que ma joie demeure

Que ma joie demeure

spectacle de et par alexandre astier, mise en scène jean-christophe hembert. 2012, 80'. 3,5 pouces.

le synopsis
johann sebastian bach (astier) reçoit le public pour une…


… "journée portes ouvertes" en l'école ecclésiastique saint-thomas de leipzig (celle destinée aux pauvres) où il enseigne la musique, le catéchisme et le latin.

l'avis
vous allez me dire que ceci n'est pas un film et que, par conséquent, il est étrange qu'il figure dans ces colonnes. vous n'avez pas tort, vous répondrai-je (m'attendant à cette judicieuse remarque). la raison en est simple: je n'ai pas vu ce spectacle sur scène mais sur dvd. donc, n'est-ce pas, bien sûr.

c'est toujours un plaisir de voir alexandre astier, et c'est ici d'autant plus réjouissant qu'il interprète un personnage bien différent de ceux qu'on a l'habitude de le voir jouer: johann sebastian bach, excusez du peu, le sommet du pinacle de la pointe émergée, le dessus d'un panier pourtant bien garni, le fin du fin de la crème de la crème de la musique baroque.

car l'homme, il faut le savoir, fut un monument, un bourreau de travail pareil à un victor hugo, par exemple, créant en une toute petite cinquantaine d'années une oeuvre qui, trois siècles plus tard, ne cesse d'être découverte, redécouverte, étudiée, louée, interprétée sans jamais provoquer ni rejet ni ennui. sa culture musicale était telle qu'à la fin de sa vie il composa des oeuvres qui proposaient une sorte de synthèse de différents genres musicaux du monde.

cette érudition est bien sûr évoquée dans la pièce, mais jamais de manière pesante. ainsi l'"initiation" du vulgum pecus à la musique est déjà d'une difficulté folle: bach prenant cette journée pour une corvée imposée par le roi, il n'y met donc aucune bonne volonté, ce qui permet à astier de révéler en quelques phrases bien écrites toute la virtuosité du compositeur. et l'auteur sait de quoi il parle, contrebassiste de formation, mais également claveciniste, compositeur et interprète, il a fréquenté le conservatoire national de musique avant de "tomber par mégarde dans la comédie".

astier prend également soin de livrer de bach un portrait humain, bien sûr à travers l'argument principal (le cours de musique) mais aussi au moyen de digressions bienvenues sous forme de "sketches".

un portrait fait tout d'abord de tristesse sous le masque de l'intelligence. car bach perdit très jeune ses parents et, plus tard, la mortalité
infantile étant très élevée à l'époque, dix de ses vingt enfants.
l'homme vécut donc toute sa vie avec le deuil. mais il était aussi
emprunt d'une profonde religiosité. ce qui explique sans doute la
construction souvent très complexe et la beauté presque miraculeuse de
ses oeuvres.

un portrait fait également de doutes et de coups de gueule. le sketch de la messe où il se confie à une vieille paroissienne tout en engueulant ses jeunes chanteurs ou celui de l'expertise d'un orgue, "monologue à trois personnages", astier étant bien sûr seul en scène, sont à la fois drôles et émouvants. ils évitent aussi habilement l'ennui qu'aurait risqué de provoquer l'unité de lieu, livrent une très bonne caractérisation du personnage et permettent à astier de donner libre cours au jeu qui a fait sa réputation, surtout dans le rôle du roi arthur de kaamelott, celui d'un homme intelligent et juste mais perpétuellement excédé parce que continuellement entouré de branquaillons.

ce spectacle est d'une intelligence jubilatoire. on aurait aimé davantage de bonus dvd. mais astier a préféré la jouer sobre: l'entretien qu'il donne sur l'orgue et celui de l'historien sur la vie de bach sont déjà passionnants. à noter que la mise en scène est assurée par le vieux pote du comédien jean-christophe hembert, qui jouait karadoc dans kaamelott, et que l'on voit aussi dans les bonus.

à voir et à revoir, pour apprendre et pour comprendre.