omar m’a tuer

Omar m'a tuer

réal. roschdy zem, scénario roschdy zem, olivier gorce, rachid bouchareb, olivier lorelle, int. sami bouajila, denis podalydès, maurice bénichou, nozha khouadra, shirley bousquet. 2011, 85'. 3 pouces.

le synopsis
le 24 juin 1991, ghislaine marchal est retrouvée morte dans la cave de sa maison. rapidement, mais sans aucune preuve, son jardinier, omar raddad (bouajila), est…


… accusé du meurtre.

l'avis
ce film n'est ni un pamphlet ni un plaidoyer ni même une critique: il n'a d'autre ambition que celle de relater les faits de la manière la plus objective qui soit. un homme de 28 ans, immigré éprouvant de grandes difficultés à s'intégrer en france, se voit accusé d'un meurtre que rien ne laisse supposer qu'il l'ait commis. or justement, c'est sur des suppositions que tous les responsables de sa mise en accusation, des enquêteurs à la justice, étrangement laxiste dans ce dossier, semblent fonder leurs conclusions. et de la supposition à la certitude, puis à l'intime conviction, il n'y a que deux pas que tout le monde semble vouloir faire complaisamment. pourquoi? par facilité, pour dissimuler une vérité gênante? pour être aisée financièrement, la veuve ghislaine marchal n'était ni une star du showbiz ni un personnage public. la première hypothèse semblant donc être la plus vraisemblable, omar raddad était depuis le début un coupable tout désigné.

sans être un film à charge, omar m'a tuer montre l'acharnement tant de la police que de la justice à ne pas vouloir écouter (et encore moins croire) raddad et à l'accuser d'office au seul motif (erroné, comme il sera démontré) qu'elle lui aurait refusé une avance sur son salaire (et accessoirement qu'il est arabe, car le racisme est de toute évidence omniprésent, bien que discret, dans cette histoire). le dossier est bâclé et contient de grosses irrégularités. ainsi, aucune trace de sang ne sera relevée sur les vêtements que portait l'accusé le jour du meurtre, ses empreintes n'apparaîtront nulle part, l'appareil photo de la victime, qui contenait des clichés pris par elle peu avant sa mort, sera jeté par les gendarmes, les médecins légistes déclareront s'être trompés sur la date de la mort de la victime et la reculeront purement et simplement d'une journée, le corps de ghislaine marchal sera incinéré moins d'une semaine après le meurtre, alors que des autopsies devaient être réalisées, aucun proche de la victime ne sera interrogé sur son agenda le jour du meurtre. pire encore, ghislaine marchal n'a pas pu écrire distinctement les deux messages "omar m'a tuer" (avec cette curieuse faute de français) et "omar m'a t", étant donné que la cave était plongée dans le noir quand le corps a été retrouvé.

heureusement pour lui, deux hommes croiront en son innocence: jacques vergès (bénichou), l'avocat des (grandes) causes perdues et pierre-emmanuel vaugrenard (podalydès), écrivain qui mènera sa propre enquête pour tenter de disculper le jardinier.

en 1994, trois ans après son incarcération, raddad est condamné à 18 ans de réclusion. mais jacques chirac le gracie en 1998. en 2002, la cour de révision décide de ne pas le rejuger mais le considère toujours comme coupable, malgré la grâce présidentielle et malgré le fait qu'on a retrouvé sur les lieux du crime deux adn masculins qui ne correspondaient ni l'un ni l'autre à celui de raddad. l'homme aura tout de même passé 7 ans en prison et attend toujours d'être définitivement blanchi.

brèves de coulisses…
le réalisateur et le véritable omar raddad se sont rencontrés. roschdy zem souhaitait éviter toute compassion, tout règlement de comptes ou encore tout révisionnisme. si le personnage de vaugrenard est fictif, il est librement inspiré de celui, bien réel celui-là, de jean-marie rouart, romancier et essayiste, qui a écrit l'un des deux ouvrages dont le film s'inspire (omar: la construction d'un coupable, l'autre étant pourquoi moi?, écrit par raddad lui-même) et qui dénonce l'énorme défaillance de la justice et le lynchage médiatique dont raddad a été victime. ce livre a d'ailleurs valu à son auteur d'être évincé du figaro où il était directeur littéraire et traduit en justice. il est aujourd'hui officier de la légion d'honneur. comme quoi.

d'origine tunisienne, sami bouajila a appris le marocain pour le rôle et a particulièrement travaillé l'élocution et l'accent très prononcé du personnage, essentielle selon lui pour faire comprendre son ingénuité et le cauchemar qu'il a vécu face à ses accusateurs. une belle performance qui a valu au comédien une nomination aux césar 2012.

le véritable omar raddad a bien sûr été consulté, le film a même été tourné dans son véritable appartement, en sa présence, ce qui a été pour lui une pénible épreuve. il a affirmé que le film raconte la vérité de a à z et espère qu'il aidera à mener à une révision de son procès.

à ce jour, aucune piste n'a été sérieusement suivie ni même seulement envisagée pour débusquer le ou les véritables coupables de ce meurtre mystérieux. "si omar est innocent, il y a donc forcément un coupable qui doit se frotter les mains là où il est. et cette pensée est insupportable", a déclaré denis podalydès.

pour plus d'info, voir aussi ici.