de vrais mensonges

De vrais mensonges

réal. pierre salvadori, scénario pierre salvadori, benoît graffin, int. audrey tautou, nathalie baye, samy bouajila, daniel duval. 2010, 105'. 3 pouces.

le synopsis
émilie (tautou) envoie à sa mère déprimée (baye) une lettre d'amour anonyme qu'elle a reçue, sans se douter que c'est son employé jean (bouajila) qui en est l'auteur…

l'avis
intelligent, fin, sensible, bien écrit et bien ficelé, ça se laisse…


… manger du regard sans faim.

ce n'est pas un scoop, ce film traite du mensonge, volontaire ou par omission, quelle que soit sa motivation, le mensonge qui, couplé à des concours de circonstances, peut foutre une merde insondable dans une relation, mais le mensonge qui aboutit quand même, après force malentendus et moult crêpages de chignons, à la vérité. il traite également, et en toute cohérence, du manque de confiance en soi (thème cher au réalisateur qui a très longtemps souffert d'une timidité maladive et qui avait mis en scène comme elle respire en 1996 avec la regrettée marie trintignant, les marchands de sable en 2000 et hors de prix en 2006) qui pousse les personnages dans des recoins parfois peu avouables de leur conscience, révèle leur égoïsme, stabilobosse leurs petites lâchetés ou les accule dans des situations tantôt ridicules tantôt regrettables.

ici, le mensonge part d'une "bonne" intention, disons qu'il est traité sur un mode plutôt léger (c'est une comédie). les histoires sentimentales un peu vaudevillesques requièrent en general d'excellents comédiens, capables de "rendre" ces petites expressions qui ponctuent d'émotion un non-dit, ces mouvements imperceptibles qui confirment le comique d'une réplique, bref ces micro-instants capturés en flag chargés de sens que font naître d'inévitables quiproquos, dont un montage habile relève de surcroît les effets.

c'est clairement le cas ici (pour les excellents comédiens, je veux dire) et même les seconds rôles ne déméritent pas, telles stéphanie lagarde, l'associé d'émilie, ou judith chemla, la petite réceptionniste d'une impossible timidité. comme d'habitude, audrey tautou est maigrichonne et coiffée comme un sac (elle est pourtant coiffeuse dans le film) mais elle est bien dans son rôle et, comme d'habitude, nathalie baye, pour qui le rôle a été écrit dès le départ, est magnifique. mais j'attribuerais la palme à sami bouajila qui tire bien son épingle du jeu dans ce rôle d'homme lettré mais modeste, amoureux un poil émotif coincé dans un jeu qui ne lui ressemble pas et forcé de composer entre la femme qu'il aime et une femme qui l'aime (ou qui a besoin de le croire un temps, pour sortir de sa déprime). les états d'âme féminins sont si bien décrits qu'on les jurerait écrits par une femme.

au cinéma, comme au théâtre d'ailleurs, j'aime bien les chassés-croisés amoureux et autres méandres labyrinthiques, sentimentaux ou pas. j'aime savourer l'habileté avec laquelle l'auteur s'extirpe de situations inextricables. ici, si l'argument de départ est assez original, les ressorts sont plutôt classiques mais le dénouement survient de manière assez fine.

à propos de théâtre, son esprit plane sur le film. les petits rideaux rouges à pampilles qui décorent la maison de maddy (baye) et que personne n'aura remarqués, moi le premier, sont là, selon le réalisateur, pour donner le sentiment que les affrontements entre la mère et la fille se déroulent sur une scène de théâtre. il en va de même pour la séquence de l'ombre chinoise, très bien écrite par ailleurs.

en un mot, ce film est à voir car il est SYMPA.