites de saturne, ils extraient encore des océans les ressources nécessaires à leur survie. jack harper (cruise), technicien à la mémoire effacée et dont la mission se termine dans deux semaines (après quoi il pourra rejoindre la colonie), répare les drones surveillant la surface pour protéger les immenses stations d'extraction des quelques scavengers (les aliens) encore mystérieusement présents sur terre. mais l'atterrissage d'un vaisseau en perdition avec, à son bord, une inconnue qu'il voit régulièrement en rêve, va bouleverser ses certitudes…

l'avis
malgré une image lumineuse, ce film est d'une noirceur épouvantable. on a beaucoup de mal à en sortir avec la pêche et le sourire. oblivion est ni plus ni moins que le récit de la fin de l'humanité programmée, même si, comme dans tout (bon) récit où l'espoir semble perdu, life always finds way. et elle le fait en l'occurrence sous les traits d'un homme (je n'en dirai pas plus, même sous la torture) dont on a effacé la mémoire mais qui se souvient de bribes de sa vie d'avant, notamment avec une femme dont il a oublié qui elle était. cet homme, dont tout laisse supposer qu'il ne fait que son job et qui mérite bien sa retraite après cinq ans d'une mission dangereuse, cet homme est en fait promis à un destin hors du commun et va se poser en sauveur de l'espèce humaine.

l'image est lumineuse et l'habitation de jack (la fameuse "tour du ciel") participe, par son architecture et son équipement intérieur, de cette atmosphère extrêmement high-tech. on détecte d'ailleurs dans cet environnement la toute première vocation de kosinski, avant qu'il décide de se lancer dans l'infographie, puis dans la réalisation.

compagne et collègue de jack, victoria (riseborough impeccable) représente le versant "raisonnable", limite lobotomisé, du couple. contrairement à lui, elle ne sort jamais de la tour et vit dans les nuages. chargée de la communication entre jack, quand il est en mission, et le centre de contrôle à qui elle rend compte et de qui elle reçoit les ordres, elle est proche de la pensée officielle et se réjouit de quitter ce monde hostile, contrairement à jack qui reste attaché à la terre, "sa" planète.

nombreux sont les clins d'oeil aux "classiques" de la sf: les traces d'une autre vie ressurgissant de manière récurrente dans les rêves (total recall), la petite plante (wall-e), la forme du tet (le triangle) (l'immortelle, d'enki bilal), la bibliothèque municipale de new york (le jour d'après), le flambeau de la statue de la liberté (la planète des singes), l'arrivée de harper et beech dans le vaisseau (independence day), les combats aériens contre les drones (la guerre des étoiles), la façon dont les humains sont pulvérisés par les projectiles des drones (la guerre des mondes, remake de spielberg, avec le même cruise), l'ensevelissement de l'empire state building et du pont de manhattan (a.i.), toujours de spielberg, et j'en oublie certainement.

ni film pop-corn, malgré sa forme et son "emballage", ni film d'action (d'aucuns déploreront les concessions bruyantes faites malgré tout à ce genre, sans lesquelles le film n'eût rencontré qu'un public intéressé seulement par les fables métaphysiques, public qui, il faut bien le reconnaître, ne constitue pas une majorité écrasante), mais d'une esthétique volontairement tranchée dans le paysage sf actuel, qui plaira aux amateurs de design d'avant-garde, oblivion tente de poser des questions fondamentales, même si ce n'est pas toujours très limpide. selon le réalisateur, il n'y a aujourd'hui que la science-fiction pour nous inciter à nous poser les questions les plus importantes sur notre existence: pourquoi sommes-nous là? quel rôle jouons-nous dans l'univers? que sommes-nous destinés à accomplir durant notre courte vie et, plus largement, qu'est-ce que l'humanité est amenée à accomplir durant sa présence sur terre? quelle est la nature de l'âme humaine? que signifie aimer vraiment?

ce genre de questionnement risque de vous surprendre si vous pensez voir un film de pur divertissement. vous êtes prévenus…

brèves de coulisses…
joseph kosinski
est le réalisateur de tron l'héritage. avant cela il avait réalisé des clips de pub pour des jeux vidéo, notamment, ce qui lui a permis de se faire remarquer par hollywood. oblivion est l'adaptation ciné d'un roman graphique qu'il a lui-même écrit en 2005, 4 ans avant tron, avec un jeune dessinateur suédois de 23 ans du nom d'andrée wallin.

après les films de super-héros et de vampires, voici venir le tour de la science-fiction qui explose cette année avec, outre oblivion, world war z (sortie prévue le 3 juillet), avec brad pitt, elysium (14 août), avec matt damon et jodie foster, after earth (5 juin) de night m. shyamalan, avec will smith, ou star trek into darkness (12 juin), de j. j. abrams, avec chris pine, zachary quinto et benedict cumberbatch, pour ne citer que les block-busters annoncés de cet été.

jessica chastain avait été préférée à olivia wilde, olga kurylenko, noomi rapace et d'autres pour interpréter le rôle de julia. mais pour des raisons d'emploi du temps (dus principalement à son implication dans zero dark thirty), elle dut être remplacée (par le second choix, kurylenko).

le tournage s'est partagé entre les états-unis, hawaï et l'islande. c'est dans ce dernier pays qu'ont été tournées notamment les séquences du sommet de l'empire state building avec les vastes plaines désertiques à l'arrière plan. il ne s'agit donc pas de matte painting ou d'images de synthèse reconstruites sur fond vert.

les séquences les plus spectaculaires de ce film sont sans conteste celles de "la tour du ciel", là où vivent jack harper et sa compagne. contrairement à ce que l'on pourrait croire, elles n'ont pas été tournées sur fond vert. en fait, le réalisateur s'est inspiré d'une technique que stanley kubrick avait utilisée pour la séquence de l'aube de l'humanité dans 2001, l'odyssée de l'espace. à l'époque, kubrick avait envoyé des photographes en afrique pour réaliser sur d'énormes diapositives de 20 cm x 25 cm des clichés de plaines désertiques. puis il avait fait fabriquer une machine spéciale dotée d'un éclairage très puissant pour les projeter sur un écran géant placé derrière les décors réels. ces dias d'un format inhabituel était d'une résolution bien supérieure au format de la pellicule (70 mm) qu'il utilisait pour filmer, si bien qu'on ne peut détecter à l'image absolument aucune déperdition de qualité entre le décor réel et les images projetées. dans oblivion, le réalisateur est allé passer une semaine avec une équipe au sommet d'un volcan hawaïen (à plus de 6'000 m d'altitude). équipés de trois caméras numériques haute résolution reliées entre elles, ils ont filmé de toutes sortes de manières: à 24 images/s, à des vitesses plus lentes pour accélérer la vitesse des nuages, puis selon la technique du "time lapse" (une image toutes les 10 secondes, ou à des intervalles encore plus grands pour obtenir des accélérations plus importantes). ils ont tourné à l'aube, le matin, l'après-midi, au crépuscule, de nuit, sous la pluie, avec des ciels nuageux ou dégagés et sont rentrés avec une gigantesque base d'images dont ils ont extrait les meilleurs moments. puis le décor de la tour a été construit et un immense écran courbe a été placé tout autour sur lequel 21 projecteurs ont projeté les prises de vues panoramiques haute résolution. si bien que, dans ce film où presque chaque plan contient des effets spéciaux, ce sont pratiquement les seules séquences tournées selon une technique "traditionnelle" de trucage.