l’agence

L'agence

réal. george nolfi, scénario george nolfi, d'après l'oeuvre de philip k. dick, int. matt damon, emily blunt, john slattery, anthony mackie, terence stamp. 2011, 107'. 3 pouces.

le synopsis
candidat malheureux mais prometteur au poste de sénateur de new york, david norris (damon) rencontre par hasard une jeune femme (blunt) dont il…


… tombe éperdument amoureux. un jour, de retour plus tôt à son bureau, il assiste à une scène qu'il n'aurait jamais dû voir et qui va bouleverser son destin.

l'avis
contrairement à ce que le titre, ou même l'affiche, pourrait laisser croire, ce film n'est pas un thriller politique ni un film d'espionnage ni même un simple polar. c'est un film fantastique sur le thème du libre arbitre. on croit être maître de sa vie en la dirigeant par d'innombrables et quotidiennes décisions, de la plus insignifiante à la plus vitale. or, le scénariste part du principe que ces choix, surtout les plus importants, sont "écrits" sous forme de plan par le "grand patron". et des agents, membres de l'"adjustment bureau" du titre original, veillent, à l'insu des humains, à son bon déroulement. "vous pouvez décider de prendre du thé ou du café, de mettre des chaussettes bleues ou rouges, mais les grandes décisions sont écrites", dit l'un d'entre eux à david norris (damon).

or elise (blunt) et david n'étaient pas censés se rencontrer. et encore moins tomber amoureux. du coup le "grand patron" va devoir corriger, et cela à plusieurs reprises, cette "bifurcation" dans la grande route de leur vie, et mettre tout en oeuvre pour les séparer par le biais de ses agents. mais, contre toute attente, malgré l'interdiction formelle faite à david de revoir elise, malgré la menace de lui effacer la mémoire et de reformater son cerveau, il la retrouve et, devant l'inéluctabilité et la puissance de leur amour, dieu et ses agents vont devoir s'avouer vaincus.

fable ou parabole, l'agence parle de l'amour plus fort que tout, plus fort même, paradoxe suprême, que la volonté du grand patron. le libre arbitre existe donc, nous sommes maîtres de notre destin et personne n'y peut rien, pas même le tout-puissant.

et si des êtres peuvent tomber amoureux sans que le très-haut l'ait prévu, cela veut dire qu'il y a sûrement beaucoup de choses qui lui échappent. "les voies du seigneur sont impénétrables" signifierait donc que, si on sait que dalle sur les desseins du miséricordieux, lui, en fait, il maîtrise des clous. ce qui, si on pousse le raisonnement un peu plus loin, replace l'homme au centre de l'univers et relègue dieu au rang de façade derrière laquelle se cachent… des tréteaux. les croyants apprécieront.

le film est dérangeant (insupportable, même, pour un croyant) mais l'implication du spectateur forte car l'histoire le déplace, progressivement, par petites touches imperceptibles, de sa réalité connue et d'une banale quotidienneté vers un univers fantastique où il reconnaît tout mais où il a le sentiment étrange de ne rien reconnaître.

c'est que le film est adapté d'une nouvelle de philip k. dick: the adjustment team. et là, tout s'explique. car le gars avait des idées complètement barrées et néanmoins génialissimes qui ont carrément inventé, excusez du peu, la science-fiction. ses histoires sont souvent ancrées dans le quotidien pour se terminer dans des univers parallèles. rien n'est plus fort que ce procédé: on installe le spectateur-lecteur dans un univers familier et on le déstabilise en introduisant un grain de sable qui fait que le discours se risque sur le bizarre, comme disait monsieur audiard.

si vous aimez les récits chtarbés et les histoires qui amènent une réflexion, allez voir l'agence, vous ne serez pas déçus.