une nuit

Une nuit

réal. philippe lefebvre, scénario simon michaël, philippe isard, int. roschdy zem, sara forestier, samuel le bihan, grégory fitoussi, sophie broustal, richard bohringer. 2011, 100'. 3,5 pouces.

le synopsis
simon weiss (zem) est commandant à la brigade mondaine, à paris. pris en tenaille entre l'igs et les malfrats, il va se défendre au cours d'une nuit pas comme les autres.


l'avis
une nuit est un film français comme on les aime et comme seuls les français savent en faire, oscillant constamment entre drame et polar, deux genres du reste pas incompatibles. la force d'une nuit est que, contrairement à à bout portant par exemple, il ne se passe pas grand-chose en termes d'action. tout est dans les mots, les regards, les situations.

le réal prend logiquement le parti du réalisme en suivant ses personnages caméra à l'épaule, mais sans céder à la mode américaine du "bougé volontaire et gerbatif à la longue". au cours de la nuit, weiss croisent les mêmes personnages, amis ou ennemis, s'agace, menace, tabasse. respecté ou redouté, il n'est pas aimé, y compris par les flics d'autres services. personnage complexe, il est constamment à la lisière entre le bien et le mal. il ne réclame pas d'argent mais accepte, de temps à autre, qu'on lui en donne. une nuance qui fait du personnage quelqu'un "d'acceptable", en tout cas pas un ripou qui se condamnerait par des actes de corruption. sa force à lui, c'est l'intimidation par les mots. l'homme n'a pas peur, il a mis des années à comprendre ceux à qui il a affaire. le problème, c'est qu'à force de se battre avec des malfrats, on finit par la jouer borderline et sortir de la légalité. dans un milieu hostile où l'honneur, comme les hommes, est vite enterré et où la trahison est monnaie courante ("un flic n'a pas d'amis…"), weiss va l'apprendre à ses dépens.

le film est construit selon trois unités chères au théâtre: le lieu (paris), le temps (une nuit), l'intrigue (le piège tendu à weiss). dans le rôle du commandant de la mondaine connu (et redouté) comme le loup blanc, évoluant comme chez lui dans un paris interlope, toujours à la limite de la légalité, roschdy zem tire magnifiquement son épingle du jeu en confirmant le charisme qui fait son charme et enrichit son jeu depuis déjà quelques années. une valeur sûre du cinéma français. le personnage de sara forestier est bien vu, même s'il faut attendre le twist de la fin pour en mesurer la portée.

un truc m'a dérangé: la "valse de la pluie", et donc la succession de raccords bizarres tout au long du film. la pluie est tombée paraît-il au premier jour du tournage, ce qui a obligé l'équipe à arroser les rues pour les plans suivants afin d'éviter les mauvais raccords. or, des mauvais raccords, il y en a tout le temps. un plan, zem et forestier sont dans la voiture, essuie-glaces en marche. le plan suivant, ils sortent de ladite voiture, la rue est tout juste mouillée mais il ne pleut pas. ils remontent en voiture quelques minutes plus tard, rebelotte: il pleut. ils arrivent à destination, la rue est tout juste mouillée mais il ne pleut pas. une fois, les essuie-glace ne fonctionnent pas, mais quand ils arrivent sur les lieux d'une bagarre, il pleut averse quand ils sortent de la voiture. et le plan d'après, dans la voiture, il ne pleut plus. la présence de la pluie arrangeait bien le réal dans la mesure où elle alourdit l'atmosphère et rend la réalité plus "sale", plus misérable, plus glauque. mais davantage de constance eût été bienvenue.

sans être un chef-d'oeuvre, le film reste de bonne facture mais sans chichi ni mise en scène maniérée, ponctué par la musique oppressante et lancinante d'olivier floriot. à voir si vous aimez le genre.

brèves de coulisses
service de la police judiciaire de la police nationale française, la "brigade mondaine" a connu divers noms (notamment "brigade des moeurs") et organisations depuis la création, en 1747, du "bureau de la discipline des moeurs". en 1989, elle a été rebaptisée "brigade de répression du proxénétisme" (brp), dont le premier chef était une femme (martine monteil, qui dirigera ensuite quelques-unes des brigades les plus prestigieuses comme la crim, les stups et la pj). dans le rôle de l'avocat véreux, on aura reconnu grégory fitoussi, comédien de seconde zone interprétant le procureur désavoué dans l'excellente série française engrenages (voir article dans ces colonnes) et qui, redevenu avocat, s'associera avec joséphine karlsson, avocate sans aucun scrupule (audrey fleurot, la dame blanche de kaamelott), et flirtera avec l'illégalité. bohringer se la rejoue parrain sévère mais juste, style la vérité si je mens. juste après (voire en même temps) braquo, sophie broustal se voit encore affublée d'un rôle de tenancière de bar à putes.

Publicité