skyfall

Skyfall

réal. sam mendes, scénario neal purvis, robert wade, john logan, int. daniel craig, judi dench, javier bardem, ralph fiennes, naomie harris, bérénice marlohe, ben whishaw, rory kinnear, albert finney. 2012, 142'. 3,5 pouces.

le synopsis
une mission qui tourne mal, un méchant qui prend la fuite avec une liste d'agents du mi6 désormais à découvert, le siège de l'agence dynamité par un terroriste mystérieux, l'autorité de son chef mise à mal…


… il n'en faut pas plus pour remettre en selle un bond vieillissant.

l'avis
vachement bien. 132 fois mieux (je les ai comptées) que quantum of solace. n'écoutez surtout pas celles et ceux qui dénoncent une "daube" car james bond est bel et bien de retour dans un opus passionnant où, dans le désordre, il rate une mission, échoue aux tests censés le (re)qualifier pour le terrain, retourne sur les lieux d'une enfance difficile et sur les traces de ses parents très tôt disparus et se révèle beaucoup moins rebelle qu'il ne voulait le faire croire. il se fait même draguer par un mec au cours d'une séquence aux accents sm gay (très très) soft. lol.

oui, bond a perdu de sa superbe et de l'arrogance dont il faisait montre dans casino royale mais il gagne en étoffe, en sérieux, en crédibilité, jusqu'à reprendre du galon face à un héros comme jason bourne qui s'éloigne résolument d'un espionnage à gadgets et qui avait fini par faire de bond, malgré la prestance d'un brosnan plutôt crédible (surtout dans meurs un autre jour), un agent à classer parmi les héros de pacotille. en gros, aujourd'hui, il y a trois sorte d'espions au cinéma: les redoutables comme jason bourne, les parodiques comme oss 117 (celui avec dujardin, bien sûr) et les super-high-tech comme ethan hunt. entre les trois, on est ringard.

si daniel craig réinjecte dans le personnage, pour notre plus grand plaisir, une masculinité à la sean connery de la première heure, la cigarette en moins (un signe des temps), la brutalité en plus, il est "amusant" de constater que bond, depuis quelques années, ne suscite jamais autant l'adhésion des masses que quand son mythe est malmené, que quand il est torturé, désavoué, seul, lâché par sa hiérarchie. il est tout aussi curieux de constater que l'intérêt pour ses aventures n'est jamais plus à son paroxysme que quand sa "supériorité en tout" ne va plus du tout de soi et qu'il doit, 50 ans après la naissance du personnage, refaire ses preuves. on le sait, rien n'est jamais acquis, et devoir tout le temps prouver qu'on est capable (c'est-à-dire pas encore bon à emmener au cimetière des éléphants, comme le chantait eddy mitchell), même arrivé à un certain âge, même après une brillante carrière, est aussi un signe des temps.

cela s'appelle, et la production a fini par le comprendre, renouveler un genre, ou plutôt adapter un personnage aux contraintes non seulement de l'époque mais aussi (et peut-être même surtout) à une concurrence qui ne plaisante pas.

après les échecs critique et public de quantum of solace, qui était, il faut bien le dire, du grand n'importe quoi, même si l'idée de base était intéressante, il était donc urgent de replacer bond au centre de l'échiquier et de lui redonner l'importance que l'érosion du temps et l'acharnement des producteurs à ne pas décoller du mythe avaient fini par lui faire perdre.

skyfall (le ciel lui tombe sur la tête) est donc de ces épisodes qui remettent tout en question (jusqu'à l'autorité de la bitch de service mais qui a de bonnes raisons de l'être – it's a lousy job but somebody's gotta do it -, à savoir m (dame judith olivia dench, puisqu'elle a été ennoblie par la reine) qui fait dans cette saga sa dernière apparition, oups, spoiler… sorry). et, comme déjà dit, c'est vachement bien.

tout est remis en question – les bureaux du mi6 sont relocalisés après leur destruction par une attaque terroriste – et de nouveaux personnages font leur apparition, comme miss moneypenny (naomie harris), qui non seulement est une jolie black (encore un signe des temps) mais trouve en plus ici (enfin) un prénom, tout comme m, dont on apprend (enfin) aussi le prénom. on ne peut s'empêcher de porter un regard un brin nostalgique sur le temps où, de dr. no, 1962, à a view to a kill, 1985 (les 14 premiers films), moneyponny avait les traits délicieusement datés de loïs maxwell, stéréotype de la femme à la mad men, ancré pour l'éternité dans les années 1960.

le film commence comme avait commencé casino royale: par une séquence d'action plutôt musclée avec moultes cascades incroyables mais qu'importe, on a payé pour ça, on en veut pour notre argent. et on en a. plus connu pour shakespeare (il fait partie depuis 1992 de la royal shakespeare company) et des films plutôt introspectifs comme american beauty (1999) ou road to perdition (2002), l'anglais diplômé de cambridge sam mendes ne nous avait pas habitués aux films où ça bouge. il s'en sort bien ici et retrouve deux acteurs qu'il a connus à la shakespeare co.: judi dench et ralph fiennes.

reste le méchant, le sempiternel méchant qui fait que le scénario, malgré une belle facture, est finalement très classique, continue de fonctionner comme au temps de la guerre froide, où les russes menaçaient le monde libre et où les occidentaux se profilaient toujours comme les libérateurs d'un monde opprimé en manque de chewing-gums et de coca-cola. donc, l'histoire, et on n'en sortira jamais, offre une fois de plus une vision manichéenne du monde avec d'un côté, le héros fatigué mais juste, défenseur des seules "vraies" valeurs qui soient, même si elles ont plus d'une fois composé avec la notion d'intégrité, et de l'autre une pourriture qui se révèle un transfuge de ces mêmes valeurs qui fut autrefois trahi et qui revient, sous une forme terrible car invincible et omnipotente (en apparence seulement), pour réclamer une vengeance fort compréhensible après tout, car sans vouloir cautionner ni ses actes ni ses desseins, le gars a souffert ô combien et il est humain après tout.

ainsi, c'est le toujours magnifique javier bardem qui endosse le manteau du pas-gentil dans cet épisode. oscar du second rôle dans no country for old men, 2384ème acteur à avoir son étoile sur la fameuse hollywood walk of fame, il interprète ici le rôle délicat du gars qui a souffert, qui, lâché lui aussi par sa hiérarchie, a été torturé pendant je ne sais combien de temps et a voulu en finir en croquant sa capsule de cyanure. mais ça n'a pas marché et il est toujours là, un peu différent (à cause du cyanure), peroxydé et légèrement homosexuel (sans qu'il y ait de lien de cause à effet, je pense). ce genre de rôle, s'il est jouissif à interpréter, tous les acteurs vous le diront, n'est jamais évident à tenir, tant le dosage entre la folie, la vengeance, la souffrance et l'intelligence supérieure est subtil et tant la crédibilité du personnage en dépend. ici, si l'on peut émettre un doute sur les cheveux du personnage (la décoloration est-elle, dans l'esprit des scénaristes, le signe qu'on est gay? si c'est le cas, bonjour les raccourcis), bardem s'en sort plutôt bien et ne faillit pas à sa réputation d'excellent comédien, même le cinéma d'un inárritu, d'un amenabar, voire des frères coen, lui permet davantage d'exprimer toute l'étendue de son talent…

si skyfall est le 23ème épisode de la saga du célèbre agent secret, c'est, à mon humble avis, un grand cru. à ne surtout pas louper, si vous aimez le genre, bien sûr…

brèves de coulisses…
le film marque le retour de q, qui avait disparu en 1999 de la saga avec le décès de son interprète desmond llewelyn. il revient, grandement rajeuni, sous les traits de ben whishaw, qui avait interprété jean-baptiste grenouille, dans le parfum de tom tykwer (2006). bérénice marlohe est la 7ème actrice française à interpréter une james bond girl, succédant à claudine auger (opération tonnerre, 1967), denise perrier (les diamants sont éternels, 1971), corinne cléry (moonraker, 1979), carole bouquet (rien que pour vos yeux, 1981), sophie marceau (le monde ne suffit pas, 1999) et eva green (casino royale). elle tient un rôle assez secondaire et sa présence à l'écran n'est pas longue. 31 décors étalés sur 8 plateaux ont été construits aux studios de pinewood, au nord de londres, véritable base de la saga james bond depuis les débuts (seuls 3 épisodes n'y ont pas été tournés: moonraker, 1979, permis de tuer, 1989, et goldeneye, 1995). et, après bons baisers de russie (1963) et le monde ne suffit pas (1999), c'est la troisième fois qu'un james bond est tourné (en partie) à istanbul. la maison qu'habite le personnage de m dans le film a été habitée par john barry, compositeur du célébrissime thème musical de la saga et décédé en 2011.

bande-annonce…