looper

Looper

réal. rian johnson, int. joseph gordon-levitt, bruce willis, emily blunt, pierce gagnon, paul dano, jeff daniels. 2012, 110'. 3,5 pouces.

le synopsis
en 2070, on ne pourra plus échapper à qui que ce soit, et surtout pas à la mafia. celle-ci, emmenée par un certain "faiseur de pluie", utilisera en effet une technologie infaillible pour éliminer les témoins gênants:…


… les expédier 30 ans dans le passé où des tueurs d'un genre particulier – les loopers – seront chargés de les exécuter – sitôt qu'ils auront débarqué – et de faire disparaître leur corps. or un jour, l'un d'entre eux, joe (gordon-levitt) découvre que la victime qu'il doit tuer n'est autre que… lui-même (willis), 30 ans plus âgé.

l'avis
j'ai lu quelque part que ce film, c'est inception puissance 10. bon, il s'agirait de ne pas dire n'importe quoi non plus.

le scénario est bien ficelé il est vrai pour une histoire de voyage dans le temps (avec toutes les complications narratives que cela entraîne immanquablement), mais le fond est très largement inspiré d'histoires qui ont fait date telles que retour vers le futur, pour le questionnement sur les univers parallèles ou, bien sûr, terminator, pour l'élimination dans l'oeuf du futur chef de la mafia (sauf qu'ici c'est un méchant qu'il s'agit de supprimer, alors que dans terminator, c'était un gentil).

s'il y a quelques trouvailles bienvenues qui éloignent fort heureusement le film de la resucée – comme l'apparition progressive mais rapide de mutilations sur le corps d'un alter ego vieilli échappé du futur dans le présent du fait que son moi jeune se fait torturer simultanément -, les questions ne manquent pas de se bousculer en se multipliant et vice-versa, au premier rang desquelles celle de la prédestination. le futur chef de la mafia, qui n'est encore qu'un enfant au moment de l'action, doit-il obligatoirement devenir un méchant parce qu'il détient un pouvoir d'une puissance aussi terrifiante qu'inimaginable? si la question n'est pas spécialement simple dans ses implications, la réponse en revanche l'est un peu plus, au risque d'être un tantinet simpliste. l'enfant n'a que 4 ans et, si l'on croit en la prédestination, ce n'est certainement pas en éliminant l'une des causes de son "problème" que son avenir sera tracé une fois pour toutes. et l'éducation, et l'environnement social, et les fréquentations du gamin à l'adolescence, et l'influence d'un éventuel mentor, et si sa mère, si aimante et protectrice, venait à disparaître? tant de paramètres, qui ne se sont pas encore produits, pourront influencer l'enfant dans sa vie d'homme après l'apparition du mot fin à l'écran.

une autre question (bête) que l'on peut se poser est: peut-on éliminer quelqu'un si son futur s'est déjà produit? si oui, l'éliminer aujourd'hui éliminera l'un des futurs possibles – si l'on tient compte de la théorie des univers spatio-temporels parallèles. partant, la question fondamental à la base de tout voyage temporel reste: le gars qui revient dans son passé et qui le modifie ne peut pas rester là à en contempler le résultat car même le plus infime changement dans son passé peut avoir des répercussions incalculables sur son avenir et donc par définition le faire disparaître du présent. du coup, peut-on avoir déjà vécu son avenir – comme on l'a vécu – si l'on en élimine certains faits dans son présent. et surtout peut-on revenir pour changer ces paramètres? si c'est la première fois qu'on le fait, il y a de fortes chances que ça le soit. cela dit, c'est bien joli de revenir vers le passé à une date donnée, mais sera-ce rigoureusement le même passé que l'on a vécu. dans cet esprit, le deuxième opus de la saga retour vers le futur était brillant (bien que jugé compliqué par d'aucuns à l'époque) et montrait toute la complexité de cette hypothèse passionnante, abyssale et vertigineuse.

et il y a aussi la théorie de l'impossibilité, ou plutôt du danger, de se retrouver, dans le passé ou l'avenir, face à face avec son double, plus jeune ou plus âgé. certains avancent qu'il faut à tout prix éviter de se rencontrer sous peine de briser le continuum espace-temps et de provoquer une réaction en chaîne. d'autres soutiennent que ce n'est pas un problème. moi je dis que c'est pas demain la veille qu'on aura une réponse à cette question…

cela dit, et malgré le caractère passionnant des questions qu'il soulève, ce film ne brille pas particulièrement par son sens du rythme. pas de bout en bout en tout cas. la seconde partie aurait gagné en efficacité et le film une stature à la matrix ou inception, justement, si la mise en scène avait été un poil plus grandiloquente. mais n'est pas christopher nolan qui veut… le film se laisse toutefois regarder et c'est un euphémisme car il est bien plus qu'honorable. cela sans doute grâce à la prestation de ses deux comédiens-vedettes: john gordon-levitt et bruce willis. si le premier s'est distingué notamment dans le dernier batman, on ne présente plus le second. c'est pourquoi je ne vais pas vous le présenter. gordon-levitt, dont on connaît un peu, par les quelques qu'il a faits, le visage d'adolescent, est tout de même ici assez méconnaissable, entendez beaucoup plus "mec". c'est qu'il est passé, plusieurs heures par jour paraît-il, sous les mains expertes de maquilleuses qui lui redessinaient les traits pour qu'il ressemblât (parfaitement: -ât) à bruce willis jeune. entreprise périlleuse, voire perdue d'avance, le jeune homme étant déjà plus petit que son illustre alter ego (dans le film) et n'ayant pas du tout la même physionomie. quoi qu'il en soit, il se laissa sans sourciller redessiner les sourcils par exemple, et la couleur de ses yeux, notamment, fut mise au diapason de l'ancien, mais inoubliable, interprète de john mclane.

cela étant, pourquoi looper? parce que le cycle de 30 ans qui permet à la mafia, en 2070, de renvoyer leurs victimes ad patres constitue une boucle (loop) et que les tueurs font partie intégrante du système.

ce film est loin d'être looper (elle est bonne). pourtant, je reste persuadé qu'il lui manque un petit quelque chose, je ne sais pas, un zeste de souffle épique, une pincée de parcours initiatique, une crotte de mouche de dimension universelle pour accéder au rang de chef-d'oeuvre. quoi qu'il en soit, looper est définitivement, si j'ose dire, à voir. et même à revoir…