la délicatesse

La délicatesse

réal. david et stéphane foenkinos, d'après le roman de david foenkinos, int. audrey tautou, françois damiens, pio marmaï, bruno todeschini, mélanie bernier, joséphine de meaux, christophe malavoy, ariane ascaride. 2011, 108'. 3 pouces.

le synopsis
l'histoire d'une difficile reconstruction d'une femme après la perte brutale de l'amour de sa vie.


l'avis
le livre était très… délicat, oscillant entre drame et comédie (une dramédie, comme disent les anglo-saxons). pas de ces comédies où l'on pleure de rire, plutôt de celles où les moments dramatiques alternent avec des moments plus légers, des clins d'oeil, qui soulagent de la tension. c'est donc un film "driste", comme dit l'auteur.

david foenkinos, qui adapte ici son propre roman – au scénario comme à la réalisation – a une écriture très finement émotionnelle. il est de ces écrivains qui parviennent à faire du "non-style" (en apparence, car cela demande une maîtrise de ouf), tels jean rouaud (les champs d'honneur) ou, plus près de nous, joël dicker (la vérité sur l'affaire harry quebert). bref, un régal.

si le film n'est pas loin du livre, malgré, et pour cause, une adaptation très fidèle, un élément essentiel lui fait cependant défaut: la liberté d'imaginer. autrement dit la liberté dont dispose le lecteur de se répresenter un personnage, une situation, une histoire, au gré de son vécu, de sa fantaisie ou de sa prédisposition à se laisser emmener dans une histoire. et qui fait tout le plaisir de la lecture. le cinéma est plus direct puisque, par définition, il "donne à voir", même si sa force d'évocation peut aussi être très puissante et que les choses ne sont jamais ni toutes noires ni toutes blanches. l'auteur lui-même confesse d'ailleurs avoir eu maille à partir avec la transposition des figures de style, des ambiguïtés, de l'ironie de ton et des digressions, qui font la richesse du roman, dans un langage cinématographique cohérent et surtout qui ne trahisse pas l'esprit de son oeuvre écrite. vous me direz, c'est justement ça, "adapter".

ici, donc, miss tautou, par ailleurs assez convaincante, n'est pourtant jamais totalement parvenue à me faire oublier amélie poulain et son physique de crevette n'a pas su me faire oublier la nathalie du roman. mais, et c'est là où je veux en venir, mon avis, qui reste personnel, reflète une impression née de ma lecture. j'imaginais une nathalie baye (en plus jeune), voire une anna mouglalis. une présence doublée d'une douceur, d'une intériorité touchante qui rendait justement son deuil d'autant plus crédible et douloureux. je n'arrive pas à me convaincre que le choix d'audrey tautou était le plus judicieux. foenkinos a peut-être cédé à la facilité, celle qui consiste à choisir, pour un rôle, un nom dont on pense qu'il suscitera l'adhésion des foules. à sa décharge, un film se monte aussi plus facilement s'il repose sur les épaules d'une célébrité comme tautou. et qui sait, pour être totalement honnête, si tautou n'a pas été imposée à foenkinos par la production? en tout cas, le cinéma regorge d'exemples et l'on sait que cette démarche fonctionne une fois sur deux.

en résumé, le film n'est pas désagréable à regarder, et françois damiens (qui d'autre, dans le cinéma français d'aujourd'hui, est crédible en employé suédois immigré?) soulage à ne pas faire le clown (sa performance surprend, au point d'en devenir assez touchante). cela dit, je persiste à préférer le livre.

brèves de coulisses…
stéphane foenkinos, coréalisateur et frère de david, a
écrit des dizaines de scénarios pour le cinéma, le théâtre et la
télévision. il a aussi été directeur de casting pour de grands
réalisateurs français. le livre s'est vendu à plus de 700 000 exemplaires et a valu à son auteur une dizaine de prix.