les pirates! bons à rien, mauvais en tout

Pirates bons à rien mauvais en tout

réal. peter lord, int. hugh grant, salma hayek, david tennant, brendan gleeson, imelda staunton, 2012, 89'. 3 pouces.

le synospsis
malgré tous ses efforts, le capitaine pirate ne parvient à se faire passer pour la terreur des mers. pour remporter le prix du pirate de l'année, il…


… se rend à londres en compagnie de son équipage de bras cassés et d'un jeune scientifique du nom de charles darwin, au risque d'affronter la reine victoria, qui voue une haine féroce à l'égard des pirates.

l'avis
quel que soit le sujet, les films des studios aardman animations sont toujours habités d'un charme fou. je ne sais pas si ça tient à l'animation traditionnelle image par image (encore qu'ils incluent désormais de l'animation par ordinateur), à la plasticine ou à l'histoire, mais il se dégage immanquablement de ces longs-métrages une ambiance qui me replonge instantanément dans mon enfance et dans mon adolescence et l'envie qui m'habitait, à ces deux époques de ma vie, de faire de l'animation (en général) mon métier. dessin animé ou film d'animation avec personnages, je m'y étais essayé sinon avec un certain succès, du moins avec une certaine autosatisfaction. mais là n'est pas la question.

un pirate au grand coeur mais doué pour rien pense qu'il va emporter l'estime de ses congénères, et donc réussir sa vie, en remportant une récompense, quitte à utiliser des moyens pas très honnêtes pour y parvenir…

on a vu ça une pellée de fois: être un loser (et d'abord loser par rapport à quoi? ça veut dire quoi être un loser?), ce n'est pas grave, pourvu qu'on soit animé de vraies qualités humaines. mais curieusement, un tel scénario me semble moins gênant pour un film d'animation. ok, c'est un parti pris de ma part, et j'avoue être tout sauf objectif en la matière.

le film est bourré de petits gags discrets qui sont moins destinés à faire rire qu'à rendre les personnages plus "humains", plus touchants. et boom (comme ils disent dans les experts manhattan, ce qui m'énerve prodigieusement car ça pue le procédé à plein nez, mais je m'égare), ça marche à tous les coups. ils savent y faire, ces bougres de magiciens de l'animation. on se prend de compassion, puis d'amitié pour ce pirate vachement loser mais bourré de qualités. et pour son équipage, dont un marrant "surprisingly curvaceous pirate", en fait, comme son nom le suggère, une femme déguisée qui parfois, sous l'effet de la surprise par exemple, retrouve sa voix féminine. marrante également, l'idée d'avoir inclus dans l'histoire un jeune savant inconnu du nom de charles darwin, et surtout d'avoir fait de lui un ignoble arriviste prêt à tout pour gagner (lui aussi) la reconnaissance de ses congénères, quitte pour cela à voler les découvertes des autres. une sorte de miroir du pirate, mais en plus mesquin. qui sait si darwin n'était pas comme ça en réalité, d'ailleurs…

les pirates! est un moment de bonheur, comme toujours avec aardman, pour celles et ceux qui n'ont pas perdu leur âme d'enfant…

brèves de coulisses…
à l'origine, les pirates! dans une aventure avec les savants est un roman écrit par un certain gideon defoe en 2004 pour impressionner une fille. ce fut pour lui un mal pour un bien: la fille est partie mais son roman a été publié. depuis, il en a écrit plusieurs autres (dans une aventure avec les baleines, 2005, dans une aventure avec les communistes, 2006, dans une aventure avec napoléon, 2008, dans une aventure avec les romantiques, 2012). il a également signé le scénario d'un film qui, outre aardman aux commandes, a réuni les talents de plusieurs studios, tels double negative et method studios (pour les effets visuels) et sony pictures animation (pour l'animation par ordinateur, notamment pour les séquences maritimes). 321 personnes au total, dont 33 animateurs répartis sur 41 équipes. de plus, le film est sorti pour fêter les 40 ans de collaboration de peter lord et david sproxton qui ont fondé le célèbre studio aux 400 récompenses (dont 4 oscar). il marque aussi le retour des studios à l'animation traditionnelle image par image (stop motion), même s'ils ont évolué également vers l'animation par ordinateur (souris city, 2006, et mission: noël, 2011).

un travail titanesque…
les studios aardman sont connus pour l'incroyable réalisme de leurs productions.

exemple 1: les décors construits à taille humaine. en l'occurrence, la ville portuaire ou la salle du trésor de la reine victoria (qui contenait 400'000 pièces d'ors) étaient suffisamment grands pour permettre aux animateurs de s'y mouvoir sans aucune difficulté. un gigantisme qui permet d'atteindre un niveau de détails et une richesse visuelle époustouflants.

exemple 2: dans le même esprit, 220'000 objets – lampes, aliments, meubles ou vêtements – ont été créés sur mesure par des souffleurs de verre, des maquettistes ou et autres sculpteurs pour emplir les différents espaces du film (on imagine aisément le temps que peut prendre une telle production).

exemple 3: pour donner une idée du travail de folie auquel se livrent les équipes aardman, il faut savoir qu'ils créent autant de bouches que les personnages prononcent de syllabes, et cela bien sûr pour tous les personnages et dans toutes les situations. ainsi, ils ont sculpté 6'818 bouches différentes, dont 1'364 pour le seul capitaine pirate. cette technique, employée par tous les grands maîtres actuels de l'animation (tim burton l'a employée notamment pour monsieur jack), évite aux animateurs de "sculpter" les expressions des personnages pendant le tournage – ce qui serait bien trop compliqué, pour un résultat forcément approximatif.

exemple 4: le navire du capitaine a été entièrement fabriqué à la main (5'000 heures de travail), compte plus de 44'000 pièces et pèse 350 kilos.

exemple 5: chaque figurine en plasticine – mélange de cire et d'huile, rendant la manipulation extrêmement aisée – est composée de 25 parties – bottes, barbe, mains, etc. – modifiables à volonté.

exemple 6: la barbe du capitaine pirate contient un mécanisme d'horlogerie capable de bouger au gré des mouvements de son propriétaire.

maximum respect!