cowboys et envahisseurs

Cowboys et envahisseurs

réal. jon favreau, int. daniel craig, harrison ford, olivia wilde, sam rockwell, keith carradine, adam beach, clancy brown. 2011, 117'. 3 pouces.

le synopsis
Arizona, 1873. un homme (craig) se réveille en plein désert. il ne se souvient de rien et porte…


… un étrange bracelet au poignet. alors que la petite ville dans laquelle il arrive est sous l'emprise de woodrow dolarhyde (ford), ses habitants vont être confrontés à une menace bien plus inquiétante… venue d'ailleurs…

l'avis
or donc, ce n'est ni tout à fait un western ni tout à fait un film de science-fiction ni tout à fait un film de monstres. on le sait, le mélange des genres est toujours un exercice périlleux (predator vs aliens est passé par là, pour ne citer que cette saga-là, comme dirait jacques, mais aussi les mystères de l'ouest, dont l'échec commercial retentissant en 1999 avait calmé les ardeurs des producteurs). car à trop vouloir contenter les fans des uns et des autres, à trop vouloir toucher un public aussi large que possible ou à trop bourrer le script de références appuyées, on finit par perdre l'âme des genres auxquels on veut rendre hommage. de plus, la plupart du temps, difficile de toucher à des icônes, frankenstein et dracula, par exemple, sans verser dans la parodie, parfois même involontaire. résultat, c'est très souvent sinon raté du moins destructeur de mythes.

or ici, ô miracle, tout est bon équilibre et juste dosage: les personnages sont assez fouillés et leurs relations "intéressantes", les références à predator et alien (notamment) sont évidentes mais pas lourdingues, les codes du western sont respectés et s'inscrivent parfaitement dans l'action, les créatures sont bien fichues et les effets spéciaux crédibles sans vampiriser le récit, il y a des acteurs venus de tous les horizons, entre james bond, numéro 13 et indiana jones, sans parler de justin hammer, de l'inspecteur chester lake, du kurgan et de frank lundy (ami(e) ciné- et sériphile, sauras-tu dire de quels films ou séries sont tirés ces personnages?), un réalisateur habitué désormais aux mélanges d'action et d'effets spéciaux (il a signé notamment les deux opus d'iron man et produit la suite de captain america intitulée avengers, sortie prévue 2012), et surtout des scénaristes, merci à scott mitchell rosenberg dont le roman graphique (paru en 2006) est adapté ici, qui ont bien pris soin de construire une histoire autour de leurs personnages avant de penser effets spéciaux et pyrotechnie. car là est toute la différence. il faut dire que les auteurs ne sont pas les premiers venus: damon lindelof a co-créé la série lost, tandis que roberto orci et alex kurzman sont à l'origine des transformers, de mission impossible iii et de star trek. donc des proches de j. j. abrams. on comprend mieux.

il existe des témoignages sur des engins se déplaçant dans le ciel datant de l'époque du far west. mais le terme "extraterrestre" n'existait pas encore. on parlait alors de démons tout droit sortis des enfers. à propos de far west, le postulat est assez malin car le genre western est utilisé pour renforcer le contraste entre les prémices de l'ère moderne (pour l'homme) et une technologie forcément avancée (pour les extraterrestres). efficacité. les histoires de ce type (les enlèvements d'humains à des fins d'études) se déroulant à notre époque doivent forcément se placer dans la surenchère pour être mémorables ou crédibles (à ce titre, skyline est spectaculaire mais aussi bien plus pauvre). ici, même si c'est casse-gueule, ça fonctionne "d'office". les hommages pleuvent et l'humour est sobre.

tout fonctionne dans ce film car le scénario puise sa force dans une idée vieille comme le monde: si l'homme (de l'ouest en l'occurrence) est un bouseux despote et violent (ça doit sûrement correspondre à la réalité historique, tant on nous le rabâche à longueur de films), il sait faire preuve de noblesse face à une force qui apparemment le dépasse. entre parenthèses, l'adage "l'union fait la force" (entre des personnages antagonistes et belliqueux) trouve ici une illustration d'autant plus inattendue qu'un de leurs ennemis jurés vient leur prêter main forte: des indiens. d'aucuns verront peut-être dans le titre une redéfinition de "cowboys et indiens" ("alien" signifiant "étranger" au sens premier) et donc une manière déguisée, pour les américains, de faire la paix avec leurs opprimés. mais ne prêtons pas aux oppresseurs plus de bonnes intentions qu'ils n'en ont en réalité et fermons la parenthèse.

quoi qu'il en soit, ce qui aurait pu donner lieu à une bouillie décevante aboutit au contraire à une mayonnaise tout à fait digeste et à un mélange réussi. et cowboys et envahisseurs est un très honnête moment de divertissement.

emfin, merci au traducteur/à la traductrice – ou peut-être au distributeur – d'une part d'avoir traduit le titre – en suisse romande en tout cas -, un titre en français, ça ne mange pas de pain de temps en temps, et d'autre part de ne pas avoir traduit "cowboys and aliens" par "cowboys et aliens".