le tableau


réal. jean-françois laguionie, scénario anik le ray, int. jessica monceau, adrien larmande, thierry jahn, julien bouanich, jean-françois laguionie. 2011, 76′. 3,5 pouces.

le synopsis
dans un tableau inachevé vivent trois sortes de personnages: les toupins, entièrement peints, les pafinis, auxquels il manque quelques couleurs, et les reufs qui ne sont que des esquisses. s’estimant supérieurs, …


… les toupins ont pris le pouvoir. mais ramo (larmande), lola (monceau) et plume (jahn) décident de partir à la recherche du peintre disparu pour rétablir les choses…

l’avis
cette histoire aurait aussi pu s’appeler « personnages en quête d’auteur ». tour à tour malin, poétique ou fantastique, le film raconte la quête de quelques personnages révoltés souhaitant mettre fin à l’injustice sociale qui les entoure, et qui partent dans un périple à l’issue duquel ils trouveront des réponses mais perdront aussi une partie de leur innocence. car ils reviendront dans leur monde pour tenter de rétablir l’équilibre social et ne seront pas forcément accueillis en héros.

certains ont vu dans le sujet une métaphore de l’enfance, la relation entre les personnages « pas terminés » et ceux « pleinement dessinés » évoquant pour eux la relation entre les enfants et les adultes, ces derniers s’estimant plus développés et donc mieux armés pour assurer l’exercice du pouvoir. pourquoi pas…

quoi qu’il en soit, pour surprenante qu’elle soit, la morale de l’histoire n’est toutefois pas dénuée de logique: donnez à ceux qui n’ont rien les moyens de devenir plus « riches » au sens noble du terme – quel que soit l’angle par lequel on appréhende l’histoire, métaphore sur l’enfance ou métaphore sociale – et ils n’en tireront pas forcément quelque chose de bien. on retrouve le même questionnement dans time out, d’andrew niccol, avec justin timberlake, également tourné en 2011. tous les hommes sont-il capables d’apprécier la beauté, tous les hommes sont-ils destinés à être riches? la démocracie serait-elle une belle utopie? l’existence des classes serait-elle donc sinon « nécessaire », du moins « naturelle »? derrière cette histoire en apparence légère se cache (à peine) une belle réflexion sur la sagesse, l’évolution et leur confrontation avec les instincts humains.

joli. d’autant que la réalisation est belle – même si je n’aime pas
particulièrement le trait/style de la première partie, dans le
tableau de départ, mais c’est une question de goût -, avec un mélange
de techniques dû à deux sociétés d’animation, l’une française – blue spirit animation – l’autre belge – sinématik: animation 2d (l’intérieur des tableaux), séquences 3d (l’atelier du
peintre) et interaction images 3d-images tournées (la séquence finale).

s’il ne fallait retenir qu’une scène dans ce film, ce serait, à mon avis, celle
où lola sort de son tableau et tombe littéralement dans le monde réel (scène représentée, et ce n’est d’ailleurs pas un hasard, sur l’affiche du film), à la manière d’alice, mais dans l’autre sens. car autant alice s’endormait et rêvait d’un monde fantasmagorique, autant lola se « réveille » à la réalité.
fantastique dans tous les sens du terme et poétique par sa réalisation.

non seulement le tableau se regarde très bien, parce que c’est un joli film, mais il est aussi à voir parce qu’il faut défendre l’animation française qui n’a, pour qui en douterait encore, rien à envier aux rouleaux compresseurs américains.