la dame de fer

La dame de fer

réal. phyllida lloyd, scénario abi morgan, int. meryl streep, jim broadbent, alexandra roach. 2011, 104'. 3,5 pouces.

le synopsis
le parcours de celle qui fut la première et, à ce jour, la seule femme à avoir dirigé le parti conservateur (1975-1990) et le royaume-uni en tant que premier ministre (de 1979 à 1990), de sa jeunesse à grantham (lincolnshire) à son…


… retrait du leadership conservateur après avoir été mise en ballottage aux élections de 1990, le tout vu avec ses yeux et ses souvenirs d'aujourd'hui, dame de bientôt 87 ans vivant une retraite paisible et ennuyeuse à londres.

l'avis
le film se passe de nos jours. l'ex-dame de fer est une dame âgée qui vit dans sa résidence de londres. il s'ouvre sur deux moments cruciaux. l'achat d'une plaquette de beurre à l'épicerie du coin, rappel, anodin en apparence mais essentiel à la compréhension du personnage et de sa politique, de ses origines (fille d'épicier dans l'est de l'angleterre) et surtout du fait qu'elle n'a jamais cessé, malgré ses responsabilités, d'être en prise avec la réalité quotidienne, et donc des préoccupations des britanniques. le second moment crucial est la décision de se séparer des vêtements de son mari denis (broadbent), disparu en 2003, et qui va déclencher tous ses flash-backs. malgré son caractère d'acier et sa carrière qui l'ont tenue éloignée d'une vie de famille normale, l'ex-iron lady se révélera finalement humaine, encore amoureuse de son mari et refusant de le laisser partir (la scène de la fin est à ce titre assez touchante).

une scène m'a marqué car elle résume, ou plutôt définit, la femme qu'est margaret thatcher. assise sur le bord de la table d'auscultation, elle tance son médecin: "de nos jours, tout le monde se préoccupe de savoir comment l'on se sent, mais personne ne veut savoir ce que l'on pense. demandez-moi plutôt ce que je pense et si j'ai des idées! mon père disait toujours: surveille tes pensées, car elles pourraient devenir des mots. surveille tes mots, car ils pourraient façonner tes actes. surveille tes actes, car ils pourraient façonner ton caractère. surveille ton caractère, car il pourrait façonner ton destin."

elle est comme ça, margaret thatcher, née margaret hilda roberts le 13 octobre 1925: femme de conviction et d'action, qui entra très jeune en politique et devint la première femme member of parliament en 1959. un an après son accession à la tête du parti conservateur, le journal du ministère de la défense soviétique – l'étoile rouge – lui attribue le surnom de "dame de fer de l'occident". dans un discours prononcé le 19 janvier en 1976, thatcher se montre en effet d'un anticommunisme farouche, affirmant que le gouvernement soviétique ne cherche qu'à dominer le monde, sacrifiant à cette fin le bien-être de son peuple. pensant stigmatiser son anticommunisme, le journal créera l'effet inverse puisque le surnom deviendra finalement un atout politique pour la dame en question et symbolisera sa fermeté face à certains conflits. "autrefois on cherchait à "faire" des choses. aujourd'hui, on ne cherche plus qu'à "être" quelqu'un…" cette conscience de la nécessité d'agir aura guidé toute sa vie. armée d'une intelligence rare et d'un courage d'idées à toute épreuve, elle faisait peur à une grande majorité de ses adversaires, mais également à nombre de ses alliés politiques, n'hésitant pas à bousculer leurs petites certitudes molles mais effaçant au passage toutes les barrières liées à son sexe et à son rang. respectée ou détestée, thatcher ne redoutait rien ni personne, et fut une femme politique dont certaines décisions iront jusqu'à provoquer des émeutes. curieusement, sa plus belle victoire (et, du même coup, son regain de popularité), elle la doit au patriotisme de ses concitoyens. quand elle décide de partir en guerre contre l'argentine afin de récupérer les îles malouines (avril-juin 1982), donc de défendre le bien national, elle touche une fibre ancestrale qui a toujours rassemblé les peuples. du coup, le sien est derrière elle, prêt à en découdre. j'étais assistant de français dans une école au nord de londres à ce moment-là et je peux vous dire que mes élèves les plus âgés, qui n'avaient pourtant pas encore 18 ans, faisaient preuve d'un patriotisme surprenant qui abolissait tous les différends politiques et les conflits sociaux.

mine de rien, la thatchérisme, à la base de la révolution conservatrice des années 1980, est un mélange de conservatisme politique, de libéralisme économique et de traditionalisme social. réaction aux deux chocs pétroliers de la décennie précédente et à la crise du keynésianisme (qui prône le rôle actif de l'état dans l'économie), la politique de margaret thatcher réussira, malgré des décisions très impopulaires, à redresser le pays, notamment en réduisant drastiquement les dépenses publiques et la pression fiscale, mais aussi en luttant contre l'inflation par des taux d'intérêt élevés et en favorisant l'ouverture aux capitaux étrangers.

mine de rien, margareth thatcher est celle qui est restée en exercice le plus longtemps (11 ans), devenant du même coup, par sa personnalité comme par ses actions, la plus renommée des personnages politiques britanniques depuis winston churchill.

le film retrace, par flash-backs et parfois par survols, les grands événements de l'ère thatcher: la question irlandaise, l'assassinat par l'ira de lord mountbatten en 1979, les attentats de hyde park et de regent street en 1982, faisant de nombreux morts, ainsi que celui du grand hotel de brighton, où se tenait le congrès annuel du parti conservateur, qui manquera de peu margaret thatcher elle-même, les questions de société, l'immigration, les relations avec les syndicats ou encore l'euroscepticisme.

film à ne pas manquer pour l'intelligence de sa construction, la nervosité de son montage (qui contraste avec l'idée même d'une biographie filmée) et le talent de ses interprètes. la dame de fer se regarde avec un sourire intelligent au coin des lèvres.

brèves de coulisses
c'est la deuxième fois, après mamma mia! en 2008, que phyllida lloyd dirige meryl streep. née en 1949 et deux fois oscarisée (pour kramer contre kramer, en 1980, et le choix de sophie, en 1983), mary louise streep s'inquiétait de n'être pas à la hauteur: "La perspective d'explorer l'histoire de cette femme remarquable est un défi à la fois passionnant et intimidant. Je ne peux qu'espérer posséder suffisamment d'endurance et de vitalité pour ne pas lui faire de tort". qu'elle se rassure, sa performance fait oublier, par son immense talent, que derrière l'une des figures politiques les plus marquantes du vingtième siècle, il y a une actrice grimée qui interprète un rôle. les enfants de margaret thatcher, mark et carol, ont largement critiqué le film, indiquant par voie de presse que le film sonnait comme "une fantaisie de gauche". un journaliste a même mis en question la nationalité de l'actrice, arguant que l'ex-premier ministre ne pouvait être interprétée que par une actrice britannique… the usual stuff… lors de la projection-test du film, les spectateurs ont trouvé que montrer une femme diminuée et à la santé fragile revenait à ternir son image. moi je dis (et je ne suis pas le seul): éblouissante. meryl streep est tout simplement éblouissante. de la comédie fantastique (la mort vous va si bien) au drame (le choix de sophie, the hours, sur la route de madison, doute), en passant par la comédie musicale (mamma mia), cette femme a tous les talents… et la modestie des tout grands… si elle était chanteuse, elle aurait l'étendue de voix d'une maria callas, tant elle est capable de tout faire avec la même crédibilité. oscar assuré.