cloud atlas

Cloud atlas

réal. et scénario lana wachowski, andy wachowski, tom tykwer, int. tom hanks, halle berry, hugo weaving, jim broadbent, jim sturgess, donna bae, ben whishaw, james d'arcy, keith david, hugh grant, david gyasi. 2012, 165'. 3,5 pouces.

le synopsis
à travers plusieurs siècles et dans différents espaces, des êtres se croisent et se retrouvent d'une vie à l'autre. leurs décisions ont des conséquences…


… qui leur survivent et un acte de générosité peut mener, plusieurs siècles plus tard, à une révolution…

l'avis
wow. ambitieux. brillant. puissant. militant. j'ai adoré. et plus j'y repense, plus j'adore.

je vous le dis tout de go: je suis convaincu d'avoir vécu d'autres vies. c'est une conviction qui repose sur vraiment deux fois rien, deux sentiments de "déjà-vécu", il y a longtemps, ici à genève, ma ville d'adoption. mais je suis convaincu que les personnes que j'aime, je les ai déjà aimées, que ma "sagesse", ma "conscience" des choses ne sont pas nées d'hier, que ma vie actuelle est le fruit de mes actes passés et que je suis là pour une raison. je n'ai absolument aucune preuve de ce en quoi je crois mais je m'en fous, c'est une intime conviction. allez prouver l'existence de dieu. bref, pour cartésien et agnostique que je sois, la réincarnation, j'y crois.

tiré du roman de david mitchell, paru en france en 2004 sous le titre cartographie des nuages, cloud atlas ne parle pas d'autre chose.

d'aucuns ont dit que c'est un peu "fouillis" dans le premier tiers. certes, il faut suivre et notre vivacité d'esprit est mise à rude épreuve. car l'histoire des différents
personnages, à différentes époques, dans différents "espaces" est tout d'abord posée comme une mosaïque. la structure du récit est ainsi faite que tous les éléments évoqués au début par bribes finissent par faire comprendre, à mesure que l'on avance, l'image globale. (la structure du récit diffère de celle du roman, voir brèves de coulisses.) pour une fois
qu'un scénario est intelligent.

selon andy wachowski, il faut oublier l'idée qu'il y a
six histoires, même si le roman est ainsi découpé. en fait, il ne s'agit que d'un seul et même récit, dont chacune des
époques agit sur les autres, dont chacune des vies fait écho à une autre tout le long. à mesure que ces âmes
évoluent d'un corps à l'autre, on suit leur correspondance et leur progression chronologique. (soit dit en passant, les six comédiens principaux – hanks, berry, broadbent, weaving, sturgess et grant – ont six rôles distincts, qui peuvent d'ailleurs être masculins ou féminins, ce qui leur donne largement de quoi montrer l'étendue de leur talent.)

"l'action" fait des allers-retours entre 1849 et 2300, de l'océan pacifique à une lointaine planète extrasolaire, en passant par la péninsule de corée dans un futur dystopique (2144). deux couples (interprétés sturgess et bae, et par hanks et berry ) sont unis par un puissant amour mais trouvent sur leur route deux adversaires (grant et weaving), quelle que soit la vie qu'ils traversent. mais, quelles que soient leurs épreuves, ils finissent toujours par triompher. certains personnages interprétés par hanks sont d'ailleurs ambigus, lorgnant parfois vers le côté obscur, mais on remarquera que dans ces vies-là (sur le bateau, à l'hôtel…), il est toujours seul. cloud atlas est donc une fable universelle qui raconte la réincarnation et prend le parti de croire en des cycles: nous vivons plusieurs vies et retrouvons, sans en avoir conscience bien sûr, des êtres que nous
avons déjà croisés. l'amour est éternel, sous diverses formes, tout comme le mal qui tente
de lui barrer la route, tout comme l'espoir qui permet aux hommes de se
libérer des jougs pour rebondir et créer un avenir et un monde
meilleurs. la mort n'est qu'un point de passage d'un univers vers un autre, c'est une porte: une fois
qu'elle se ferme, une autre s'ouvre. et nos actes peuvent avoir
des répercussions dans une vie ultérieure. c'est l'effet papillon. ce qui nous fait prendre subitement conscience, pour peu que l'on soit sensible au sujet, de notre place de "microbe tout puissant" dans l'univers, de notre insignifiance et en même temps de notre capacité à influer sur le cours des choses. une réflexion à la fois abyssale et vertigineuse qui nous oblige à nous interroger sur l'éternelle notion de destin.

mais le sens de l'oeuvre est dès lors limpide et les thèmes abordés sont chers aux wachowski (on ne peut plus dire les frères), même si tykwer cosigne le scénar. aux armes citoyens!, nous disent le frère et la soeur, indignez-vous, battez-vous pour ce en quoi vous croyez: pour la vérité, qui changera le monde, pour l'amour, qui est plus fort que la mort. matrix n'est pas loin. on dirait d'ailleurs certaines séquences (surtout vers la fin) directement empruntées au troisième opus de leur célèbre trilogie.

la tache de naissance dont certains personnages sont pourvus est d'ailleurs une belle idée de correspondance – il faut y prêter attention pour la remarquer – d'un personnage à l'autre. elle indique qui est lié à quelle âme, engendre des résonances entre les personnages qui en sont porteurs. par exemple, un individu pourra marquer son époque par une création et un autre, plusieurs siècles plus tard, pourra s'en inspirer. celle que les scénaristes ont choisie – la comète – est une manifestation phénoménologique qui symbolise, chez celui ou celle qui la porte, l'opportunité de changer les choses.

si la réincarnation est un sujet qui vous parle, accrochez-vous aussi et partez sans hésiter pour ce voyage de près de 3 heures.

brèves de coulisses…
les wachowski ont cherché 4 ans le financement de leur film… pour finir par le financer eux-mêmes. même les français (on ne
parle même pas des américains) qui d'habitude aiment les risques quand
ils en valent la peine, ont fui quand ils ont vu le projet. ils ont bien fait de s'accrocher. fait peu commun, ils se sont adjoints les services d'un troisième réal, essentiellement pour gagner du temps car, l'entreprise étant titanesque, le trio s'est partagé le travail. le tournage s'est déroulé avec deux équipes, chacune étant responsable de
trois époques. les wachowski ont réalisé, en allemagne et à majorque, les séquences sur
le voyage maritime d’adam ewing en 1849,
la révolte de sonmi en 2144 et la vie de zachry en 2321, tandis que
tykwer a réalisé les scènes sur le copiste musical robert frobisher en
1936,
celles des révélations de la journaliste luisa rey autour d’un complot
industriel en 1973, et celles autour de l’éditeur londonien timothy
cavendish en
2012 qui, soit dit en passant, est interné dans l'ancienne demeure de
vyvyan ayrs où frobisher travailla et composa son sextuor qui donne son
nom au roman et au film.

en correspondance avec les variations de style d'écriture du roman, le trio a opté pour des genres différents: romance, science-fiction, thriller. l'adaptation a évidemment posé problème, chaque chapitre du roman s'interrompant à mi-parcours, lorsqu'il atteint son paroxysme. les scénaristes savaient qu'un tel procédé n'était pas possible au cinéma et ont dû repousser les limites de la narration cinématographique standard. ils ont donc établi une mosaïque dont chaque intervenant reposait sur des bibles très précises afin de transcrire de manière cohérente cette histoire très complexe. ainsi les six intrigues démarrent en même temps et se poursuivent une par une en alternance.

 

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