habemus papam

Habemus papam

réal. nanni moretti, sécnario nanni moretti, federica pontremoli, francesco piccolo, int. michel piccoli, nanni moretti, jerzy stuhr, margherita buy, gianluca gobbi. 2011, 102'. 3,5 pouces.

 

le synopsis
alors qu'il vient d'être élu à la quasi-unanimité, un pape (piccoli), pris de panique…


… devant l'ampleur de la tâche qui l'attend, remet tout en question.

l'avis
ce film aurait pu s'intituler "crise de foi" ou "papa blues". c'eût été oublier un peu vite la subtilité de nanni moretti et surtout le fait que le film n'est pas, du moins a priori, une comédie. cela dit, si le sujet est grave, il est traité avec énormément d'humanité, de tendresse et aussi de douce moquerie, un exercice cher au réalisateur qui déclare l'avoir toujours pratiqué. de ses générations successives, des responsabilités dont il montre parfois le ridicule. et ici de la psychanalyse et de certains protocoles immuables (l'enfermement auquel sont soumis tous les participants des conclaves).

car au fond, le vrai sujet du film est la solitude. celle du pape, devant l'écrasante perspective du pouvoir et le doute existentiel face à sa capacité à l'exercer. celle du psychanalyste (moretti) que le vatican appelle à la rescousse, et qui va se retrouver "prisonnier" pendant les trois jours que va durer cette crise sans précédent, sans possibilité de communiquer avec l'extérieur. celle du porte-parole du vatican (stuhr), coincé entre sa fonction et le mensonge dont il va se rendre coupable pour sauver les apparences. la solitude du garde suisse (gobbi), obligé de jouer un rôle – à la fois très confortable pour lui et grostesque dans son exécution – qui n'est pas le sien. la solitude de l'ex-femme du psychanalyste (buy), "presque" aussi douée que son ex-mari (qui est le meilleur), et qui se dépatouille comme elle peut dans une vie qui ne la rend, apparemment, pas heureuse. ces personnages "compétents", chacun dans son domaine, souffrent tous, y compris et avant tout le pape lui-même, de ce que le personnage de moretti appelle un "défaut d'attention". or justement , ce n'est pas parce qu'on en souffre qu'on assume pleinement le fait d'être au centre de toutes les attentions. d'où les crises existentielles que traversent certains personnages. et le film de moretti de nous rappeler, si besoin était, que même les plus hauts dignitaires sont après tout des hommes comme les autres, qu'ils peuvent être en proie à des doutes et ressentir le besoin de fuir devant une tâche dont ils se jugent indignes. mais que cette fuite, au fond, n'est pas une preuve de lâcheté mais un signe de courage.

on rit d'un rire complice car l'humour est intelligent et n'est jamais méchant. moretti n'a pas de comptes à régler (en tout cas pas dans ce film) avec la religion majoritaire de son pays ou ses représentants. et pour finir, on sort de la projection paradoxalement un peu rassuré sur la fragilité de l'être humain. habemus papam est donc à voir de toute urgence.

les coulisses
moretti a demandé, sans succès, l'autorisation de tourner dans l'enceinte du vatican, la psychanalyse d'un pape y étant un sujet très tabou. la séquence du film est d'ailleurs très drôle, mais totalement inconcevable dans la réalité. tout le monde a craint que le film suscite protestations et controverses de la part des vaticanistes et de la communauté catholique en général (moretti n'en est pas à son coup d'essai et il a tout de même une réputation bien ancrée en italie). et même si certains se sont un peu offusqués de voir les cardinaux jouer aux cartes et au volley-ball durant le conclave, il n'en a rien été, précisément parce que la moquerie est tendre et que le ton n'est pas acerbe. piccoli, qui a toujours bien la pêche pour son âge (86 ans), tient le rôle du cardinal melville, français de son état vu les inflexions typiques dont son italien est empreint.

l'élection d'un pape en 296 mots…
depuis 1181, ce sont les cardinaux qui élisent le pape. en 1271, une élection dura 3 ans. grégoire x décidera de cloîtrer les dignitaires dans une même pièce pendant tout la durée de l'élection afin qu'ils se décident plus vite. c'est ainsi que naîtront les conclaves, qui se tiennent dans la chapelle sixtine, au cours desquels les "électeurs" n'ont aucun contact avec l'extérieur. de même, si au bout de 5 jours ils ne se sont toujours décidés, ils doivent alors observer un régime au pain sec et à l'eau, afin d'accélérer la procédure. le pape doit être élu à la majorité des deux tiers et il ne peut y avoir que 4 scrutins par jour. en dernier recours, soit le vote se fait à la majorité absolue soit l'élection se fait entre les deux candidats qui ont recueilli le plus de voix lors du scrutin précédent. lorsqu'un nouveau pape est élu, la fameuse fumée blanche apparaît. le doyen des cardinaux lui demande alors s'il accepte sa fonction. le pape doit ensuite choisir son nom. puis il est emmené dans la camera lacrimatoria où il peut se laisser aller à quelques émotions. après quoi, précédé d'un cardinal qui annonce à la foule "habemus papam" ("nous avons un pape"), il doit se rendre au balcon de la basilique saint-pierre de rome pour paraître devant les fidèles, afin de leur faire coucou et de leur dire que désormais, ce sera lui le chef. certains papes ont été en proie à des diffficultés au moment de leur investiture. ainsi en 1978, jean-paul 1er, qui n'a pas supporté les charges qui étaient les siennes, est mort un mois seulement après son élection, et benoît xvi a confié avoir eu l'impression d'être mené à l'échafaud au moment de son élection en 2005.

la bande-annonce