le magasin des suicides

Le magasin des suicides

réal. patrice leconte, d'après le roman du même nom de jean teulé, int. bernard alane, isabelle spade, kacey mottet-klein, isabelle giami. 2012, 85'. 2,5 pouces.

le synopsis
dans une ville où les habitants n'ont plus goût à rien et ne pensent qu'à une chose, mettre fin à leurs jours, une petite boutique, tenue par…


… la famille tuvache, leur offre tout ce qu'il faut pour parvenir à leurs fins.

l'avis
j'ai un parti pris pour les films de patrice leconte: l'homme est impertinent et plein d'esprit, et ses films sont souvent justes. ici, l'idée de base (celle du roman) est paradoxalement marrante en soi.

commençons par les points positifs, au premier rang desquels figurent le "personnage" de la grande ville, très grise comme il se doit, croisement entre le 13ème arrondissement de paris et la corée du nord, parsemée de gens qui traînent les pieds; mais aussi de curieux panneaux indicateurs ("nulle part", "ailleurs", "cimetière", "par là-bas", "rien"), des jokes pour initiés (l'affiche du film les zombrés) et des enseignes de magasins clins d'oeil ("sec-shop"). par contraste, le magasin des suicides du titre, blotti au fond d'une ruelle, est pimpant et coloré comme un magasin de farces et attrapes. d'une manière générale, le trait est sympa, même s'il bénéficie d'un traitement inégal, surtout sur quelques personnages, heureusement secondaires. la famille tuvache est une référence volontaire à la famille adams. elle est de même composition, même si seul le père, mishima (déjà le nom est drôle), ressemble vraiment à gomez. teulé déclare d'ailleurs avoir donné aux membres de la famille des prénoms de morts et/ou suicidés célèbres – l'écrivain yukio mishima, suicidé par seppuku (1970), l'empoisonneuse lucrèce borgia (1519) l'actrice marilyn monroe (1962), le peintre vincent van gogh (1890) et alan turing (1954), inventeur de l'ordinateur suicidé par ingestion de cyanure. bien vu.

cela dit, là où il y a du positif, il y a forcément du négatif…

leconte avait là un matériau de premier choix pour faire quelque chose de très personnel et imprimer sa patte à l'oeuvre de teulé. malheureusement, il se lance dans un sous-étrange noël de monsieur jack, avec un film chanté dont les chansons ressemblent étrangement à celles du
film susnommé (par ailleurs brillantissime). j'adore leconte mais le macabre n'est pas son univers et n'est pas burton qui veut, même s'il prétend avoir tout fait pour se libérer de cette écrasante influence.

et puis la fin, où la boutique est totalement transformée pour le grand bonheur de tous, est un parti pris du réalisateur. si le roman se terminait mal, leconte a choisi d'en modifier le dénouement en lui donnant un optimisme kitsch, presque ironique (dixit le réalisateur… et à la limite de l'insupportable, ajouterai-je). perso, je l'ai trouvée décevante, parce que sans subtilité, sans crédibilité par rapport au reste de l'histoire et dont le côté très cucul la praline, pourtant assumé, ne fonctionne à mon avis pas. un changement qui n'a pas dérangé teulé, qui a déclaré: "je n'emmerde jamais ceux qui m'adaptent. du coup, tout le monde me trouve très sympa…". certes, mais une plus grande cohérence narrative eût sûrement donné plus de force à l'ensemble.

un film un peu difficile à recommander, à l'image de cette dame assise devant moi et partie avant la fin. dommage.

brèves de coulisses…
si patrice leconte a dessiné 5 ans dans sa jeunesse pour le magazine pilote, le magasin des suicides est son premier film d'animation. comment recréer un univers aussi bizarre et décalé en prises de vues réelles et avec de vrais acteurs? se demandait le cinéaste quand le producteur du film lui a suggéré l'animation. comme quoi, à 64 ans, le cinéaste sait se renouveler et faire des "expériences". d'ailleurs, il s'en amuse: "l'animation, pour une fin de carrière, c'est parfait, pas de caprices, les acteurs savent leur texte, on ne s'enquiquine pas avec la météo, c'est cool! sur le plan économique aussi, on peut faire des choses qui sont chères dans le cinéma traditionnel et qui, là, ne coûtent pas un rond." le casting de voix fait appel à des comédiens peu connus du grand public pour éviter de détourner l'attention du spectateur. le film a coûté 12 millions d'euros et a demandé 4 ans de travail.