de bon matin

De bon matin

réal. jean-marc moutout, int. jean-pierre daroussin, valérie dréville, xavier beauvois. 2011, 91'. 3 pouces.

le synopsis
un banquier (daroussin) tue ses deux supérieurs et, en attendant les forces de l'ordre, se remémore les événements…


… qui l'ont conduit à commettre cet acte désespéré.

l'avis
ce film aurait pu s'appeler "conte de la folie ordinaire". encore que de folie il soit ici moins question que de désespoir, une sorte de lâcher prise sourd, sombre et silencieux. il repose sur un fait divers datant de 2004, une histoire comme il en est arrivé tant d'autres au cours de la première décennie du 21ème siècle. l'histoire d'un gars qui, arrivé à la cinquantaine, aurait dû pouvoir récolter les fruits de son dur labeur passé, de sa passion pour son métier, des sacrifices qu'il a consentis pour "la boîte", bref, qui aurait dû pouvoir obtenir une certaine reconnaissance. au lieu de cela, un malentendu le place gentiment sur une voie de garage, tout le monde le prend pour un délateur, sa collègue, qui est licenciée prétendument à cause de son rapport, ne veut pas l'écouter. cet employé modèle, ce père de famille ordinaire, va progressivement sombrer à cause de ce qu'il a contribué à construire. son monde va se décomposer à cause d'un conflit de travail. mais surtout, c'est un homme qui ne comprend plus le monde professionnel qui l'entoure, avec ses objectifs irréalisables car de plus en plus élevés, ses magouilles pour gagner de plus en plus d'argent au détriment des plus faibles et son injustice à l'égard des petits.

de bon matin s'intéresse donc à l'influence de l'entreprise sur l'être humain. c'est la deuxième fois que le réalisateur se penche sur cette problématique. et si son film traite du suicide au travail pour cause de pression trop forte, faisant écho à la vague qui a défrayé la chronique il y a peu, il compte aussi parmi les nombreux inspirés de faits réels (omar m'a tuer, l'assaut, présumé coupable…).

ce film à caractère socio-psychologique est construit sur le flashback, ce qui permet à paul de faire le bilan de sa vie et de se livrer à une introspection avant d'en finir. il prend conscience qu'il n'est pas devenu ce qu'il rêvait d'être – ni dans sa famille, ni dans son travail – et qu'il s'est laissé façonner par un modèle de société. le supérieur de paul est interprété par xavier beauvois, le réalisateur de des hommes et des dieux. le film se termine sur les visages des collègues de paul, dans le silence le plus total, amenant des interrogations diverses: vais-je tenir? vais-je  craquer? vais-je accepter et tourner la page? quelle est ma part de responsabilité dans le geste de paul et dans cette mécanique infernale à laquelle nous participons tous? ai-je le choix? dois-je me faire le complice de ce système?

food for thoughts…