les immortels

Les immortels

réal. tarsem singh dhandwar, int. henry cavill, mickey rourke, john hurt, stephen dorff, freida pinto. 2011, 110'. pouces.

le synopsis
les armées d'hypérion (rourke) ravagent la grèce, semant la mort et la désolation…


… le roi sanguinaire n'a qu'un but: trouver l'arc d'épire (l'épire est à venir) afin de libérer les titans, anéantir les dieux de l'olympe… et l'humanité tout entière. mais thésée (cavill), dont la mère a été tuée par le roi lui-même, crie vengeance.

l'avis
moui. le réalisateur indien tarsem nous avait habitués à mieux. jeune prodige issu de l'art center de pasadena en californie, il avait impressionné le monde entier avec ses clips de musique et de pub dans les années 1990, puis avec son premier long (the cell, 2000). depuis le flop de son deuxième (the fall, 2006), il s'était fait rare, participant de loin en loin à certains projets (2ème réalisateur sur l'étrange histoire de benjamin button, 2008).

et voilà qu'il commet ce péplum sans personnalité situé juste entre 300 (pour le parti-pris esthétique) et le choc des titans (pour le côté mythologique) mais qui n'atteint jamais le souffle épique ni même héroïque du premier ou d'un gladiator, par exemple.

autant l'esthétique de 300 était "belle" parce qu'outrancière (l'avis étant évidemment subjectif) et les combats étaient plus ou moins "graphiquement nouveaux", autant ici la première passe mal (ces falaises avec ces maisons troglodytes sont très étranges) et les seconds sont vachement réchauffés. bref rien de nouveau sous le soleil grec.

plus grave, la mythologie est ici carrément revisitée, voire détournée, pour faire plaisir au spectaculaire.

comme je suis absolument pathétique en mythologie, j'ai consulté quelques documents. et là, je me suis aperçu que c'est du grand n'importe quoi: il n'est nulle part question d'hypérion envahissant la grèce pour libérer les titans. ni, à plus forte raison, de thésée le combattant. le minotaure est bien tué par thésée dans le labyrinthe mais d'ariane et de fil point. thésée se fait lui-même saigner pour retrouver son chemin (!). et puis le minotaure est à la solde de minos et non d'hypérion. on le savait déjà depuis belle lurette, mais on ne soulignera jamais assez les dangers de la manipulation de l'histoire en général, de la mythologie en particulier, par les scénaristes à des fins de divertissement.

en fait, il semblerait qu'il y ait deux versions officielles:
1) hypérion est un titan, fils d'ouranos et de gaïa. ce qui expliquerait pourquoi il veut libérer ses frères. or le film ne le présente pas comme un titan mais comme un paysan – ou je ne sais quoi – auto-proclamé roi.
2) hypérion est un mortel devenu roi par mariage avec sa soeur aînée basilée (alors bravo).

de même, si thésée (cavill) est bien un héros fondateur d'athènes (on murmure qu'il aurait inspiré à edmond rostand la fameuse tirade de cyrano "attrapez cette bourse au vol, et thésée-vous!"), comme le fut persée (pas de jeu de mots non plus ici, svp), qu'il épousera bien l'oracle phèdre (pinto), soeur de ladite ariane, il n'affrontera pas plus hypérion que je ne sais résoudre mes problèmes d'accès à internet.

à part ça, avec sa gueule cassée de boxeur sadique que la vie n'a pas épargné, rourke semble abonné aux rôles de durs cruels. hypérion était donc LE rôle pour lui. sauf que bon. cavill n'est pas mal dans son costume de thésée mais de dimension héroïque point. pinto qui, soit dit en passant est née exactement le même jour du même mois de la même année que ma fille, est pas mal dans son rôle de phèdre, l'oracle vierge qui prédit à thésée son destin hors du commun. découverte dans slumdog millionaire, elle découvre ici (de dos) sa plastique de rêve que 86,2% des femmes de la planète vont lui jalouser et qui provoquera sur les lèvres de 148% des hommes de ladite planète un sifflement façon loup de tex avery (pour les réactions les plus… élégantes). sans doute le moment le plus sympa du film (ben oui, je fais partie des 148% ;O)).

j'ai entendu à la télé un critique dire que ce film est "merveilleusement ridicule". un autre qui a vu dans ce film une symbolique gay (et sm, de surcroît) même pas deuxième degré. il est vrai que la mythologie, avec ces hommes et ces femmes se baladant sans cesse à moitié nus, est propice à une équivoque que nos esprits érotomanes contemporains sont prompts à interpréter pour une invitation à la luxure à peine dissimulée teintée toutefois d'une pointe de ridicule. cela dit, je pense qu'il faut être gay pour y être sensible du premier coup, si j'ose dire: l'arc (je bande et je tire), l'arrivée des dieux de l'olympe dans un grand éclaboussement blanc, le fouet éjaculatoire de zeus. et puis, outre les torses nus et musclés qui en affoleraient plus d'un, il y a cette scène évocatrice où le traitre est à genoux devant son futur maître (rourke) dans une pièce sombre aux codes couleurs clairs (si j'ose dire) – le rouge et le noir – et où l'on distingue à l'arrière-plan les sbires immobiles en tenues de cuir, le roi se tenant assis dans l'obscurité, des jambes enchaînées apparaissant dans un filet de lumière dans un coin. puis l'un des bires émasculant le traitre à coup de massue… finalement, après réflexion, maintenant que tu le dis, pas besoin de dessin…

par conséquent, vous avez quatre possibilités: 1) aller voir sans autre les immortels si tout ce que je viens d'écrire vous est complètement égal, que vous vous souciez du n'importe quoi mythologique comme de votre premier coton tige et que vous vous délectez des écrasements de burnes-surprise, des décapitations inopinées, bref d'une violence qui se veut "belle" car filmée à la matrix mais qui ne fait rien d'autre qu'ajouter à une surenchère gratuite toujours impressionnante pour les esprits simples; 2) aller le voir pour découvrir, l'espace de deux secondes seulement, la plastique affolante de freida pinto mais ça fait cher les deux secondes (surtout qu'il y a rarement d'arrêt sur image au cinoche); 3) attendre tranquillement qu'il passe sur canal+ ou qu'il sorte dans votre vidéo club favori (ce qui ne saurait tarder), ce qui vous permettra de vous attarder dans le secret de votre laboratoire sur les fameuses deux secondes; 4) ne pas aller le voir du tout, ce qui vous évitera, au choix, la dépense/le fou rire/la déception/la colère.