oh my god!

Oh my god!

réal. tanya wexler, scénario jonah lisa dyer, stephen dyer, int. hugh dancy, maggie gyllenhaal, jonathan pryce, rupert everett, felicity jones, sheridan smith, gemma jones. 2011, 99'. 3,5 pouces.

le synopsis
à londres en 1880, un jeune médecin progressiste invente…


… le vibromasseur.

l'avis
dit comme ça, c'est un peu court. mais il ne s'agit que du (ou de la, au choix) synopsis. pour bien comprendre l'histoire, abordée sous l'angle de la comédie mais qui n'est pas une fiction, il faut se replacer dans le contexte de l'époque. je vous la fais courte.

de tout temps, les sociétés patriarcales se sont employées à reléguer (et maintenir) la femme à un statut inférieur, à l'asservir, à la cantonner, à la museler, à l'empêcher. la société anglaise de l'ère victorienne ne fait, de loin, pas exception. réputée pour sa morale rigide et ses moeurs sans tendresse, l'époque ne faisait pas grand cas, c'est le moins que l'on puisse dire, de la sexualité en général et encore moins de la sexualité féminine (à noter que les interdictions de toutes sortes font les beaux jours de la prostitution, et c'est là la grande contradiction "naturelle" de toutes les sociétés autoritaires ou coercitives).

donc, non seulement on ne cherchait pas à comprendre la sexualité féminine et sa complexité mais on alla jusqu'à ranger les manifestations extérieures de sa frustration – les sautes d'humeur, par exemple – comme les signes d'une maladie: l'hystérie (le titre original du film est hysteria, du grec signifiant utérus, l'hystérectomie étant donc l'ablation de l'utérus). au point que le mot deviendra très vite un mot fourre-tout servant à condamner tout manquement à la bonne conduite que la femme se doit d'adopter en société. donc, une femme de caractère s'élevant par exemple contre des injustices de toutes sortes sera traitée d'hystérique (la notion a du reste perduré) et par conséquent traitée pour hystérie, certaines étant envoyées dans des établissements spécialisés apparentés à des asiles de fous.

l'homme n'étant que rarement prêt à remettre en question les fondements même de sa civilisation millénaire, il préférera accuser sa compagne de tous les maux plutôt que de s'activer un peu plus au lit.

les manifestations de la frustration sexuelle étant considérées comme une maladie (c'était plus pratique de voir ça comme ça), il y avait donc à l'époque des médecins spécialisés, ancêtres des gynécologues, et par ailleurs fort réputés puisque leur clientèle se composait exclusivement de la haute société londonienne, qui s'occupaient de "soulager" ces "symptômes", mort de rire, en "massant" la zone génitale de la patiente jusqu'à ce que celle-ci éprouve le plaisir censé faire disparaître, du moins temporairement, mauvaises pensées et comportement déplacé. mort de rire (bis), vachement jaune tout de même car les femmes qui n'avaient ni les moyens ni un homme à la maison pour les satisfaire étaient très mal considérées, dans le meilleur des cas.

pendant ce temps, un jeune médecin progressiste du nom de joseph mortimer granville (dancy) (1833-1900), se heurtant à l'obscurantisme de ses confrères et ne trouvant pas d'établissement où mettre en pratique ses idées modernes, rencontre par hasard l'un de ces spécialistes de l'hystérie en la personne du très respectacle docteur dalrymple (pryce).

et le voilà "massant", debout, face à elles et le plus sérieusement du monde, parfois pendant une heure, et cela du matin au soir, des femmes de tous âges en position gynécologique mais habillées, chapeau compris, une sorte de paravent masquant la partie intime de leur anatomie. résultat: le bon médecin finit par choper des crampes chroniques dans tout l'avant-bras. vous riez, vous riez, mais essayez à ce rythme et vous rirez sans doute un peu moins.

du coup, l'infortuné médecin, se trouvant vite handicapé, voit dans l'invention de son meilleur ami, féru de nouvelles technologies (everett), le remède miracle à tous ses maux. il s'agit en fait à l'origine d'un ustensile électrique (n'oublions pas que la fée électricité n'est pas très vieille à ce moment-là) permettant de faire la poussière sans se fatiguer: un plumeau rotatif, en somme. le mécanisme donne à granville l'idée de le transformer en en échangeant l'embout par quelque chose de plus… anatomique. rien à voir cependant avec les objets modernes.

l'efficacité de l'engin est telle que la patiente atteint le "paroxysme hystérique" (bonjour la dénomination), voire plusieurs, en quelques minutes seulement. et les patientes de faire la queue (sorry) chez le bon docteur dalrymple. ne reste plus à granville qu'à nommer son invention – dans le film, d'une courte et très drôle séance de brainstorming sortiront des noms comme le vrombidoux, le vibratorium, le chatouilleur, le paroxysmateur, l'égosilleur et même l'ébranleur. toujours dans le film, l'instrument sera finalement nommé le "jolly molly home massager", en hommage à la prostituée qui l'essaiera en premier. pour finir, il prendra le nom, et celui-là est officiel, de granville's hammer (1883).

finalement, celui qui trépignait de ne pouvoir pratiquer les idées nouvelles en matière de médecine  finira, à sa manière, par faire avancer les choses et évoluer les mentalités.

le "masseur à domicile portatif" sera vendu par correspondance à la rubrique "santé féminine" (je me rappelle encore cette fameuse page des catalogues de vente par correspondance où une femme se "massait" la joue avec un godemiché, me demandant, comme l'écrasante majorité des garçons de mon âge – je devais avoir 12-13 ans – quel bénéfice elle pouvait bien retirer d'une telle action). finalement l'hystérie sera définitivement rayée de la liste des psychopathologies en angleterre en 1952. le vibromasseur à piles (ou godemiché, du latin médiéval gaude mihi – réjouis-moi) deviendra le sex-toy le plus vendu au monde et son inventeur deviendra riche. au cours de son auguste carrière, il prendra d'ailleurs différents noms, comme il est indiqué durant le générique de fin, parmi lesquels: le hamilton type a (1902), le barker universal (1904), le chic electric (1910), le gilbert (1933), le chic glorifier (1950), le fighter (1970), le hitachi magic wand (1970), le rabbit (1980), le pocket rocket (1990) et enfin le i rub my duckie (aujourd'hui).

ne manquez pas ce film, s'il vous passe entre les mains, si j'ose dire, car il est à la fois instructif et plutôt marrant…